Livres, films et c° - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

16 octobre 2009

Juliet sans contre-indication ...

Un petit commentaire un peu perdu se trouve tout en dessous de mon billet sur Charles Juliet

Je lui redonne vie ici un moment...

Pourquoi? Parce qu'il vaut la peine assurément!

Marie-Thé (Causeuse parmi les Causeuses) a énormément d'admiration pour Charles Juliet.

Au point de lui consacrer tout un blog (que j'ai redécouvert à cette occasion... merci Marie-Thé)

Allez vousy promener un peu. Je l'ai fait... Et en lisant un peu par ci par là, j'ai eu envie de vous citer à nouveau plein de phrases qui m'ont touchée...Il est fort ce type!

Il y a là une belle et noble nourriture à consommer sans contre indication, comme le dit La Causeuse..Et comme certains d'entre vous m'ont demandé des idées de lectures de CH. Juliet, je vous remets ici le commentaire en question:

Je ne peux que vous inviter à aborder cette œuvre qui comporte de nombreuses facettes et témoignent de la trajectoire d'un homme qui a su trouver les mots pour vivre et assumer ses choix. Il y a beaucoup à lire, les poèmes et les entretiens sont aussi percutants que les tomes du journal ( Il y en a un nouveau en instance de publication). La Cause des Causeuses est à votre disposition pour vous parler de cet écrivain et de cette écriture. Merci Coum. de m'en donner l'occasion !

http://charlesjulietsurcauseuses.blogspot.com/

Voilà bonne lecture: c'est du fort, c'est du bon!
Et tiens je vous remets une autre peinture de ce peintre, Bram Vanvelde au sujet duquel Juliet a écrit

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07 octobre 2009

Charles Juliet a dit (entre autres...;-))

Je lis pour le moment L'autre Faim, journal V de Charles Juliet (1989-1992)
Je tombe ce soir sur ces mots.. qui me touchent beaucoup...
Parce que c'est un peu moi ça...

"Il y a toujours eu au fond de moi une part farouche qui se raidissait, refusait d'obéir, de se soumettre, de se laisser dominer. Mes colères, mes révoltes, mes indignations n'explosaient pas. Elles restaient enfouies, entretenaient ce ferment qui m'imposait de me tenir sur mes gardes.
[...] le certain, c'est qu'au cours de ces années, j'ai toujours veillé à ce que mon noyau dur demeure inentamé. (c'est moi qui souligne)
Être encore un rebelle à ce jour, c'est peut-être maintenir un état de vigilance face aux forces de dépersonnalisation de l'époque (idem) Éviter qu'elles ne vous fassent déraper, ne vous tirent hors de votre voie, ne vous conduisent à trahir le meilleur de vous-même" édit. P.O.L p.87

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Peinture de Bram Vanvelde

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06 septembre 2009

Tu ne jugeras point (Armel Job)

Je fais finalement rarement des critiques des livres que je lis
(là maintenant, je viens d'achever la lecture de "Nous sommes éternels"  de Pierrette Fleutiaux, gros bouquin de 900 pages environ qui date d'il y a vingt ans, un peu long par moment forcément 900 pages!! mais passionnant de bout en bout. Et quelle écriture, mamma mia...quelle écriture...aussi belle et insolite par moments que dans "Les amants imparfaits", livre qui m'avait fait connaître cette auteure...bref)

armel_job Aujourd'hui cependant, je voudrais dire un mot de "Tu ne jugeras point" d'Armel Job

Quand, au début d'aout, j'ai reçu le livre des mains d'Armel, je lui ai dit pour le taquiner...voyons un peu la dernière page... oups, vous auriez dû le voir  réagir: NONNNNNNNNNNN surtout passssssssss ;-))

Vous aurez donc compris que, selon son habitude, tout se joue dans les dernières pages, dans le dénouement final  inattendu, c'est  le moins qu'on puisse dire...

Autrement dit: Armel est le spécialiste des coups de théâtre, un auteur qui mène son lecteur dans une action qui rebondit sans cesse, où chaque page ou quasi réserve une nouvelle surprise... il nous tient en haleine, nous oblige à entamer le chapitre suivant qui bien entendu, nous emmène là où on ne pensait pas aller.

