Une odeur d’amour empoussiéré - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

24 février 2010

Une odeur d’amour empoussiéré

C’est au bout du monde. Là-bas, tout en haut. Trois volées d’escaliers en bois qui craquent. Cela fait tant de bruit que ça ne passe pas inaperçu ! Mais ce n’est pas grave : aujourd’hui elle est seule dans la maison. Elle quitte les odeurs chaudes et familières d’en bas. Elle monte. Ça devient froid et mystérieux. Alors elle hésite un peu. Elle n’aime pas quand c’est froid. Elle a un peu peur du mystérieux. Mais elle continue. Les escaliers rouspètent de plus en plus. Là, la porte. Et sur la porte une grosse clé. Elle l’empoigne, la tourne, ce n’est pas facile, mais elle y arrive. Et d’un seul coup, ça lui souffle à la figure une haleine de moisi, une odeur de renfermé, d’abandon, de vieux sommeil.

Qui donc habite ici depuis si longtemps sans voir le jour, sans respirer le soleil ?

Une tabatière bancale enduite de peinture noire, occulte la lumière. Ça sent des kilos d’obscurité. Ça sent des tonnes de poussière. Justement sur ce meuble-là, elle déplace prudemment une tonne de poussière du bout d’un doigt prudent. Elle tousse. Une quinte qui ne s’arrête pas. Elle a envie de s’asseoir sur le lit aux armatures en fer, de s’enfoncer dans l’édredon de dentelle, figé par le temps. Mais elle sait bien que c’est risqué, que les ressorts du matelas mordent les fesses. D’ailleurs elle n’est pas venue pour dormir. Elle est venue pour réfléchir. Et aussi pour rêver… Rêver devant le tableau qui sourit depuis si longtemps sur le mur de cette petite chambre mansardée.

Eug_nie_002_BElle s’approche doucement, pour ne pas effrayer les beaux yeux qui regardent fixement. C’est amusant, quand on se déplace à gauche, à droite, les yeux suivent à gauche, à droite. Elle s’approche doucement et caresse la joue de la belle Dame. Puis elle regarde, et cela fait comme des petits picotements dans la poitrine. Alors elle respire très fort pour reprendre son souffle. Puis elle approche les lèvres du tableau. La joue de la belle Dame a une odeur de grand-mère… une odeur d’amour empoussiéré.

T’aimer en cachette, t’embrasser en cachette, belle Dame dont les yeux suivaient avec tendresse l’enfant que j’étais. Rendez-vous silencieux, mais rendez-vous quand même, quand la maison était vide et que nul ne s’inquiétait de mes escapades là-haut pour te rejoindre.
N’as-tu pas senti sur tes joues un peu trop blanches, les baisers prudents que je te donnais en espérant allumer ta présence auprès de moi ?

Photo Coumarine
extrait de "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers"  Nicole Versailles, Ed Traces de Vie, 2008


Commentaires

    La vie, la passion, ça se sent.

    Posté par Prax, 24 février 2010 à 11:34
  • MERCI de remettre cette photo (enfin ... moi je la connaissais....).
    Et d'évoquer ce si beau livre que tu as écrit, plein de sensibilité et d'amour, de quête de toi aussi...

    Si vous ne l'avez pas encore lu, précipitez vous pour l'acquérir !
    Il est des livres qu'on ne peut oublier...

    (mais non, j'ai aucun pourcentage sur les ventes !!)

    Posté par alainx, 24 février 2010 à 11:36
  • merci Alain... tu savais qu'en ces moments j'avais besoin de reprendre confiance en moi
    Je mets ici le lien vers le billet que tu as mis sur mon livre
    C'est un des plus beaux que j'ai reçus...)
    http://alainx.blogspot.com/2008/06/impressions-de-lecture-le-livre-de.html

    Posté par Coumarine, 24 février 2010 à 11:40
  • Oui, je suis bien tentée moi aussi, je ne sais comment faire: en as-tu encore des exemplaires chez toi dont tu peux disposer? La raison en est que si j'achète sur amazone ou ailleurs, je perds au change et je suis pénalisée d'une taxe de 3% que les cartes de crédit USA ont imaginée pour punir les ignobles individus qui achètent hors des frontières! Et c'est devenu un petit jeu, je n'utilise jamais ma carte de crédit hors USA (qu'ils paient leurs dettes eux-même...) Par contre, si je peux te faire un virement sur ton compte, frais d'envois compris ...

