Une "petite" histoire de rien du tout - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

10 janvier 2010

Une "petite" histoire de rien du tout

Cela se passe dans une classe d'enfants d'environ dix ans. Peut-être un peu moins.
Il y a là un petit garçon timide, devenu on ne sait pourquoi ni comment, le bouc émissaire des enfants comme des professeurs. L'enfant en souffre en silence, n'en dit rien à personne. Surtout pas à ses parents qu'il craint et qui d'ailleurs n'ont pas le temps de s'inquiéter de lui.  Dur apprentissage de la solitude.

La maîtresse n'aime pas le petit garçon. Il lui échappe dans le silence, dans les rêves. L'enfant a besoin de fuir pour ne pas se perdre. Il fuit à travers la fenêtre, en regardant les arbres, les oiseaux libres, le ciel plissé de nuages.

Soudain Madame s'adresse à lui: Simon, va chez Monsieur (la classe à côté) lui demander la clé de sol.
Simon est surpris. Jamais Madame ne lui demande quoi que ce soit. Et surtout pas un service. D'habitude, elle s'adresse à lui pour l'engueuler! Que se passe-t-il? Et puis c'est quoi cette clé de sol qu'elle demande? Simon hésite, tous les sens en alerte, ne parvient pas à savoir si la demande est réelle ou pas. Autour de lui, les élèves s'agitent, certains étouffent des petits gloussements. Simon inquiet, quitte la classe, et le coeur battant, frappe à la porte de la classe d'à côté

Monsieur semble surpris de voir entrer Simon: il lui demande ce qu'il veut: le petit garçon bredouille que Madame l'a envoyé chercher la clé de sol. Monsieur le fait répéter, une fois, deux fois. Puis il éclate de rire, donnant la "permission" à toute cette classe de rire de bon cœur.
Simon ne comprend pas ce qui justifie ces rires. Il a mal au ventre. De plus en plus mal au ventre.
Monsieur lui dit entre deux rires, que la clé de sol ne se trouve pas chez lui, mais dans la classe d'à côté.

Simon s'en va et recommence la même démarche en se heurtant aux mêmes rires du professeur et de la classe

Simon ne comprend pas. Ce n'est pas la première fois qu'il se sent complètement en dehors des autres, avec des regards dont il ne comprend pas le sens... Il a de plus en plus peur. Son ventre lui fait très très mal.
Dans la quatrième classe, le Maître est lui aussi surpris pas la demande de Simon. Mais il ne rit pas, il le prend à part, lui explique ce qui se passe... pourquoi on rit, et lui donne un conseil de bonne réponse à donner à Madame qui ne lui attirera pas les rires de sa classe quand il reviendra.

Mais, trop tard, le mal est fait. Quand il est entré dans sa classe, Madame et tous les enfants se sont mis à rire, à rire, à rire.

Simon n'en a parlé à personne. Ses parents n'ont rien su de cette histoire. Il a appris à se taire, à encaisser les coups. Car depuis ce jour-là, il a été harcelé, frappé par ses camarades de classe, sans que personne jamais n'en ait rien su

Simon devenu homme, m'a raconté un jour cette "petite" histoire
Si petite, si insignifiante... qu'elle a brisé pour longtemps sa confiance en lui, mais aussi dans les autres.

En l'écoutant ce jour-là, je crois que pour la première fois de ma vie, j'ai HAI quelqu'un, à savoir cette dame qui était censée éduquer les enfants aux valeurs humaines... et qui s'est amusée aux dépens d'un petit garçon sensible dont elle ne sait pas l'immense blessure qu'elle a provoquée

When_the_tears_are_not_enough_by_noinspiration

photo origine inconnue


Commentaires

    La méchanceté gratuite humaine fait d'énormes ravages.

    Et ce qui me désole le plus dans cette histoire (mis à part le fait que je m'y reconnais énormément)c'est que la personne qui a fait cela est pour les enfants quelqu'un qui évoque le respect, la droiture, une référence en somme.

    Que de cruauté dans ce monde! C'est bien triste d'en arriver là...

    Néanmoins je te souhaite un bon dimanche!

    Posté par Louloute, 10 janvier 2010 à 12:24
  • Simon est sans doute devenu un homme en souffrance, le coeur à vif à la moindre occasion. Les blessures de l'enfance sont les plus douloureuses, les plus difficile à faire cicatriser. Mais il n'est jamais trop tard et l'aide d'un professionnel pourrait accoimpagner la guérison de Simon. Pour lui permettre de vivre enfin heureux avec ceux qui l'aiment. Il n'est jamais trop tard.