Avec ça et là, des pointes d'humour, dans un sujet pourtant grave: l'enlèvement d'un enfant

Sujet grave, donc et pourtant faut-il le dire, comme toujours, beaucoup d'humanité pour chacun des  personnages, qui ne sont pas seulement des personnages dont on s'interroge sur la culpabilité ou non, mais auxquels on s'attache parce que chacun d'eux vit sa part de mystère et de poids d'humanité parfois de manière bien secrète. Et bien douloureuse. L'auteur nous apprend sur chacun d'eux quelque chose qui nous touche, et provoque l'empathie qui nous donne envie de les accompagner tout le temps de la lecture du livre

C'est d'ailleurs un thème récurrent chez Armel Job: personne n'est ni tout blanc, ni tout noir, aucun manichéisme, la victime est peut-être le ou la coupable, le ou la coupable est peut-être la victime. Et ceci est vrai pour chacun des personnages...
Cela nous rejoint finalement, qui sommes-nous tout au fond de nous? Serions-nous capables du pire?  Ou du meilleur? Qui est vraiment celui qui partage notre vie et que nous croyons si bien connaître?

En exergue du livre, A.J. choisit de mettre une phrase de Saint Augustin très significative à ce sujet:
"Que dire des poursuites judiciaires -inévitables dans les États les plus tranquilles- que les hommes engagent contre leurs semblables? Qu'en penser, sinon qu'elles sont bien misérables, bien pitoyables? Et cela pour la simple raison que les juges ne sauraient avoir accès à la conscience de ceux qu'ils poursuivent.
(Saint Augustin, la cité de Dieu, XIX, 6)

Quant à l'écriture, elle est magnifique, chaque phrase coule vers la suivante... dans une simplicité dont chaque détail touche par son réalisme et/ou son humanité

"Denise avait fait mine de s'essuyer les mains, mais Conrad lui avait dit de continuer. Que font les gens dont on a volé l'enfant en dehors des quelques minutes où on les voit à la télévision supplier les ravisseurs d'avoir pitié d'eux? Un jour, deux jours, ils peuvent pleurer. Ils n'ont plus la force de parler ni même de se lever le matin. Mais après, que faire? Il faut bien continuer à vivre, s'asseoir à table, étendre le journal, se saisir du petit couteau à éplucher."

Autre petit passage:

Dans le café, il n'a trouvé qu'une poignée de consommateurs, les yeux rivés à la télévision murale où ahanaient deux joueuses de tennis. Angela l'a fait asseoir côté jeux de cartes: les ahans, sans l'image ont pris une inflexion vaguement obscène. Au milieu de sa poitrine, un lacet s'efforçait de réunir les deux pans de son décolleté, au risque d'arracher les oeillets des boutonnières"

Je me suis dit en lisant les dernières pages de ce roman qu'il y aurait moyen d'écrire un nouveau roman suite au dénouement de cette histoire... la fin est surprenante et suscite (chez moi en tout cas) quelques questions sans réponses. Mais chuuuuut, je n'en dirai pas plus!

Je ne sais pas par contre si j'aurais donné ce titre au livre, qui sonne "précepte moral". Je n'aime pas trop non plus la couverture qui pourrait rebuter, provoquer un recul: l'affaire Dutroux est encore dans toutes les mémoires... moi en tous cas, en voyant la couverture du livre, j'ai eu comme un mouvement intérieur de recul... l'enlèvement d'un enfant éveille des peurs primales chez une mère...

Heureusement Armel J. ne joue pas de cette corde là... de celle qui résonne en grand sur les titres des journaux people. Son livre est palpitant, pas racoleur, ni glauque.

J'aurai l'occasion d'interviewer bientôt Armel Job sur tous ces sujets...le titre...la couverture (est-ce le choix de l'éditeur? Je sais pour être passé par là, que l'auteur a peu de pouvoir là dessus!)

Quand au dernier chapitre, si inattendu et si plausible en même temps, il me laisse avec des questions plein ma besace... (ce fut déjà le cas pour Les Mystères de Sainte Freya...décidément...). Je les lui poserai également. Mais comme il y aura dans le public des gens qui n'auront pas encore lu le livre...je garderai ces questions pour moi...tant pis!

