Silence...on écrit!
Ce dernier WE, je l'ai passé à Hurtebise: j'y ai animé un atelier d'écriture, durant lequel il s'est passé des choses bonnes et fortes pour les participants, et pas seulement au niveau de leurs progrès en écriture.
Je suis toujours frappée de voir combien quand on écrit, même (soi-disant) dans la fiction, on touche des zones sensibles dans le moi profond. Je dis "soi-disant", parce qu'il est évident que l'imagination grâce à la consigne que je propose, déclenche des bribes de souvenirs, puisés dans le vaste terreau humain, le sien et celui de l'entourage ou du monde, et que ces souvenirs sont liés à des sensations heureuses ou douloureuses. Le ressenti, les sentiments sont indissociables de la créativité. Même dans la fiction.
Mais il n'y a pas que cela: le fait de lire son texte devant les autres, dans leur écoute respectueuse et intense, donne soudain à ce texte écrit sur des feuilles noircies de ratures et d'hésitations, un relief parfois puissant, qui étonne l'auteur lui-même. Qui le prend au dépourvu. Il n'est pas rare qu'en "donnant" son texte aux autres par une lecture à haute voix, les mots surprennent et déclenchent comme une émotion chez celui qui le lit et qui à son grand étonnement achève sa lecture la gorge un peu serrée...
J'ai eu affaire ce WE à des gens qui pour la plupart suivaient un atelier d'écriture pour la première fois, sans trop savoir ce que c'était. Sachant simplement qu'ils avaient envie de tenter l'aventure. D'essayer d'écrire bien et beaucoup. (et oui! on "travaille" pas mal durant un WE de ce genre!)
Pour moi, c'est toujours un émerveillement de voir que des gens peuvent aller au delà de ce qu'ils se croient capables de faire.
Mais comme toujours j'ai pris soin de placer les deux balises principales qui à moi aussi me sont utiles dès que j'écris:
Je leur ai "défendu" la comparaison avec les autres (toujours en sa défaveur...c'est fou comme on peut manquer de confiance en soi...) et quand quelqu'un avant de lire son texte avaient des paroles de dénigrement de ce qu'il avait écrit, je n'avais même plus à l'arrêter, les autres participants s'en chargeaient très bien!!
Je leur avais "défendu" la performance, ce désir de l'ego d'écrire pour en remontrer aux autres, pour briller, pour recevoir des compliments... ce désir et ce besoin sont toujours tapis au fond de soi, mais quand on en est conscient, on peut lâcher prise et se laisser écrire simplement pour se faire plaisir, pour se faire du bien...
Et c'est alors, mais alors seulement qu'on a les paroles de l'authenticité, les mots qui vont toucher l'autre au coeur de son coeur
J'ai utilisé pour la consigne du dimanche matin, le tarot manouche dessiné par Sandra Jayat, dont j'aime les belles peintures suggestives.
