23 mars 2010
Le sourire des yeux
Il y a des gens qui ont déserté leur visage
Le regard est absent, réfugié dans des chimères intérieures, ou des désespoirs, ou de l'indifférence, ce qui n'est guère mieux
La peau est vide et tous les maquillages du monde n'y peuvent rien
Il y a des gens au contraire qui habitent leur visage.
Le regard est allumé d'intensité, c'est un regard qui communique, qui interpelle sans paroles
Un sourire habille d'ardeur ces visages dont les rides et les sillons dus aux chagrins ne sont pourtant pas absents...
Dans le métro, assise pendant trente minutes durant le trajet qui me conduit-ramène, quand je ne suis pas plongée dans un livre qui m'accapare tout entière, je les vois, je les observe, et je réfléchis
Qu'est-ce qui fait que la vie semble avoir déserté certains visages à ce point, comme un ruisseau asséché sur une terre aride et morte?
Quel est le secret de ceux qui malgré les épreuves, ont gardé un visage d'enfant spontané et heureux, un visage tendu vers l'autre dans une volonté d'être heureux et de rendre heureux, double mouvement qui se complète?
Finalement, tout s'inscrit dans les yeux... allumés, ou éteints... c'est curieux...
Ce matin devant mon miroir, j'ai interrogé mes yeux. Je les ai vus ternes, comme vides, effacés
Je leur ai demandé gentiment de sourire...
Malgré.... et malgré... et malgré... les petits et grands problèmes qui me tracassent...
Le sourire des yeux, c'est communicatif... en peu de temps c'est mon cœur tout entier qui s'est habillé de printemps
Peinture Yoël Benharrouche
Commentaires
Parfois c'est aussi simplement qu'on a déserté notre vie pendant un moment: on est dans le métro, on s'y ennuie, et on on ferme les volets en attendant de reprendre sa vie en sortant...
Mais tu as raison le sourire des yeux allume tout le visage et l'humeur, garde sa jeunesse aux traits fatigués ou blessés. Certains l'ont tout à fait perdu...
J'ai commencé ton livre dimanche, le savoure intensément, et parfois même ... le reconnais!J'aime beaucoup tes réflexions, Coumarine... Je les trouve souvent proches des miennes. Tu dis en prose ce que je pense en poèmes...
Suis-je terre aride ou fertile ?
"Quel est le secret de ceux qui malgré les épreuves, ont gardé un visage d'enfant spontané et heureux, un visage tendu vers l'autre dans une volonté d'être heureux et de rendre heureux, double mouvement qui se complète ?"
Je t'embrasse et te souhaite une belle journée de créativité, de joies."en peu de temps c'est mon cœur tout entier qui s'est habillé de printemps"
On habille bien son corps pour sortir, je crois qu'il faut aussi habiller son âme et son coeur pour les rendre plus agréable, d'abord à soi-même et ensuite à l'autre.
je ne parle pas de travestir. On peut avoir du chagrin mais avoir envie tout de même de communiquer, de s'ouvrir à l'autre.De RM Rilke... parce que ta réflexion m'a remis ce texte en mémoire.
Je songe par exemple que jamais encore je n’avais pris conscience du nombre de visages qu’il y a. Il y a beaucoup de gens, mais encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Voici des gens qui portent un visage pendant des années. Il s’use naturellement, se salit, éclate, se ride, s’élargit comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples, économes ; ils n’en changent pas, ils ne le font même pas nettoyer. Il leur suffit, disent-ils, et qui leur prouvera le contraire ? Sans doute, puisqu’ils ont plusieurs visages, peut-on se demander ce qu’ils font des autres. Ils les conservent. Leurs enfants les porteront. Il arrive aussi que leurs chiens les mettent. Pourquoi pas ? Un visage est un visage.
D’autres gens changent de visage avec une rapidité inquiétante. Ils essaient l’un après l’autre, et les usent. Il leur semble qu’ils doivent en avoir pour toujours, mais ils ont à peine atteint la quarantaine que voici déjà le dernier. Cette découverte comporte, bien entendu, son tragique. Ils ne sont pas habitués à ménager des visages ; le dernier est usé après huit jours, troué par endroits, mince comme du papier, et puis, peu à peu, apparaît alors la doublure, le non-visage, et ils sortent avec lui.ton billet me fait penser à tous ces regards que j'ai pu croiser au cours de mon activité professionnelle d'aide aux personnes.
deux choses me frappaient souvent :
- le décalage entre le regard et les propos tenus.
- les regards de profonde détresse qui me faisaient entrevoir l'ampleur de désolation de désespoirs abyssaux.
Certains viennent encore me hanter parfois.@Agnès... MERCI d'avoir pris la peine de mettre cet extrait remarquable de Rilke... il est si parlant!
C'est une coïncidence amusante ou troublante, j'ai relu ce passage de Rilke il n'y a pas longtemps, sans doute m'a-t-il travaillé!
A propos de tes poèmes, je regrette que tu aies déserté K... tu étais parmi ceux que j'aimais lire...@Pascale... merci...
(tu sais que j'admire silencieusement tes réalisations si colorées, si "vivantes"!
@Edmée...oui on peut parfois tout simplement déserter sa vie durant un moment de fatigue... le visage en témoigne alors et prend dix ans d'âge
(un peu d'appréhension de savoir que tu es plongée dans mon livre... moi je n'ai pas commencé le tien encore, because bcp de trucs à faire et à gérer tous ces temps-ci!
@fabeli... c'est vrai qu'on habille son coeur aussi quand on va rencontrer des gens qu'on aime...
(bonne foire à toi ce WE...)
@Louloute... je trouve que par les yeux on peut faire passer beaucoup de choses, des bonnes et de moins bonnes...
@Alain...oui je crois que les mots peuvent dire quelque chose, et le corps (les yeux) donner un tout autre message... Les yeux pour moi ont énormément d'importanceEt puis il y a le visage de celui qui a la maladie de Parkinson . C'est le plus tragique. Le visage ne peut plus s'exprimer ,les mimiques, le sourire ne sont plus possible techniquement parlant mais derrière cad dans le coeur,dans l'esprit rien n'a changé. La souffrance psychique que cela engendre n'est pas dicible parce qu'en plus, cela provoque de la part d'autrui une attitude de plus ou moins de mise à distance, de retrait ou de pitié quand ce n'est pas d'énervement devant cette impassibilité visuelle.
C'est vrai que le sourire est communicatif ! J'en fais l'expérience tous les jours : je travaille dans un immeuble de plus de 2000 personnes où la plupart se croisent dans les couloirs et les ascenseurs sans le moindre signe sur le visage. Et moi, je prends plaisir à dire bonjour avec le sourire à ceux que je rencontre. Etonnement... et puis sourire aussi pour la plupart du temps.
Et c'est vrai que rien que nos yeux sont en quelque sorte le miroir de notre âme : yeux souriants ou yeux absents...Le sourire des yeux, le sourire des visages, tiens dernièrement je me faisais un peu les mêmes réflexions que toi. Tu croises des personnes dans la rue avec des visages fermés, durs, qui semblent porter toute la misère du monde, alors qu'un tout petit rien pourrait les illuminer ...
Je suis toujours frappée par la richesse et la joie apparente des visages rencontrés dans les terres lointaines et pauvres de notre planète ...

09:54
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J'aime ce billet, les images et les mots que tu as choisis, la façon dont le langage colle au plus juste aux émotions...