Voir ici l'avis sur ce livre chez Cunéipage

Ici vous lirez une critique de ce livre "Les mystères de Sainte Freya"

Voir ici une très fine analyse de "Héléna Vanek" faite par Valclair

A savoir "Les fausses innocences" feront très bientôt l'objet d'un film: je crois que de ces trois livres, c'est celui que j'ai préféré...

Edit 20h50

Intéressant commentaire de Armel Job lui-même (averti par mail de ce billet...merci Armel)

Si intéressant d'ailleurs que j'en ferai l'objet de mon prochain billet...


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04 août 2008

Le traceur de lignes

A Orval, j’ai rencontré un auteur belge que je ne connaissais pas.

Qui a commencé à écrire sur le tard, comme moi
Qui a écrit deux bouquins, comme moi
Qui venait à Orval dans l’intention de finaliser sa troisième œuvre, comme moi...

On était faits pour s'entendre, dans ce lieu de silence!

Nos bouquins, les siens comme les miens restent relativement confidentiels. Petite maison d’édition, petit tirage, petite diffusion, peu de réactions dans les médias...
Son premier roman pourtant, Le traceur de lignes a été adapté en pièce de théâtre et joué à Avignon l'année dernière. Un beau succès...
On aurait pu croire que cela allait le lancer… ben non, son deuxième roman n'a pas vraiment démarré…

Nous avons fait un troc honnête: il m’a donné Le traceur de lignes, je lui ai donné L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers

Et j’ai lu Le traceur de lignes…ou plutôt je l’ai dévoré… le contenu en est palpitant, étrange, on ne lâche plus le roman une fois commencé (il est court aussi…109 pages)
Un aller retour entre des réminiscences du passé, petits fragments jetés sans ordre apparent, et le présent du narrateur, un genre d’odyssée calquée petit à petit sur le Bateau Ivre de Rimbaud… Cela devient de plus en plus étrange, halluciné, par moment cynique, désabusé  (bonne occasion de relire le poème de Rimbaud)

Magnifique écriture, observation fine des êtres et des choses, humour, émotion et sensibilité profonde,  audace d’écriture aussi.

Pour moi ce roman est bien meilleur que pas mal de romans écrits par des auteurs (très) connus, édités "fidèlement" par de grandes maisons (à la diffusion large) dont les romans sont attendus par les médias qui leur balisent un chemin tapageur avant même la parution du livre.

Il y a là quelque chose de pas juste… ou de pas normal... être Belge quand on a le virus de l'écriture, c'est pas exactement ce qui convient...

Lui comme moi durant cette semaine de calme et de travail à Orval, nous avons vécu des moments de remise en question… à quoi ça sert d’écrire ? Pour qui ? Pour quoi ? Pourquoi ? Il juge son troisième roman nul ou en tout cas pas bien ficelé. Bref il n’a pas le courage (du moins pour l'instant) de le finaliser. Perte de motivation.  Je vis cela aussi à bien des moments…

Je lui ai conseillé de se mettre au blog...au moins il risque d'avoir des lecteurs...!

Donc voilà: si vous avez l’occasion de lire Le traceur de lignes  de Jacques Nicolas (Ed. Mémory Press 2004), n’hésitez pas une seule petite minute…

(livre chez l'auteur: cclbouillon@skynet.be)


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Photo Coumarine, prise ce matin encore à Orval

 

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30 mars 2008

Elle s'appelle Sabine

Voilà! c'est fini
Le générique se déroule lentement sur l'écran, lettres blanches sur fond noir, pas de bande son.
Rien. Le silence.
Les gens dans la salle ne bougent pas. Aucun mouvement, aucun bruit, tous sont comme statufiés, collés au siège qu'ils semblent pas vouloir (pouvoir?) quitter.
Mais les pensées voyagent dans la tête à du trois cents à l'heure... Les pensées, les ressentis, les questionnements, les émotions...
Je suis abasourdie, sonnée par ce que je viens de voir, l'homme à mes côtés aussi.

