19 mars 2010
A cause de l'Espérance
"Le pianiste parti, il n'y a pas un seul piano au monde qui se souvienne
du récital donné."
Il m'a dit ça hier soir en me caressant
pensivement, un sourire douloureux aux lèvres.
Puis tout en saluant
une dernière fois, il a disparu, définitivement.
Il avait, je l'ai vu,
deux larmes au bord de son sourire...
Il s'est trompé.
Parce
que je me souviens de tout
De tout.
Bien sûr, j'ai perdu Ses
mains
Les mains de Lui
Le pianiste
Ses mains qui m'ont tant de
fois éveillé à la lumière.
Mais la lumière ne m'a pas quitté, elle
dort dans le plus intime de moi-même
Je me souviens de tout...
Ses
mains qui couvaient l'étincelle, puis comme deux silex qui l'on frotte,
créaient le miracle attendu.
Non, inattendu car neuf à chaque fois.
Miracle
que l'on savoure les yeux fermés, dans l'état d'abandon propice à
l'amour.
L'étincelle. Puis la flamme. Puis le feu. Puis la lumière
chaude, celle qui naît du désir et retourne au désir.
Où sont ses
mains?
De ses notes éclatées, ne restent que le vide, le silence,
les creux
Et la peur des creux, pourtant habités de tant de
souvenirs.
Les notes ont expiré dans le silence, sont tombées à terre
lamentablement, ont été balayées...
La poubelle. Les notes sont dans la poubelle. Comme des déchets inutiles quand s'élèvent les cris de haine...
Je
garde farouchement le souvenir de ces notes défuntes.
Au lumineux
de ma coque de bois précieux.
Un jour, d'autres mains les
ramasseront et dans leurs paumes veloutées de respect, leur rendront la
vie
en les déposant sur mes touches encore muettes.
Et dans
mes creux et dans mes vides, je me souviendrai..
A cause de
l'Espérance...
La lumière sortira de son sommeil, s'étirera, jaillira
de mes entrailles et le concerto surgira plus puissant que jamais.
Les guerres stupides n'auront jamais raison de la musique. Jamais.
Ceci est texte écrit dans le cadre
d'un forum
d'écriture, auquel je participe parfois (très peu, manque de temps,
surtout pour lire et commenter les autres, et de ce fait, je me donne
rarement le droit d'y écrire moi-même...)
Ce texte-ci, je l'aime bien, ben oui, je le dis comme c'est!
Je me suis laissée conduire par la photo de la consigne, qui a provoqué comme un choc en moi, j'ai écouté ce qu'elle m'éveillait comme souvenir, comme ressenti... les mots se sont mis en place. Je les ai écrits sur une feuille, tout en continuant à m'imprégner de la photo qui me fascinait...
Comme toujours, je n'étais pas vraiment contente du premier jet, qui me semblait maladroit ou un peu "poésie nunuche". Comme toujours, j'ai laissé reposer un jour ou deux, puis je me suis décidée à miettre à l'ordi et à retranscrire mon brouillon. Et là, comme souvent un genre de petit miracle s'opère: tout en tapant les mots je prends de la distance avec ce brouillon, et mes mains au PC s'envolent et écrivent quasi malgré moi les mots qui, une fois relus finissent par me correspondre et par me plaire.
Je m'y retrouve, il y a une part de moi là dedans...
Et même si ce texte semble parler de tout autre chose que de moi, je me retrouve dans le texte final. Et je vis alors comme un petit moment de grâce.
Sais pas si ça vous intéresse de connaître la genèse d'un petit texte, comme ça, je fais le pari que oui. Et puis moi, ça m'amuse d'expliquer comment mon imaginaire fonctionne
Il fallait partir d'une phrase de Stephen King
(qui est donc la première de mon texte)
Et s'inspirer de cette
photo, prise sur le site de l'Arsenal de Metz
Commentaires
J'ai adoré. Il y a un amour, une patience, un chagrin, une force de survie.
Remarque, je pensais que c'était personnel, et je me demandais comment tu avais la force de mettre toute cette douleur sur le papier si vite! Ouf, ce n'est pas tout à fait toi!
Mais ton écriture est si belle, veloutée, on pense à la lumière d'un bel abat-jour, une teinte distinguée mais où vibre la pulsion de la passion...Vrai, c'est somptueux. Ça valait la peine de rester éveillée jusqu'à ton blog, j'y ai vu une petite lumière, la lumière de ce piano , j'y suis entrée, je me suis lovée dans ce texte de délicatesse et de sentiment, je m'y suis sentie bien. Comme toujours. Je vais repartir sur la pointe des pieds et fermer mes paupières sur cette image née de toi.