    Posté par incertaine, 10 janvier 2010 à 12:42
  • @Louloute... oui c'est ce qui me pose vaiment question: pourquoi la méchanceté GRATUITE. Faire mal pour le simple plaisir de faire mal...
    Je ne comprends pas ça...
    Je crois que beaucoup d'entre nous avons dû subir des scènes humiliantes telle que celle que je décris là
    Au regard de ce qui se passe dans le monde comme atrocités... on pourrait se demander si le mal fait partie intégrante de l'homme...

    @Incertaine... qui d'entre nous n'est pas un homme ou une femme en souffrance, suite à des blessures d'enfance?
    Alors, oui une aide peut aider à se reconstruire..
    Bon dimanche à toi

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 12:52
  • J'ai eu l'estomac qui se nouait en lisant ta "petite" histoire.
    On ne s'imagine pas les dégâts la moquerie peut causer quand on s'imagine faire de l'humour !

    Posté par naline, 10 janvier 2010 à 12:59
  • Je n'ai pas d'excuse pour l'enseignant, juste ne explication : l'enseignznt est seul face à 35 élèves dont certains ne pensent qu'à chercher la faille avant le grand déchainement, alors, oui, il y peut avoir la tentation de sanver sa peau en désignant un bouc émissaire. C'est pitoyable et les dégats sont immenses : pour celui qui est dédiné mais aussi pour tous les autres qui apprennent qu'il est possible d'en prendre au plus faible, à celui qui est juste différent. C'est ainsi qu'on fabrique des loups qui eux-mêmes ....
    Billet difficile à lire, lequel d'entre nous n'a pas connu cette scène plusieurs fois et à des places différentes ?

    Posté par nicole 86, 10 janvier 2010 à 13:30
  • larme à l'oeil en te lisant... et tant de questions !

    Posté par charlottine, 10 janvier 2010 à 13:43
  • Tout d’abord ce n’est pas une petite histoire de rien du tout et c'est ainsi que j'ai lu tes "", merci Coumarine de les avoir ajoutés.
    Je suis enseignante et je réagis bien évidemment à cette histoire avec tout mon corps (oui mon corps et pas seulement mon cœur)
    Ce n’est pas une petite histoire. C’est l’histoire d’une construction.
    Tout ce qui touche les enfants me touchent énormément. Il est difficile de répondre à ton histoire malgré une grande envie de partager ici tant de choses. Difficile parce que des enseignantes comme celle-ci j’en ai eu et en ai encore comme collègue. Difficile à répondre parce que souci de confidentialité, on ne sait jamais, certaines pourraient se reconnaître par un témoignage. Difficile aussi et surtout parce que ce serait mettre en avant mon travail et ça je ne sais pas le faire.
    On pourrait trouver 1000 excuses à ces professionnels de l’enfance, comme le fait un peu Nadine 86 dans son commentaire. Il est vrai que l’enseignant est seul face à 26 (en moyenne en France) enfants. Il est très très très vrai que les enfants cherchent la moindre faille et s’y engouffrent dès qu’ils en ont trouvé une. Il est vrai qu’il est facile de casser un enfant et de le catégoriser « bouc émissaire ». Mais je ne suis pas d’accord. C’est notre métier que d’accepter tous les enfants dans leur différence. Il y a des bons enfants sages comme des images, travailleurs, qui ne disent jamais un mot plus haut que l’autre (qu’est ce que je m’ennuierais avec 25 tels marmots et pourtant certains soirs j’aspire à une telle perfection !). Il y a des bons enfants bien vifs, bien bougeants, travailleurs certes mais tellement remuants qu’ils nous donnent le tournis. Il y a des bons enfants qui, malgré leurs grandes difficultés, viennent toujours avec le sourire, essaient de faire du mieux qu’ils peuvent pour faire plaisir, lancent des « tu es belle maîtresse » ou des « je t’aime » à tout va. Il y a des bons enfants qui embêtent les autres et la maitresse toute la journée, c’est quasiment leur seule activité et pourtant sans que je sache comment, ils progressent. Il y a des bons enfants qui rêvent toute la journée, qui fuient par la fenêtre, qui fuient dans leurs histoires, qui sont présents physiquement mais ailleurs psychiquement et qui sursautent régulièrement. Il y a des bons enfants qui n'attendent rien du tout et des bons enfants qui attendent qu'on leur décroche la lune...Je crois que j’ai fait le tour à peu près, en gros, des 24 marmots qui arrivent chaque matin dans ma classe.
    Je me persuade que je ne suis pas là pour les aimer mais pour leur apprendre, pour les instruire. Ce n’est pas une tâche facile car chacun est différent, chacun arrive avec son éducation, chacun arrive avec son caractère, chacun arrive avec les attentes de ses parents, chacun arrive avec ses envies, chacun arrive avec son vécu… C’est mon métier, ma tâche quotidienne.
    Ton histoire m’attriste et ne confirme qu’une certaine vision de mon métier que j’entrevois depuis quelques années. Comme me dit souvent mon amour « Tout le monde n’est pas beau et n’est pas gentil comme tu voudrais toi. »
    Heureusement qu'il reste tout de même une majorité de beaux et gentils, merci.