Nous venons de voir un film qui n'est pas un film.
Et ce film qui n'est pas un film, mais une histoire d'amour d'une sœur pour sa sœur, est d'une intensité extraordinaire, bouleversante.

elle_s_appelle_SabineSandrine Bonnaire durant 25 ans a filmé des petits bouts d'histoire de Sabine, sa petite sœur comme elle l'appelle.
Dans son histoire, il y a un avant, et un après
Sabine est handicapée mentale...
Mais dans l'histoire d'avant nous voyons une jeune fille fraîche, jolie curieuse de vivre, souriante, handicapée certes, du moins Sandrine le dit et raconte un peu...mais c'est si peu visible:  elle joue du piano, elle va à mobylette, part en voyage avec sa soeur, nage, fait bronzette sur la plage...
Dans l'histoire d'après, la jeune fille est devenue une femme et elle a perdu une bonne part de ses possibilités d'autonomie et de ses facultés mentales. Elle tremble, elle bave, elle a beaucoup grossi.

Que s'est-il passé entre les deux histoires?
Presque rien. Enfin si on peut dire... la mort d'un frère, l'internement obligé dans un centre psychiatrique.

Sabine en sort abimée. Et Sandrine blessée dans son amour pour sa sœur. Avec des questions sans réponse, qui, j'aime autant vous le dire, interpellent fortement le public, sur les possibilités d'accueil réellement "accompagnant" de ces personnes blessées par la vie.

Ce qui m'a touchée, au delà de ces graves questions d'un accueil qui ne soit une mise de force et en force dans une camisole chimique, c'est l'amour en demande et l'amour en offrande.


Sabine, comme tout le monde, comme moi, comme vous, qui demande inlassablement l'amour de sa sœur, et en doute sans cesse, au point de répéter sa question dix fois, vingt fois: Sandriiiiiiine...tu restes avec moi ce soir?
Sabine qui donne son amour, comme elle peut, par des bisous, des larmes...

Sandrine qui depuis toutes ces années veille sur cette soeur qu'elle aime, comme les autres sœurs d'ailleurs (mais c'est elle la "cinéaste"!), questionne la société sur une prise en charge valable de ces enfants handicapés mentaux qui ont grandi et dont les parents s'angoissent sur ce qu'ils vont devenir...
Sandrine qui sans aucun doute a reçu de sa petite sœur le don de compatir, le don peut-être de pouvoir interpréter dans la justesse les personnages qu'elle joue au cinéma.

L'histoire d'avant se déroule comme dans un rêve, l'ambiance de pellicule vieillie et tremblante donne un aspect poétique aux prises de vues... la jeune fille est belle comme le jour!
L'histoire d'après, qui est celle de maintenant, est simplement ancrée dans la dure réalité, un documentaire fait avec une caméra qui on le sent bien, "souffre avec"

Non ce n'est pas un film, et encore moins un film commercial...
C'est bien plus que cela... et on n'en sort pas indemnes

Deux réflexions encore:
- je suis frappée de la proximité des deux noms: Sandrine, Sabine
- Sandrine interroge, s'interroge, mais aucune agressivité, aucune revendication: bravo madame!

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29 novembre 2007

Armel Job et les mystères de sainte Freya

Armel_Job

Armel Job , vous connaissez?
écrivain belge publié chez Robert Laffont depuis quelques romans déjà
j'en ai déjà parlé ici et incité pas mal d'entre vous  à le découvrir...de toute urgence

Il y a deux mois, un nouveau roman:Les mystères de sainte Freya

Un roman une fois de plus qu'on ne lâche pas...les rebondissements sont incroyables, quasi de page en page...mais où va-t-il chercher cela?
On ne peut d'ailleurs pas donner un résumé de ce livre sans en dire trop...

Ce que j'aime chez Armel c'est qu'il est un brin iconoclaste, un brin coquin, avec un panaché d'émotion, d'étonnement, et de rire franc... Et tout cela dans une écriture savoureuse, ce qui m'enchante littéralement

La morale catho dans ce qu'elle a de plus rigide, les dogmes stupides, l'Opus Dei qui manipule les plus "vulnérables", les prélats qui s'y croient...tout passe au tamis de son observation fine et pleine d'humour, ce qui n'empêche pas le cinglant parfois (et même souvent!)

