Sur les chemins de l'intériorité - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

09 mars 2010

Sur les chemins de l'intériorité

Question:
A quoi vont servir tous ces mots que je mets sur papier, qui sortent de ma plume, qui s'inscrivent sur mon écran?

Pas de rendement mesurable, pas d'efficacité immédiate, comme c'est le cas quand on construit une maison, on prépare un repas, on coud une robe, on travaille un dossier...

L'artiste fait des choses qui à priori n'entrent pas dans les registres du rendement, de l'efficacité/

Et pourtant...
Les mots écrits par les écrivains se transforment en livres, le plus souvent.
Et les livres emmènent le lecteur sur les chemins de son imaginaire, de ses rêves, souvenirs, réflexions... ils apportent un surcroit d'humanité. (Même les romans de gare, il ne faut pas à priori les mépriser ni les condamner... ils détendent, permettent de destresser, font passer le temps...)

L'art, quel qu'il soit (peinture, danse, musique, écriture...) conduit vers l'intériorité, tant chez l'artiste que chez celui qui contemple l'œuvre, cela me semble tellement évident!
Nous avons tous un jour lu un livre qui nous a secoués, conduits vers quelque chose de très profond en nous, a changé ou orienté notre vision du monde, des autres, de nous-mêmes, de la vie, de la mort... de tout!

Il y a de ces livres qui sont de belles et profondes nourritures de l'âme...

Adolescente, j'ai ainsi été marquée par les romans de François Mauriac, Julien Green, Bernanos... qui les premiers m'ont conduite sur les chemins de la littérature, m'ont fait découvrir l'étrange connivence qui peut se nouer avec un écrivain... Ce sont des souvenirs forts qui m'ont amenée à vouloir moi aussi prendre la plume et commencer à griffonner des mots à l'allure de poèmes maladroits
J'ai découvert là l'intériorité et l'appel à ne plus jamais faire la sourde oreille aux remous de mon âme...

PS. Merci à Antigone pour son billet si sensible sur mon livre L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers...


Commentaires

    Oui, une nourriture de l'âme.

    Un bien beau chemin à emprunter, même si parfois difficile...

    Posté par Louloute, 09 mars 2010 à 22:51
  • J'ai l'impression même que les livres ou les expressions artistiques sont des livres d'école. D'une école de la vie. Sans la lecture je n'aurais jamais su qu'il y avait des gens "comme moi" dans le monde, des gens qui pensent ou font ces choses dont je ne parlais pas (détester la voix de quelqu'un, prier pour ne pas tomber amoureuse, avoir peur que Dieu ne veuille que je devienne nonnne...). Je n'aurais pas connu non plus les insondables limites que peuvent prendre la passion, la foi, la rage, la douleur ....

    Julien Green, moi aussi je le lisais sans m'en lasser.

    Antigone me rend impatiente de recevoir ton livre

    Posté par Edmée De Xhavée, 09 mars 2010 à 23:52
  • Des lectures que nous abordions, il me semble, plus jeune que les ados d'aujourd'hui.

    Posté par mab, 10 mars 2010 à 07:30
  • "l'art conduit vers l'intériorité"

    Et cette phrase vient d'éclairer tout un pan du côté le plus sombre de on existece : une éducation dont la peinture, la musique étaient totalement exclues, la lecture encadrée et strictement limitée aux ouvrages autorisés par la famille et le lycée.
    Oui, lorsque l'éducation est dressage à l'obeissance et main-mise sur l'intériorité de l'enfant-futur adulte pour qu'il devienne un adulte obéissant voire servile. Avec les années qui passent je commence à comprendre que ces adultes qui m'ont fait "ça" n'étaient probablement pas conscients de ce qu'ils faisaient.

    Pour ceux qui liraient ce commentaire, je précise qu'il s'agit d'une éducation dans des établissements publics de la France des annnées 60 et d'une famille en partie anticléricale. La religion ne faisait pas partie de mon carcan au contraire, la religion approchée en cachette fut une clé pour moi.