    Posté par Chris, 10 janvier 2010 à 14:21
  • portraits - Interviews

    Bonjour,
    Cette histoire est poignante et me laisse sans voix, dans notre société actuelle cela existe aussi encore malheureusement si pas plus qu'avant. Ma compagne travaille dans l'enseignement spécial dans une école où ce genre de faits se produisent régulièrement avec les enfants et même de l'harcèlement entre einseignants. Ce qui me choque le plus c'est que la plupart des élèves n'ont ps leurs tartines, des chaussures trouées, pas de manteau par contre les parents attendent leur enfants dans le bistrot d'enfance où ils paiemnt des tournées générales et il y sont encore à minuit avec leurs enfants. Je viens de lire plusieurs de vos articles qui m'ont passionnés tous autant que les autres. Puis-je vous proposer de faire une publicité sur mon blog. Pour cela il vous suffirait de vous décrire et comment vous en êtes arrivée à créer votre bog. Je crois qu'il est inutile que je vous pose des questions étant donné que vous avez la plume facile. Je vous invite à consulter ma rubrique portraits/intervieuws cela vous donnera une idée de ce que j'aimerais que vous me racontiez. Dans le cas où vous seriez d'accord je vous demanderai juste de me faire parvenir, par mail, une photo de vous. J'espère sincèrement pouvoir vous insérer dans cette catégorie qui est très lue par mes visiteurs de plus skynetblogs est très bien référencé, vous appaîtrez sur la première page en tapant "Coumaine"dans Google.
    D'avance je vous remercie de m'avoir lue et au plaisir de vous relire
    Bien à vous

    Posté par Martine, 10 janvier 2010 à 14:34
  • @naline et Charlottine... je me souviens d'avoir eu les larmes aux yeux en entendant cette histoire, de la bouche même de celui qui l'avait vécue...

    @Nicole et Chris... bien sûr, je savais que j'aurais des enseignants qui me liraient...
    Je n'accuse que CETTE personne en particulier (et les deux enseigannts qui ont joué son jeu)
    Je sais évidemment que la plupart des enseignants aiment leurs élèves et font tout pour qu'ils grandissent
    Mon histoire (qui évidemment n'est pas "petite"", comme tu le remarques justement Chris) entend poser la question du mal gratuit, du mal inscrit en l'humain...bien au delà du "mal" qui peut se rencontrer dans les écoles où la violence tant physique que psychologique, règne parfois en aître
    Quand je vois ce dont l'humain est capable...parfois, je perds tout espoir...
    Merci en tout cas de votre témoignage, il est utile et nécessaire

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 14:39
  • Je ne me suis pas du tout sentie accusée. Et merci à toi de mettre le doigt sur des réalités que parfois personne n'ose écrire.

    Posté par Chris, 10 janvier 2010 à 15:56
  • Une bien triste histoire qui montre que les faibles sont tellement plus faciles à railler que les forts. Il y a des millions de Simon dans ce monde, et ceux qui sont chargés de leur enseigner des choses et des valeurs devraient oser, parfois, leur dire pardon.

    Posté par Damien, 10 janvier 2010 à 16:07
  • pour Martine

    Merci d'être venue jusqu'ici...et bienvenue
    J'ai vu que tu interviewes des blogueurs dont les blogs te semblent intéressants

    Mais à supposé que ton blog soit très fréquenté, et que l'article parlant de mon blog atterrirait en haut des pages google... eh bien! Je n'y tiens pas spécialement
    Pour des raisons qui me sont personnelles...
    Désolée de décliner ton offre...
    Et bonne chance pour ton blog...

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 16:25
  • @chris... tu me rassures un peu, je n'aimerais blesser personne...

    @Damien...oui il y a des milliers de Simon dans le monde...
    Tiens tu me fais penser à quelque chose d'important: combien de gens sont capables de demander un VRAI pardon dès lors qu'ils se rendent compte qu'ils ont mal agi?

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 16:28
  • C'est la solitude de ce petit Simon qui me fait mal, le fait qu'il ne sait comment faire entendre sa petite voix sans qu'on le raille ou le tabasse. La maîtresse est une idiote qui, elle, avait besoin de "plaire" à ses autres petits élèves, parce qu'elle manquait très certainement de confiance en soi aussi, et diminuer les autres est un moyen simple de se sentir plus grand.