Tiens je ne peux m'empêcher de vous mettre un petit extrait:

Mgr Van Camp conduit sa golf, réchauffe ses findus dans sa kitchenette et emploie désormais une secrétaire à talons hauts, tailleur cintré et rouge à lèvres. Marie-Jeanne dispose [...] d'un ordinateur dans le hall. La première vision du visiteur, quand il pousse la porte  de l'évêché, ce sont les deux moitiés de Marie-Jeanne coupée par le plan de travail de son bureau: au-dessus, son visage souriant émergeant de sa veste en calice; au-dessous, ses grandes jambes s'enfuient de sa jupe miniaturisée par la position assise. Elle est d'origine portugaise [...] mais elle a les jambes pour le moins suédoises. Tandis que les curés de campagne font antichambre, leurs yeux s'interrogent rêveusement sur le point de fuite  de ces parallèles en collants chair."

Le 14 décembre à 18H, Armel Job qui est aussi un ami, vient chez moi pour lui faire subir un interview en règle ;-))
J'ai un certain nombre de questions très intéressantes (rires) à lui poser sur le pourquoi du comment il construit ses intrigues, et imagine ses personnages...

Armel est un homme CAPTIVANT à écouter...si des Belges habitant pas trop loin de Bruxelles ont envie de participer à cette rencontre qui n'aura rien de guindé je vous le promets...ils et elles sont les bienvenus
Suffit qu'il m'écrivent un mail, je leur enverrai une invitation en règle

Quant aux autres, sans attendre lisez ce livre, je vous promets des moments formidables.

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31 août 2007

Trop c'est trop!

Je suis entrée dans une des grandes librairies de ma ville. Le coeur battant, l'oeil acéré.
J'ai vu des piles et des piles de bouquins fleurant bon le papier neuf et non encore feuilleté, des piles qui faisaient de l'oeil aux acheteurs potentiels, tentant de les séduire par leurs titres coup de gueule et leurs slogans trop prometteurs pour être (tous) honnêtes.
J'ai promené mon regard, perplexe, hésitante, me suis approchée d'eux d'une démarche un peu langoureuse, prête à me laisser séduire. Les livres sont de bons amants.

Trop, il y en a trop
....je regarde à gauche et tous ceux de droite réclament goulument mon attention, je regarde à droite et ceux de gauche clignotent de leurs photos et de leurs bandes réclame qui se veulent aguichantes.

Trop il y en a trop! La nausée me prend...
Plus de 750 livres pour cette rentrée... c'est une foire d'empoigne sous couvert d'extrême affabilité, ce sont des hurlements d'ego dans des silences étudiés de papier glacé (ou recyclé).
Je soupèse quelques livres, m'horrifie de leurs prix, en retourne quelques-uns, l'envers risque peut-être de me livrer des bribes de vérité: je passe quelques quatrièmes de couverture au tamis de mes observations, au crible d'une lecture attentive, et j'attends patiemment le coup de coeur.

Pas de coups de coeur...mais une étrange lassitude devant cette bataille rangée et silencieuse...

Je suis sortie de la librairie et j'avais la tête qui tournait...Puis j'ai pensé qu'il y avait au pied de mon lit quelques livres non ouverts et qui m'attendaient encore...

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26 août 2007

Ce n'est pas la vérité!

Je suis retournée voir Copying Beethoven cet après midi.
Avec toujours autant d'émotion. Avec le coeur qui battait plus vite au rythme de cette musique puissante, avec tout mon corps blotti dans le bonheur, avec les yeux rivés sur la beauté des images en connexion absolue avec la musique, avec la faim de ne rater aucune des paroles dites par les personnages principaux, comme s'ils allaient me révéler une idée capitale pour moi, pour ma vie...


Puis une fois rentrée chez moi, j'ai été rechercher sur le Net tout ce qu'on dit, tout ce qu'on sait à propos de cette 9ème symphonie, et de la fugue dont il est tant question durant le film.

J'apprends que le personnage féminin de la copiste, tout en liberté, tout en légèreté, tout en soleil,  est pure fiction... Anna Holtz n'a jamais existé!