    Mais zut alors, je voulais te dire combien ce texte me plaisait, et quelle jolie photo d'une dame sereine et élégante, une grand-mère figée dans cet instant de charme ...

    Posté par Edmée De Xhavée, 24 février 2010 à 12:49
  • "N’as-tu pas senti sur tes joues un peu trop blanches, les baisers prudents que je te donnais en espérant allumer ta présence auprès de moi ?"

    Quelques mots et toute une enfance se dessine. Quelques mots et la nostalgie nous étreint.

    C'est beau, sensible. Très. J'aime.

    Posté par agnès, 24 février 2010 à 13:03
  • AH J'apprends donc que tu as écrit un livre, Coumarine, dis-moi où l'acheter sur le net, dans quelle édition... et tout et tout...
    Beau texte que tu mets là, il donne envie de poursuivre. Va sur mon blog et mets un com n'importe où pour que je n'oublie pas tes onformations et que je puisse commander aussitôt, dac ?
    Belle journée à toi.

    Posté par brigitteGiraud, 24 février 2010 à 14:14
  • J'ai commandé ton livre. Me fiant au très bel extrait que tu publies aujourd'hui, et à l'article d'AlainX. Tu vas mieux, dis , Coumarine? Il me semble que quelque chose s'est brisé en toi et je ne sais dire quoi. Mais je sens en toi des forces insoupçonnées qui vont te relever.En tous cas, je reste ton admiratrice.

    Posté par célestine, 24 février 2010 à 14:50
  • On redevient la petite fille qu'on était en ouvrant la porte, en écartant le poids de l'obscurité et de la poussière et en aimant à travers le regard de ce portrait. Quelle belle description, Coumarine.
    PS: nous avions des ancêtres terrifiants qui nous suivaient du regard et d'après mes parents c'est qu'ils étaient de bonne facture!

    Posté par delphine, 24 février 2010 à 15:35
  • A tous

    Oui quelque s'est brisé en moi pour le moment, Célestine tu as raison...
    Si j'ai le courage et si je m'en donne l'autorisation, j'écrirai quoi et pourquoi

    Pour acquérir le livre (c'est sûr que ça me ferait plaisir!), il n'y a qu'à cliquer sur le logo du livre à droite, vous arrivez sur le site de TRACES DE VIE mon éditeur
    Hélas les frais d'envoi sont énormes (plus de 5 euros, pour la France, la moitié pour la Belgique)C'est décourageant!
    Il me reste des exemplaires...que j'ai achetés moi-même à mon éditeur...
    Envoyez-moi un mail, je vous indiquerai la marche à suivre...coum.coumarine@gmail.com
    Merci!
    Il y a eu pas mal de billets qui ont parlé de ce livre en son temps...cliquez dans la catégorie "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers"... vous verrez tous les billets qui y ont été consacrés (et à l'autre aussi...)

    Posté par Coumarine, 24 février 2010 à 15:53
  • Emouvant cet extrait, va falloir que je pense à t'envoyer un petit billet pour la suite...

    Le monde est petit, ... et je suis toute étonnée sans l'être vraiment, de découvrir Brigitte Giraud ici!
    Je me permet aussi de lui faire un petit coucou, en souvenirs de beaux moments passés il y a 3 ans, lors d'un weekend expo artisants d'art (VOIR ET A VOIR) à la Cité Mondiale du Vin à Bordeaux en sous-sol. Des moments partagés avec Catherine Gonthier, peintre... avec qui j'ai gardé un contact mail!
    Belle journée à vous, avec le soleil !