    En tant qu'enseignante, j'aurais tendance à déplorer que mes élèves me posent systématiquement la question " A quoi ça sert ? Mais madame, on n'a as besoin de ça pour faire les courses". Autant , je peux apporter des réponses à la première partie , autant la seconde me laisse totalement désarmée. Bon, mes élèves sont aussi capables d'actions solidaires.

    Coumarine, j'envie tes qualités d'écriture au service d'une réflexion nuancée. Merci de nous en faire profiter.

    Posté par nicole 86, 10 mars 2010 à 09:04
  • je me permets un aparté pour Nicole :
    "Mais madame, on n'a pas besoin de ça pour faire les courses".
    pour ma part je répondrais : c'est évident qu'on n'en a pas besoin pour faire les courses...
    Mais, est-ce que c'est ça LA Vie ? Faire les courses ? ...

    Posté par alainx, 10 mars 2010 à 10:22
  • de l'intérieur

    Je reviens d'un voyage intérieur, un voyage de l'intime, un voyage à la place de la personne - soit-elle enfant! Je reviens d'un voyage de l'enfant intérieur, tout en finesse, tout en justesse. Sans faux fuyants, tout en tâtonnements, essais, erreurs, tout en recommencements. Comme est la vie tout simplement. Un voyage de plus après lequel je ne verrai plus jamais le monde tout à fait comme avant. Merci pour ce voyage au pays des mots de l'enfant à l'envers et de l'enfant à l'endroit. Au pays de tes mots... Comme tu as bien fait de les écrire. Et de les publier ! A bientôt pour le livre suivant ?

    Posté par Cé, 10 mars 2010 à 10:32
  • Beaucoup aimé ta réflexion, Coumarine ! J'ai relevé, entre autres, cette pensée :

    "Les mots écrits par les écrivains se transforment en livres, le plus souvent.
    Et les livres emmènent le lecteur sur les chemins de son imaginaire, de ses rêves, souvenirs, réflexions..."

    Je suis toujours dans l'attente des réactions de lecteurs. J'aimerais connaître leur ressenti à la lecture de mes recueils.
    Certains viennent me revoir lors des manifestations littéraires et nous prenons plaisir à échanger (moi surtout !), d'autres m'envoient un petit mail ou un petit mot, mais trop nombreux sont ceux qui se taisent. Enfin trop nombreux à mon sens...

    C'était juste une petite réflexion...

    Posté par agnès, 10 mars 2010 à 10:41
  • @Louloute... si on n'a pas le souci de nourrir son âme, elle s'effiloche en lambeaux dérisoires. On n'est plus présent au monde...

    @Edmée, comme toi, je me suis si souvent sentie "comprise" par les livres, me disant: comment cet auteur peut-il comprendre ce que je vis, dans le grandiose ou le futile...?
    J'attends aussi ton livre avec impatience...Le mien est en route vers toi depuis vendredi dernier

    @mab... j'ai des petits enfants qui déjà aujourd'hui à environ 10 ans, lisent beaucoup, beaucoup. J'ai une petite fille qui pour son anniversaire m'a demandé d'aller fouiner dans une bouquinerie, on y est restées plus de deux heures...et on est revenues les mains pleines!

    @Nicole...comme toi j'ai du faire toute seule mon éducation artistique: chez moi, aucun intérêt pour la peinture, très peu pour la musique (en tous cas, aucun souci de m'y ouvrir), peu pour les livres aussi. J'ai tout découvert sur le tard, grâce à des professeurs entre autres
    Le livre a été pour moi une révélation...

    Posté par Coumarine, 10 mars 2010 à 10:54
  • @nicole encore...oui si quelque chose ne "sert" pas à quelque chose, les jeunes semblent croire trop vite que c'est inutile
    Alors que c'est là que naît la vie intérieure
    (celle qu'il ne prennent pas la peine d'écouter en eux-mêmes, branchés qu'ils sont à leurs casques qui les isolent des autres et de leur intériorité
    (merci pour ton mail...)