Mon mari à qui j'apprends la chose est déçu et même choqué: ce film il l'a aimé comme moi, mais il rechigne fort à l'idée que la réalisatrice a complètement inventé  le personnage qui aurait éclairé les trois dernières années de la vie du Maestro, que la genèse de sa dernière grande oeuvre racontée comme cela n'est qu'invention. La vérité historique est mise à mal...
"Quoi? elle a tout inventé" m'a-t-il dit sur un ton de reproche, comme si du coup il allait désavouer ce film merveilleux. Sa réaction m'a surprise, il m'a semblé comme blessé, comme s'il avait été roulé. Comme si on l'avait trompé...

Pour moi, habituée à écrire dans la fiction, à inventer ou à habiller d'improvisations imaginaires des "vérités" ou des faits réels , non seulement cela ne me gêne pas, mais je trouve au contraire fabuleux de pouvoir créer de la beauté, de l'authenticité de cette manière. Tant de vies de grands ou moins grands hommes ont fait l'objet (ou le sujet) de films ou de livres, dont la teneur tant esthétique que formelle est parfois bien différente si pas contradictoire selon le regard de l'artiste. Quand il s'agit d'Art, je n'en ai cure de la vérité, de la vérité objective et intrinsèque qui d'ailleurs serait bien en peine de défendre sa cause ... je sais qu'elle échappe à la réalité des faits, qu'elle est insaisissable, qu'elle se modèle et se pétrit dans le regard et les mains de l'artiste, que l'art est appelé à transformer, déformer même les choses pour bousculer nos regards empêtrés dans l'habitude du quotidien. C'est là sa vocation. Et décrire ou peindre minutieusement des faits "réels", c'est encore de l'art quand c'est fait par un artiste qui donne à voir son propre regard des choses. Fou ou raisonnable, illuminé ou grossier, sombre ou lumineux peu importe, l'Art lui échappe en quelque sorte, pour vivre de sa propre vie...

(à suivre peut-être, selon vos réactions)

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23 août 2007

Copying Beethoven

Je ne suis pas une grande "connaisseuse" en cinéma comme certains de mes lecteurs... (sourire)
Je suis simplement quelqu'un qui aime le cinéma.
Et mes critères d'appréciation ne portent pas tant sur des critères de cinéphile, sans doute plus techniques, plus rationnels, plus "intelligents"
Je vais au cinéma dans l'espoir de vivre une "aventure" humaine, de vibrer à des sentiments universels, de rencontrer d'autres cultures, d'autres façons de vivre et de voir les choses.
Pour moi, l'émotion qui me prend quand je suis au cinéma est la plus indicatrice d'un film "réussi" ou pas

Non pas l'émotion facile, provoquée par du mélo de type roman hautement sentimental.
Mais une émotion qui parle à ma sensibilité de femme d'aujourd'hui, vivant dans le monde d'aujourd'hui et  qui me prend dans le ventre parce que se vit sur l'écran quelque chose de cette humanité.
Je ne vais pas au cinéma avec ma tête (qui pourtant ne me quitte pas, je reste "critique" quant à ce que je vois). Je vais au cinéma avec mes tripes (pardon pour le cliché, mais comment le dire autrement?). J'entends vibrer passionnément si possible.

(C'est d'ailleurs la même chose pour les livres que je lis...)

Tout cela pour dire que hier j'ai vu un film qui m'a fait vibrer jusqu'au plus profond de mon être, corps et âme
Un film qui vit intensément d'un bout à l'autre de sa musique aussi puissante que son compositeur: "Copying Beethoven"

C'est l'histoire (romancée) de la neuvième symphonie. C'est elle qui est la véritable héroïne du film.
Et le quart d'heure durant lequel nous assistons à son interprétation sous la direction d'un Beethoven sourd est de toute beauté: oserais-je dire que mes larmes ont coulé?

Beethoven

J'ai déjà parlé ici de mon morceau de musique classique préféré, qui est le concerto de l'empereur de Beethoven. J'en ai même proposé ICI la version interprétée par Gould, cet autre artiste puissant et singulier, qui lui aussi vivait jusqu'à la folie la musique qu'il interprétait, penché sur son piano pour en sortir le maximum
Beethoven devait être un homme aussi passionné et fou, avec sa musique omniprésente dans sa tête, même si ses oreilles ne l'entendaient pas. Ou plus. Ou pas de la même manière que nous.