    J'ai aussi été Simon, mes parents ayant divorcé dans un milieu très catholique. D'un jour à l'autre je suis devenue "tolérée", et non plus une enfant comme les autres. Les "chères soeurs" me faisaient bien comprendre que désormais, rien ne me serait plus jamais pardonné. On n'a même bien expliqué que mes parents iraient en enfer

    La stupidité des gens dont l'esprit reste au ras du sol est infinie. La résurrection de ceux qui un jour comprennent que leurs tourmenteurs sont à jamais tourmentés par leurs propres frayeurs est une chaude lumière ...

    Merci pour ce très beau texte qui fait penser!

    Posté par Edmée De Xhavée, 10 janvier 2010 à 16:38
  • Ouille, elle me fait mal au bide à moi aussi cette histoire.

    Posté par Catherine, 10 janvier 2010 à 16:59
  • trop triste , Coum , tes billets en ce moment pour moi ...J'arrive plus , je me fais du mal en venant te lire et pourtant j'ai envie de venir vers toi . Désolée .

    Posté par julie, 10 janvier 2010 à 17:13
  • Puis je préciser que je n'ai pas cherché (ni trouvé)d'excuses, juste des explications. Et puis je peux dire que moi aussi j'ai eu des enseignants comme celà, j'ai des collègues qui lui ressemblent et plus que tout, j'ai un père qui agissait ainsi.
    Se débarasse-t-on jamais des fautes de ses parents ? Il a commis l'irréparable et celà pourrait s'appeler le péché originel.

    N'empêche que ta "petite histoire" m'a fait instantanèment penser au film LE RUBAN BLANC et aux racines du nazisme.

    Posté par nicole 86, 10 janvier 2010 à 17:26
  • @oui Edmée...c'est la solitude de ce petit bonhomme qui m'a fait mal aussi...et tu as raison, la maitresse a sans doute à peu de frais essayé de mettre les élèves de son côté! Lamentable!
    Moi aussi j'ai été Simon à un moment de ma vie... c'est ans doute pour cela que cette histoire m'a tellement frappée
    Et je constate que nous sommes nombreux à avoir éte ou à être des Simon...
    Merci pour ton beau commentaire

    @Catherine...;-(

    @Julie... oui je sais je ne suis pas très gaie tous ces jours-ci! Mais c'est moi aussi ça!
    Mais si me lire te fait du mal, je comprends bien sûr, et donc ne franchit pas ma porte pour le moment. Je crois d'ailleurs que tu n'es pas la seule
    Mais reviens dans quelques jours hein!!
    Je t'embrasse fort...

    @Nicole... j'ai apprécié ton comm ainsi que celui de Chris: vous êtes mesurées et avez un regard adulte sur la question...
    Là aussi tu me pousses à me poser la question: est-ce cela qu'on appelle le "péché originel". Ce mal avec lequel on naît tous, ce mal qu'on peut faire gratuitement...?

    Je n'avais pas pensé au RUBAN blanc...je l'ai vu et j'ai trouvé le comportement du père cruel, terrible, et générant chez ses enfants un comportement cruel en retour...

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 18:12
  • Simon devenu adulte, ayant retrouvé je lui souhaite, confiance en lui, n'a-t-il jamais eu envie (sans esprit de vengeance, je précise)d'aller trouver cette ancienne maîtresse (et collègues) pour lui dire tout le mal qu'elle avait pu faire à un enfant. Cela ne servirait peut-être à rien? Mais quand même j'aurais bien envie de savoir ce qui pousse parfois l'être humain a être si méchant...dans quel état d'esprit se trouve-t-on pour faire du mal à un enfant, pour s'acharner de cette manière là sur un enfant timide, sans défense...malheureusement ton histoire est triste et elle n'est pas isolée...elle fait partie hélas de beaucoup d'autres histoires concernant d'autres enfants, des personnes âgées, des personnes faibles...difficile dans ce contexte d'imaginer un monde meilleur! et pourtant quand je lis les commentaires de tes lecteurs et lectrices j'ose y croire!

    Posté par Josiane, 10 janvier 2010 à 18:52
  • Josiane,
    je parle d'expérience, mon père a rejeté en se gaussant et en tournant à son propre avantage, une lettre qui disait l'exclusion et la souffrance. L'auteur de la lettre avait plus de 55 ans et mon père 88 ans.
    mon père prétendait ainsi obliger les adolescents à se dépasser .
    Je n'ai pas envie de commenter davantage, c'est la première fois que j'ose l'écrire et cela restera douloureux et source de questions qui restereont sans réponse. Deux mondes se côtoient sans jamais pouvoir communiquer. Mon père n'est pas un insensible, je l'ai vu avoir les larmes aux yeux lors du décès d'un ancien copain de classe. Entre nous, il y a à jamais cette fracture et pour moi, la honte et le remords.