    @Alain... eh bien... j'ai encire de répondre, OUI faire des courses, cela peut aussi être ça la VIE.
    Une vie qu'on peut aborder de l'extérieur, comme si on était absent de cette action
    Une vie qu'on peut aborder de l'intérieur, dans son intériorité la plus riche, celle qui nous rend humains... tout en posant des gestes extérieurs
    On peut faire les courses dans l'amour (donc dans la vie). Et les mères de famille ne me démentiront pas, elles qui s'astreignent à cette "corvée" deux ou trois fois par semaine

    Posté par Coumarine, 10 mars 2010 à 11:03
  • @Cé... ton message ici me fait chaud au coeur, et plus que ça...
    MERCI

    @Agnès... on sait que l'écriture est un acte éminemment solitaire...
    Les lecteurs prennent rarement la plume pour dire leur ressenti... Le livre, une fois parti ne nous appartient plus. Il fait son chemin d'intériorité(ou pas) chez le lecteur
    Quand on tient un blog, c'est sensiblement différent: le lecteur a la possibilité de réagir dans l'instant...On sait très vite si le billet que l'on écrit touche ou pas
    Bien sûr un billet éphémère n'est pas un livre, qui est un travail de persévérance
    Et les commentaires ne sont pas aussi fournis que des critiques reçues suite à la lecture du livre...

    Posté par Coumarine, 10 mars 2010 à 11:10
  • Rentabilité , efficacité , production
    Je vis avec des gens qui ne jurent que par ces mots là
    Je ne calcule pas , mes lectures sont ma nourriture , le chant mon meilleur breuvage
    C'est aussi par ça , les mots , les oeuvres que nous sommes en capacité d'apprehender le monde , positivivement

    Le reste est necessaire , il faut gagner sa vie , dans cette jungle compétitive
    Il ya la nourriture que alimente , et l'autre , celles des mots qui fortifie
    On a besoin des deux , cela me semble une évidence

    merci pour ta reflexion
    belle journée à toi

    Posté par Jeanne, 10 mars 2010 à 11:50
  • De petites paroles inutiles sont arrivées hier dans ma boite aux lettres. "Tout d'un blog" et "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" ont voyagé sans encombre de ton pays vers le mien et sont arrivés juste le jour de ma fête.
    Je suis rentrée si tard hier au soir que je n'ais pas pris le temps de m'y plonger, mais dès aujourd'hui Coum', je vais commencer à les dévorer.
    J'espère que mon petit courrier te sera bien parvenu.
    Un grand merci Coum' pour cet envoi.
    Je t'embrasse

    Posté par Fanzesca, 10 mars 2010 à 13:21
  • D'autant plus que dans beaucoup de cas l'auteur a disparu et que parfois on peut regretter de n'avoir pas pu le rencontrer.

    Posté par myriam, 10 mars 2010 à 13:30
  • @ Alainx
    j'ai eu de proposer ta réponse à mes élèves et le résultat fut un haussement d'épaules combiné à un haussement de sourcils tout à fait explicite sur sa signification. Voilà ce qui (entre autres) me fait douter de la jeunesse plaquée or qui fréquente mon établissement. Le décalage entre eux et les enseignants se creuse au fur et mesure que l'individualisme consumériste s'épanouit.
    Coup de mou dû au Père Cent ?

    Posté par nicole 86, 10 mars 2010 à 14:06
  • erratum : j'ai eu l'occasion..

    Posté par nicole 86, 10 mars 2010 à 14:07
  • Extrait du dernier livre de JB Pontalis" En marge des nuits"page 70
    J'y tiens à cette différence entre écrire sur soi et s'écrire que j'ai avancé, ici et là, le terme d'autographie. L'autographie n'est pas un genre littéraire comme le journal intime, les Mémoires, l'autobiographie, l'autoportrait.
    A mes yeux elle est à la fois la source et la finalité de l'acte d'écrire.

    Posté par charlotte, 10 mars 2010 à 16:56
  • Et cette intériorité apporte une réelle richesse et pour la personne et pour son entourage: profondeur, force nuancée et délicate, plongée et envol tout à la fois.

    Posté par delphine, 10 mars 2010 à 17:55
  • Merci encore ! Je remarque toujours ce phénomène étrange, les histoires des autres nous réparent, un peu. ;o)

    Posté par antigone, 10 mars 2010 à 18:12
  • @antigone... oui c'est vrai...et c'est pourquoi les mots des autres nous sont si importants!