Bon weekend.
CélestineBr Coumarine! Très intéressant de voir comment à partir de cette phrase et de cette photo, tu as pu écrire ce texte...la salle se vide, le piano reste seul dans la lumière...J'ai apprécié ton texte...et je n'ai pas pu m'empêcher de le "rapprocher" de ces moments de solitude auquels tu sembles aspirer pour mieux rebondir, pour te ressourcer
"Et dans mes creux et dans mes vides, je me souviendrai..
A cause de l'Espérance..."
Vraiment, très beau Coumarine
Bon we dans cette salle vide en attendant le prochain concert!C'est vrai qu'on aime savoir comment écrivent les autres, pour voir si ce qu'on ressent soi-même est partagé. c'est si bon de partager, on se sent moins seul avec ses doutes et ses difficultés.
Tu parles du plaisir ressenti devant un texte qui "colle" bien à ce que tu voulais exprimer. Oui, c'est bon, ce plaisir-là!"Je m'y retrouve, il y a une part de moi là dedans..."
ce qui serait intéressant, c'est de savoir laquelle, quelle part de toi.
car, la poésie du texte, ses allusions diverses, permettent de multiples interprétations.
C'est à la fois une richesse et un manque.
la richesse de pouvoir projeter soi-même ce que l'on désire.
Le manque en regard de "ce que veut dire l'auteur". A moins évidemment de ne s'intéresser qu'aux textes pour lui-même, sans le relier à celle qui a écrit.
peut-être faut-il d'ailleurs que l'auteur se retire pour que ne reste que son œuvre.
Humilité finale de celui qui écrit.
En ce sens j'aime beaucoup (j'élargis mon propos)ces temps anciens où les auteurs étaient « anonymes », sculpteurs et bâtisseurs de cathédrales, auteurs anonymes de chansons, de poésie, de textes...
l'oeuvre devenait propriété de la collectivité. Pas question de droits d'auteur, de copyright, de fric et de célébrité...
Aujourd'hui, sur un bouquins on met en gros le nom de l'auteur, parce qu'il est connu, ça fait vendre, même si à l'intérieur il n'écrit que des conneries...
je digresse... Je digresse...deux ou trois réponses
@fabeli...j'aime aussi savoir comment d'autres s'y prennent quand ils écrivent...
Raison pour laquelle je prends la peine d'expliquer un peu...
Je suppose que chacun a sa façon de procéder...
)
@Alainx... je sais que tu aimerais au travers d'un texte, en apprendre davantage sur l'auteur qui l'a écrit
Mais tu sais, je l'ai déjà dit tant de fois, que je dois me censurer, et qu'il ne convient plus que je sois ici trop personnelle
De plus un texte s'il est beau, se suffit à lui-même... je ne suis pas sûre qu'il faille TOUT savoir à propos de l'auteur... les allusions, les métaphores permettent au lecteur de rêver un peu, c'est à ça que sert la lecture...
On accepte de ne pas savoir ce qui dans une fiction est "personnel" à l'auteur, par contre un texte en prose poétique, qui se construit sur des métaphores... il faudrait TOUT savoir?
Je ne crois vraiment pas...
Merci à vous tous les autres pour vos gentilles paroles. J'aime que mes textes éveillent l'imaginaire des lecteurs...heureuse d'apprendre que tu as été inspirée, voire si je reprends tes mots, en état de choc par cette photo.
je l'ai trouvé si belle, quand on me l'a donnée, que j'ai tout de suite pensé à en faire une consigne pour Kalé.
je suis gatée. de beaux textes dessus. dont le tien. je n'ai pas posé de commentaires là-bas, alors je le fais ici :
ton texte est un de ceux que j'ai préféré. surement par sa simplicité apparente. par la justesse de ses images et métaphores.
et par la beauté sans fard de quelques phrases, que je retiendrai, dont celle-ci :
"Au lumineux de ma coque de bois précieux."@Pati... je dis un peu sur Kalé ce qui m'acondite vers ces mots tels qu'ils se sont écrits là
Il y a le souvenir du film "Le pianiste" qui m'a marquée, surtout dans le fait que dans les atrocités commises par les hommes, il y a toujours des lambeaux d'ART qui parviennent à survivre
La musique, la peinture, la poésie...
Ensuite évidemment que j'ai repensé à Glenn Goul, à ses mains de magicien qui éveillent le piano jusqu'à l'extase
Pour ceux que cela intéressent, voici le billet, vieux de trois ans que j'ai écrit à ce sujet
http://coumarine.canalblog.com/archives/2007/01/19/3737441.html





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Très beau ton texte....