    Posté par nicole 86, 10 janvier 2010 à 19:09
  • quelle horreur! et comme je suis honteuse pour cette enseignante! J'en ai connu une dans ce genre. et chaque fois que je suis intervenue pour lui faire comprendre qu'humilier fait mal et ne sert à rien,qu'en plus c'est de la maltraitance, elle a mobilisé la salle des profs contre l'horrible directrice que j'étais qui l'avait engueulé et défendait cet enfant qui...

    Posté par marie-madeleine, 10 janvier 2010 à 20:24
  • @Josiane et Nicole...je vous laisse échanger, j'aime ces échanges chez moi: ils enrichissent le sujet...

    @Marie-madeleine... une "horrible" directrice au service des enfants... tu m'as presque sourire...
    merci à toi!

    Posté par Coumarine, 10 janvier 2010 à 22:45
  • c'est vrai qu'elle fait mal cette histoire, vraiment. Quelle conne !
    bisous tout plein

    Posté par Claire, 10 janvier 2010 à 23:30
  • À contre-courant ?

    Je vais sans doute me faire traiter de tous les noms, mais ce n'est pas grave.
    – Un enseignant ne peut pas aimer tous ses élèves, et il n'a pas à les aimer, il a à faire tout ce qu'il peut pour eux. Qu'il aime passionnément son travail, oui. Qu'il soit profondément heureux de voir la réussite de ceux qui lui sont confiés, OUI. Ou alors, vous videz aimer de son sens.
    – À la question : "Avez-vous traumatisé votre fils un jour ou l'autre ?", j'ai entendu un jour Françoise Dolto répondre : "J'espère bien, une personnalité ne peut se construire sans traumatismes, on n'a pas de personnalité si on est élevé dans du coton".
    Il ne s'agit pas non plus d'en faire un système !
    J'ai traumatisé un jour un élève en disant que mon épouse ayant le même métier que moi, je trouvais tout naturel de faire (au moins !) la moitié des tâches ménagères. Il m'a raconté depuis (il a 34 ans, et il est agrégé de mathématiques) que cela l'avait bouleversé par rapport à sa structure familiale. Ai-je eu tort ?
    Des plaisanteries imbéciles, moi, vous, nous en avons tous fait ! Ayons un regard plus vaste, voulez-vous ?

    Posté par papet Croûton, 11 janvier 2010 à 05:52
  • Merci Coumarine de me permettre de continuer en répondant à Nicole. Ma première réaction Nicole est celle de m'excuser pour raviver tant de douleur en toi! Ce n'était pas le but, donc je t'ai fait du mal sans le vouloir...Suite à ton commentaire, ma deuxième réaction serait de répondre à ma propre question en me disant que si Simon obtenait une réponse similaire venant de sa maîtresse, cela ne servirait à rien...le temps étant passé (toujours ce temps, Coumarine!)à quoi cela peut-il servir si ce n'est à faire encore du mal à d'autres qui n'y étaient pour rien! (comme à toi Nicole). Alors je me dis finalement que pour Simon le principal c'est de s'en être sorti, de pardonner, d'essayer d'oublier en se disant que sa maîtresse n'était pas consciente du mal qu'elle faisait...celle-ci étant peut-être aussi aujoud'hui octognénaire...laissons la paix s'installer plutôt que les ressentiments...c'est plus constructif! Mais Nicole même si ces questions restent sans réponse, du fait de la complexité de notre condition humaine, ce n'est sûrement pas à toi non plus de porter ce fardeau de honte et de remords! OH non! Tu ne peux pas te sentir responsable de ces agissements que tu devais être loin de soupçonner! Tu dis d'ailleurs que ton père n'était pas un hommme insensible! Mais peut-être que s'il n'avait pas cherché à se justifier, s'il avait demandé pardon (à moins qu'il était vraiment persuadé qu'en agissant ainsi il aidait ces enfants)tu serais dans un autre état d'esprit...J'ai souvent entendu dire par mes parents qu'ils avaient étés élevés "à la dure", mais on leur disait que c'était pour leur bien. Ils avaient une explication, sans toutefois pouvoir échapper à certains châtiements corporels! Ici il s'agit de la position de bouc émissaire dans le monde des enfants, qui sont déjà assez cruels entre eux, et entretenue par des adultes!
    Comme il difficile de voir la face cachée de l'être humain! L'apparence ne fait pas tout! Sûrement que dans la vie de tous les jours ces personnes sont au-dessus de tous soupçons! Elles sont aimables, serviables, peut-être même qu'elles sont engagées dans des oeuvres humanitaires pour venir en aide aux personnes en difficultés, mais elles ne voient pas celles qui sont si près d'elles et qui sont en souffrance!
    Me voici après ces quelques lignes, toujours avec mes questions sans réponses, toujours avec mes doutes...Merci Coumarine de m'avoir permis d'écrire mes réflexions de rien du tout qui ne changeront rien mais qui cependant me donnent toujours l'espèrance d'un monde meilleur...