    Posté par Magel, 24 février 2010 à 16:00
  • Coumarine, j'aimerais aujourd'hui pouvoir t'aider comme tu m'as aidée lorsque je perdais pied. Retrouver ses racines, y trouver celles et ceux qui auraient su nous aimer, c'est possible.
    Je t'embrasse.

    Posté par nicole 86, 24 février 2010 à 17:35
  • C'est vrai qu'il est beau, ce texte. Et puis, il éveille tout plein de souvenirs...

    Quant au reste, je ne sais pas de quoi il s'agit, et je ne peux te souhaiter que plein de courage...

    Posté par sel, 24 février 2010 à 19:20
  • Superbe...

    Posté par Louloute, 24 février 2010 à 20:07
  • un coucou juste pour te dire que je suis rentrée et contente d'avoir eu de tes nouvelles... A très vite.

    Ton livre est super et plus que cela, je confirme pour ceux qui ne l'ont pas encore lu.

    Posté par becassine, 24 février 2010 à 23:38
  • Extrait superbe d'un livre superbe que j'ai dévoré à sa sortie... Encore bravo! Et merci de nous avoir donné à lire un si bel écrit!
    Bisous presque printaniers...

    Posté par tilleul, 25 février 2010 à 08:56
  • Une pensée d'amitié pour toi.

    Posté par Pivoine, 25 février 2010 à 12:09
  • mmmh, cette photo !

    Coume, quelle bonne idée de l'avoir installée sur la toile, pour notre grand plaisir. Quelle belle dame, et aussi, quel récit émouvant tu as écrit avec "L'Enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers".

    CE LIVRE EST INCONTOURNABLE !!!

    Posté par Filo Filo, 26 février 2010 à 11:32
  • A tous

    Vous savez quoi?
    Après avoir douté (et certains savent pourquoi... je n'en dis pas plus ici...) je vais finir par le croire, que ce livre vaut la peine
    En tout cas, je vous remercie tous, parfois il y a des mots qu'on a besoin d'entendre, de ré-entendre
    Dans des périodes de plus grande fragilité...
    Merci à ceux qui l'ont lu de dire (de redire pour certains) qu'ils ont été touchés par mes mots...

    Posté par Coumarine, 26 février 2010 à 11:49
  • Magnifique … quel beau texte … quel talent … « Qui donc habite ici depuis longtemps, sans voir le jour sans respirer le soleil ? » … ça me rappelle mes « expéditions » de gamin dans les trésors d’autrefois … défendus par des guêpes qui somnolaient dans leur nid ...

    C’est toujours attendrissant cet amour qu’on a tous pour une grand’mère … qui console les chagrins d’enfants réfugiés dans ses bras et ses atours noirs et tièdes …

    Posté par doulidelle, 26 février 2010 à 12:47
  • Merci Doulidelle...)

    Posté par Coumarine, 26 février 2010 à 23:30
  • J'aime beaucoup cette "odeur d'amour empoussiéré", moi qui m'amusais aussi petite à découvrir les trésors cachés à la cave (il n'y avait pas de grenier) chez mes arrières grands-parents...

    Posté par myriam, 27 février 2010 à 17:41
  • @Myriam...eh oui! dans les caves aussi, il se passait bien des choses...

    Posté par Coumarine, 27 février 2010 à 22:49
  • je n'ai pas connu mes grands parents ; cela restera le grand vide de mon enfance ; il y avait bien mon grand père mais il n'aimait que ma soeur et mon frère aînés.
    De ma grand mère paternelle, un jour, j'ai retrouvé une photo jaunie dans un cadre tout cassé au fond d'une cabane... J'ai fait restaurer le cadre et le portrait est ressorti, très beau, très énigmatique, très artistique... Il ressemble au portrait que tu as mis sur ton blog, Coumarine. Elles avaient de la classe, nos aïeules !

    Posté par loulotte2, 28 février 2010 à 22:13
  • En passant chez Edmée, j'ai été appatée comme un chat devant une souris...et j'ai très envie de lire "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers".
    Amicalement
    Marcelle

    Posté par Pâques, 30 mars 2010 à 21:06

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