J'ai été frappée par son explication de sa relation à Dieu: alors que les catho nous ont dit et redit de nous méfier du corps et de ses penchants passionnés, lui dit que c'est dans les tripes qu'il rencontre Dieu, que c'est dans le ventre que Dieu lui parle...
J'ai beaucoup aimé ça: je veux bien avoir affaire à un Dieu de ce type-là!

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18 mai 2007

Cages

CagesElle est belle, tendre, elle aime son homme, infiniment..."Il n'est pas un jour où je ne t'ai pas aimé", lui dit-elle au début du film

Lui est barbu, viril, il aime sa femme infiniment...c'est un couple qui s'aime, ça se voit, ça se sent. Ce n'est pas un simple coup de foudre, ils sont ensemble depuis quelques années déjà. Lui exploite un café, elle est infirmière.

Coup de tonnerre: un accident de voiture  la blesse physiquement mais aussi et surtout moralement: elle reçoit un morceau de verre planté dans la gorge, elle n'est pas morte, non, mais elle se fige désormais dans le silence. Traumatisme insurmontable...elle est muette, incapable de dire une parole...et de porter des verres dans le café...

Son homme est à ses côtés, il l'aime et l'aide...elle reste muette, rien ne sort de sa bouche, malgré ses efforts...

Son homme enrage de perdre la femme qu'il a tant aimée, il ne la reconnait plus: une femme aimée qui ne dit plus un mot, pendant un an, qui est-elle? La souffrance est grande, pour lui aussi

Une autre femme passe par là, il a besoin d'air, ils deviennent amants.

Maintenant à la souffrance du mutisme s'ajoute la peur de ne plus être aimée...alors elle met son homme en "cage" (elle l'attache) pour le garder...mutique peut-être, mais violente et rebelle

Tous les deux encagés désormais, lui attaché, elle muette...ils se détestent et s'aiment à la fois...dans un combat terrible qui les laisse pantelants

Est-ce quand on "attache" celui qu'on aime, on espère le garder ainsi? d'où vient cette idée folle?

Et quand l'occasion lui est donnée de s'enfuir vraiment pourquoi reste-t-il?

L'amour même très blessé peut-il faire des miracles?

Elle récupère un peu de sa parole, lui l'encourage, ne la lâche pas...lui pose un défi (l'animation d'une fête) elle le gagne, difficilement, mais elle le gagne...l'amour blessé circule entre eux...

Le soir de cette fête, il lui fait l'amour et lui annonce qu'il la quitte...alors elle court à la falaise où ils se sont tant de fois aimés, et jette dans le vide, la grosse pierre ronde et lourde sur laquelle ils avaient gravé leurs deux noms...

Ils sont libres désormais...ils se sont tous deux "désencagés"...libres de rechoisir (ou non) de s'aimer autrement...il n'y a pas de happy end...il y aura la suite de leur histoire qu'ils inventeront peut-être...ou alors ce sera la fin de leur couple, on ne sait pas trop

Cages  est le nom du film de Olivier Masset, jeune cinéaste belge dont c'est le deuxième film. Courez le voir, c'est un film fort, beau, lumineux et tragique

Filmé dans la poésie et la métaphore, on ne sait pas toujours si ce qu'on voit est réel, ou inscrit dans les fantasmes de l'un ou de l'autre...j'adore cette ouverture dans le rêve...on se laisse guider par les mouvements flous, rapides ou lents de la caméra, qui nous emmènent vers nos propres rêves ou fantasmes...

Edit dimanche 18h20'

Je viens  de recevoir un mail de Olivier Masset-Depasse, le metteur en scène de Cages, le voici:

Merci beaucoup pour votre beau témoignage: ça me va droit au coeur.

J'ai lu votre blog avec intérêt. Si je peux me permettre: CAGES est mon premier film.

Encore mille merci,

Olivier Masset-Depasse

Posté par Coumarine à 00:00 - Livres, films et c° - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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