    Posté par Josiane, 11 janvier 2010 à 06:19
  • Pas besoin de faire des études pour montrer un tant soit peu de bon sens et gentillesse.

    Posté par mab, 11 janvier 2010 à 07:38
  • Et ce petit garçon est devenu écrivain... et même un grand écrivain de belles histoires...

    Posté par Jacques, 11 janvier 2010 à 08:26
  • J'ai appris incidemment il y a quelque temps le décès d'un individu payé par l'Education Nationale à l'origine d'une blessure personnelle d'enfance. C'était un peu loin géographiquement. Alors j'ai symboliquement pissé sur sa tombre, à distance. Et cela m'a fait le plus grand bien.

    Posté par Prax, 11 janvier 2010 à 09:57
  • Qui n'a pas été un jour ou l'autre l'innocente victime d'autrui ? Je crois qu'il ne faut pas dramatiser. Il faut apprendre de chaque expérience même si c'est douloureux. Je pense surtout à la maman de Simon.
    si je n'ai pas encore eu l'occasion, Bonne année !

    Posté par Bérangère, 11 janvier 2010 à 10:05
  • Et la responsabilité ?

    J'ai lu tous les commentaires et j'avoue avoir un petit faible pour celui de l'iconoclaste Papet Croûton...

    Ce choeur quasi unanime de questionnements sur la "méchanceté" de cet instituteur me laisse circonspect. Comme si sur terre il y avait des "bons" et des "méchants", avec, comme par hasard, une concentration de "bons" ici, tous incapable d'une telle abomination envers un pauvre enfant victime. Il me semblerait intéressant de questionner nos enfants ou ceux dont nous avons eu la charge un jour pour connaître leur avis...

    Ce qui m'intéresserait aussi c'est de savoir c'est ce qu'est devenu Simon aujourd'hui. Qu'a t'il fait de cette blessure, qui n'a certainement pas été la seule de son histoire ? Comment s'est-il construit par rapport à sa situation de "victime" ? Et si ce n'était aussi loin dans le passé, j'aimerais aussi savoir comment il s'est trouvé être "bouc émissaire" et a supporté cette situation. Je veux parler là de la responsabilité de chacun dans ce qu'il advient dans son existence, depuis l'enfance, et surtout de ce qu'on fait de ces traumatismes.

    Avant de me voir pourfendu je précise que je me suis beaucoup retrouvé dans l'histoire de Simon, l'enfant timide et rêveur... Mais il y a un moment où il revient à chacun de se demander pourquoi il s'est trouvé dans une situation, et surtout pourquoi il y est resté !

    J'aime beaucoup la citation de Dolto : « une personnalité ne peut se construire sans traumatismes, on n'a pas de personnalité si on est élevé dans du coton ».

    Quant aux mécanismes qui conduisent un adulte à se comporter de manière sadique, ils peuvent être très nombreux. À commencer par la reproduction de ce dont ils ont pu être victimes...

    J'espère ne traumatiser personne outre mesure avec mes propos...

    Posté par Pierre, 11 janvier 2010 à 11:13
  • Peut-être a-t-on besoin de traumatismes pour se construire, mais profiter de la faiblesse ou de la fragilité de l'autre (que ce soit un enfant ou un adulte) n'est jamais "glorieux"... c'est ce que je pense.

    Posté par Françoise, 11 janvier 2010 à 16:38
  • Pourquoi certains enfants deviennent-ils ainsi victimes? Mystère. Mais que des adultes, des éducateurs, une "maîtresse" s'en fasse complice, c'est intolérable.
    Déjà Charles Bovary...

    Posté par Tania, 11 janvier 2010 à 18:02
  • Grandir

    Le mal gratuit existe et c'est triste, je suis d'accord. La cruauté de ce professeur fait mal. Mais posons-nous la question suivante: que devient cet homme une fois qu'il dépasse le mal qu'on lui a fait? Il GRANDIT. Il compatit et cherche peut-être à faire une différence dans notre monde trop souvent braqué sur le négatif. One ne sait jamais quand une tragédie peut se transformer en miracle. C'est possible, ne l'oublions pas!