    @Delphine...j'aime ce contraste que tu soulignes:plongée et envol tout à la fois...

    @Charlotte... oups je comprends pas du tout le terme "autographie". Je lis bien que Pontalis l'utilise, mais ça veut dire quoi??

    @Nicole... je te laisse répondre à Alain)

    @Myriam...est-ce important de rencontrer pour du vrai un auteur? je ne sais pas...parfois on est déçu de le voir en vrai )

    @Fanzesca... bonne lecture alors!
    non le courrier n'est pas encore arrivé, mais la poste ici, n'est pas pressée...)

    @jeanne...oui, on a besoin des deux...la nourriture qui aliment le corps; celle qui alimente le coeur, l'âme...
    Toi comme moi, on en sait le précieux...

    Posté par Coumarine, 10 mars 2010 à 18:49
  • "Réaliser la représentation de l'irreprésentable, voir l'invisible, toucher et percevoir l'impalpable." Novalis (La mission du peintre).

    Et Dieu sait combien nous avons besoin de nourritures de l'âme, comme tu le dis si bien. Alors, dès que je peux, je me nourris de lecture, de peinture, de poésie, de beau !

    Posté par naline, 10 mars 2010 à 20:20
  • Très beau texte qui n'est pas très loin de mon compte-rendu du dernier livre de Frank Andriat. Personnellement, il n'y a pas vraiment un ouvrage qui m'a marqué durant mes études. A cette époque, j'étais surtout passionné par l'histoire. Cela ne fait que quelques années que je savoure pleinement un roman. J'aime beaucoup les ouvrages qui contiennent des réflexions nous faisant penser à notre vie ou à celle de proches ; je pense en particulier à Colette Nys-Mazure avec qui j'ai eu l'occasion de discuter à la Foire du Livre de Bruxelles.

    Posté par Un petit Belge, 11 mars 2010 à 17:51
  • @Naline... merci pour la citation de Novalis...oui on a réellement besoin d'une vraie nourriture de l'a^me

    @Petit Belge... j'aime aussi beaucoup ce genre d'ouvrages qui nous font réfléchir à notre vie...
    Je ne savais pas que C.Nys était dimanche à la Foire...

    Posté par Coumarine, 11 mars 2010 à 20:39
  • Du plus loin que je me souvienne, j'ai lu, j'ai lu.

    Je ne saurai vivre sans lire, c'est ma nourriture spirituelle ou délassante (selon les livres) mais ils m'apportent toujours quelque chose, me font réfléchir, pleurer, sourire, plonger en moi et rarement me laissent indifférente ; les auteurs que tu mentionnes, je les connais et je les ai aimés. Tout récemment, je viens de me "replonger" avec délice dans Regain de Giono, autre écriture, autre époque, tout en retenue pudique ; cela m'a fait du bien.

    Quant à écrire...
    Bravo et merci à toi de le faire si bien.

    Posté par loulotte2, 11 mars 2010 à 22:56
  • Lire, écrire, écouter, rêver. Aussi important que manger, bouger, aimer. Action et vie intérieure. les deux me sont indispensables, comme à beaucoup.

    Posté par Berthoise, 12 mars 2010 à 06:54
  • j'avoue, je me pose la même question pour mes photos. A quoi ca sert ? Et puis c'est le moment où j'ai le plus de commentaires (ca reste modeste quand même). Si ca donne le sourire de temps en temps à quelqu'un ca aura au moins servi à cà et ca me sert à moi aussi... au moins à me poser des questions.
    bisous

    Posté par claire, 12 mars 2010 à 09:40
  • @loulotte... ah oui! se replonger dans les "vieux" livres qui nous ont tant nourris plus jeunes...c'est passionnant, mais il faut en prendre le temps!

    @Berthoise... oui voilà: action et vie intérieure, l'une nourrie par l'autre...

    @Clairette... l'art de la photo... c'est la même chose: à qui ça sert? A nourrir son âme...
    Bises à toi

    Posté par Coumarine, 12 mars 2010 à 15:18
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    Posté par Encrier, 12 mars 2010 à 16:16

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