    Posté par Maryse, 11 janvier 2010 à 18:06
  • Alors voilà, je suis venue et j'étais très ennuyée.
    Comme le dit si bien Papet Crouton, je ne fais pas mon métier pour aimer mes élèves mais pour leur apprendre des savoirs , des savoir-faire et des savoir-être.
    Savoirs : facile.
    Savoir faire : encore facile, pédagogie et expérience.
    Savoir être : plus compliqué, car le risque est de s'ériger en modèle.
    J'essaie d'être respectueuse tout en le forçant à avancer, car tel est mon but, que l'enfant avance. Vers les savoirs, vers l'autonomie, vers le discernement. J'espère ne jamais avoir causé un traumatisme tel qu'il ait été destructeur mais je ne saurai l'affirmer.

    Posté par Berthoise, 11 janvier 2010 à 18:59
  • @ Josiane, il est bon que je parvienne (enfin) à mettre des mots sur cette blessure, tu ne m'as pas blessée, par contre, mon père rouvre la plaie à chaque fois en ressassant les histoires où il se donne le beau rôle.

    @ Pierre
    "Je veux parler là de la responsabilité de chacun dans ce qu'il advient dans son existence, depuis l'enfance, et surtout de ce qu'on fait de ces traumatismes."
    Pour parvenir à faire "quelque chose" d'un traumatisme, il faut qu'au moins une personne (ou un livre ou ..) lui donne le statut de traumatisme. Il faut que l'enfant reçoivent des apports d'adultes qu'il est possible d'avoir des approches et des modes de vie différents,et qu'il soit en mesure de reconnaitre que cette différence est acceptable, sinon, le traumatisme est seulement nié et garde son statut de châtiment mérité. Un adolescent a certainement besoin de difficultés pour se construire, mais il lui faut des points d'appui poisitifs, il existe des familles qui isolent leur enfant et bâtissent autour de lui des murs-prisons. Plus tard, si un déclic se produit, il lui sera possible de s'en sortir.
    Je reconnais que je ne sais pas comment répondre à la question : suis je entièrement responsable de ce que je fais de mes traumatismes. Cela m'arrangerait de dire : non. je dirais plutôt qu'au fur et à mesure qu'on m'aide à en faire quelque chose, je deviens responsable.

    @ Coumarine
    merci pour cet espace de parole

    Posté par nicole 86, 11 janvier 2010 à 20:12
  • responsable mais pas coupable...?

    à défaut de connaître la ...musique " On connait la chanson "

    http://www.youtube.com/watch?v=wl-mtTzZVjE

    Posté par francis, 11 janvier 2010 à 20:35
  • Cette histoire est très triste et se répète trop souvent malheureusement. Et je me rends compte que nous sommes tous enclins, malgré toute notre attention, à faire des différences... Mais cette dérision, pour un enfant de pas dix ans, c'est monstrueux. je t'avoue que moi aussi j'avais l'estomac noué. Bonne soirée et merci de partager cette histoire grave avec nous Coumarine. je pense bien à toi

    Posté par delphine, 11 janvier 2010 à 20:51
  • Chère Coumarine...j'ai vécu une histoire similaire au collège...époque ado...une prof qui avait ri cruellement devant mes vêtements de pauvresse et la classe qui avait suivi...mais je crois que dans notre vie, nous sommes nombreux à avoir subi des cruautés ou humiliations et qui influent sur notre devenir plus tard...ou trop fragilisés, ou trop durs...enfin...On n'oublie jamais...on est guéri mais la cicatrice est toujours là. Je lirai tous les coms demain...voir les réactions, les sentiments. Chère Coumarine...il est très dur de se relever parfois...Bises et douce fin soirée ainsi qu'à tous ceux qui s'arrêtent chez toi

    Posté par Genovefa, 11 janvier 2010 à 22:18
  • Encore un commentaire envolé...
    Grrrr
    J'y disais, bien sûr, que certains adultes sont abominables et ... toxiques pour les enfants ...

    Posté par teb, 11 janvier 2010 à 22:41
  • LAMENTABLE, absolument lamentable le comportement de ces adultes, enseignants de surcroît de se moquer d'un enfant et
    quelles séquelles pour un être qui se construit !

    C'est un cas marginal mais un de trop et c'est inadmissible !

    Un livre à lire sur la différence, l'indifférence et la méchanceté "A perte de vue d'Aurélie DAUVIN".

    je partage ta révolte Coumarine

    Posté par loulotte2, 11 janvier 2010 à 22:49
  • Belle et digne révolte, mais… merci à papet Croûton, pour cette note un tantinet discordante et agréablement "râpeuse"…

    Posté par Vertumne, 11 janvier 2010 à 23:22
  • Avous tous

    Merci pour vos passages nombreux, vos commentaires riches et très intéressants...
    Je voulais simplement dire ceci
    A Papet Crouton et Pierre
    Merci pour vos mots;
    Dans un échange respectueux,on a le droit de dire les choses comme on les pense, nul besoin de se justifier, parce qu'il semlerait qu'on parle différemment de l'ensemble du groupe...
    Donc merci

    Je crois en effet que les difficultés forgent la personnalité et que à pouvoir trop protéger un enfant, on en fait une mauviette...
    Les mères protectrices et possessives font aussi pas mal dégât chez leur enfant. Cela me semble clair
    Ici néanmoins il s'agit d'une difficulté qui a causé de lourdes séquelles... L'humiliation provoquée sciemment par le professeur qui, parce qu'elle ne supportait pas cet enfant a bien ri (et fait rire) à ses dépens.
    L'enfant n'a pas pu en parler et s'est trouvé un butte pendant des années à des copains qui le frappaient et le harcelaient...de toutes les manières possibles, avec la complicité des professeurs... cela laisse des séquelles, des cicatrices indélébiles. Même si les blessures guérissent, les cicatrices restent et sont prêtes à s'ouvrir à nouveau au moindre rappel..
    Certains vivent avec ce type de souffrance, d'autres ont de l'asthme, d'autres font du diabète ou que sais-je... chacun a son poids de difficultés...

    Alors qu'est-ce qui fait qu'un enfant (ou un adulte) devient le bouc émissaire de toute une classe, de toute une société? Son tempérament différent sans doute, timide, enfermé, mais quie se renferme de plus en plus avec les humiliations qui ne cessent pas. C'est comme un cercle vicieux...

    Berthoise, OK une institutrice n'a pas à AIMER les enfants, elle a le droit de ne pas en aimer... Mais elle a le devoir quoi qu'il en soit de RESPECTER celui ou celle qu'elle ne porte pas spécialement dans son coeur...de ne pas l'humilier devant tout le monde
    Nous sommes nombreux ici à avoir VECU ce genre d'humiliation...comment en sommes-nous sortis? comment nous sommes-nous quand même construits? Voilà ce qui serait intéressant à creuser chacun pour soi-même...
    merci à vous tous.. pardon de ne pas vous répondre à chacun personnellement
    J'ai répondu comme je pouvais ce soir

    Posté par Coumarine, 11 janvier 2010 à 23:45
  • @Nicole... je t'ai lue...merci de ta confiance en donnant ce témoignage qui te fait mal
    J'espère que d'écrire, t'a allégée un peu

    Posté par Coumarine, 11 janvier 2010 à 23:51
  • et je vois que j'ai fait plein de fautes... zut de zut..
    ben...vous corrigerez par vous mêmes............

    Posté par Coumarine, 11 janvier 2010 à 23:55
  • cette maitresse d'école était vraiment une adulte stupide et infantile : le genre de personne qu'il vaut mieux rencontrer le plus tard possible dans la vie.

    Posté par carole, 11 janvier 2010 à 23:58
  • Il me semble que je n'ai pas dit autre chose que ce que tu dis.

    Posté par Berthoise, 12 janvier 2010 à 03:05
  • Je n'ai pas lu les coms,juste ton histoire, j'ai un Simon à la maison. La confiance n'est pas encore totalement là, elle est même encore loin malgré des améliorations. De nouveau dans les problèmes et le constat des dégats occasionnés par une et une seule instit lorsqu'il avait 7 ans, même si on ne peut pas tout lui imputer, comme toi, je la hais.
    Tomber sur ton histoire aujourd'hui ne peut être un hasard, elle m'a permis de laisser déborder le trop plein qui m'étouffait depuis hier ...

    Posté par ms, 12 janvier 2010 à 10:13
  • @carole... ben oui!

    @berthoise, je lis que tu t'es sentie blessée par ma réponse alors que si tu me relis bien, j'appuie ce que tu dis... en mettant l'accent non sur 'l'amour" mais le respect
    Je suis désolée...
    parfois on se comprend bien mal...

    @ms... oui, je te comprends, oui...
    Et te souhaite bon courage avec ton petit "Simon"

    Posté par Coumarine, 12 janvier 2010 à 10:40
  • Et moi qui espérais que cette recherche de la clé de sol allait mener à la découverte de la musique, qui aurait pu le libérer de ce fardeau...
    Une bien cruelle histoire, en effet.

    Posté par Ondine, 12 janvier 2010 à 14:12
  • oui, c'aurait été magique, que cela soit pour lui la découverte de la musique...

    Posté par Coumarine, 12 janvier 2010 à 16:12
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