Les vieux chagrins qui resurgissent - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

01 février 2010

Les vieux chagrins qui resurgissent

Énorme émotion en lisant le billet du jour chez Alainx
Tant et tant d'années après, sa cousine a pu (enfin!) pleurer et exprimer son chagrin vécu lors du grave accident de santé qu'il a eu, lui, son cousin dont elle était très proche...

Au lieu de la consoler rapidement, (c'est quoi un chagrin vieux de cinquante ans? allez allez, sèche tes larmes...) ils se sont écoutés, accueillis, ils ont pleuré ensemble ce vieux chagrin, le libérant du coup de ses ancres, ce qui n'avait jamais pu se faire, du moins chez la cousine, ...

Et moi, en lisant ça... je sens d'un seul coup les larmes me submerger... Bien sûr dans un premier temps, je crois que c'est à la lecture de ce que Alainx raconte avec tant de sensibilité... et qui touche profondément, comme quelque chose de précieux qui apparait soudain au grand jour...

Mais je réalise que revient à la surface un souvenir à moi...

Il y a longtemps, une leucémie féroce a emporté en deux mois de temps mon cousin préféré, mon compagnon de jeu, mon ami, que j'aimais tendrement
Deux mois: je n'ai pas eu le temps de réaliser qu'il était en train de mourir... tout d'un coup, il était parti! Je n'ai pas eu le droit d'ailleurs de le voir dans les derniers jours, ni sur son lit de mort...je ne lui ai pas dit au revoir, sinon dans mes rêves de l'époque...

Les parents de mon cousin étaient tout entiers envahis par leur tsunami de douleur
Et mes parents touchés par la souffrance intolérable de leur frère et belle-sœur

Personne n'a pensé s'inquiéter de moi, de savoir si j'avais de la peine, personne ne m'a prise dans les bras pour écouter mes pleurs. D'ailleurs mes larmes je les ai cachées, soigneusement, en serrant les dents.
Je n'allais quand même pas me rendre intéressante devant ceux qui avaient le droit de pleurer, eux.

Moi il fallait que je sois sage, que je ne prenne pas de place en ces temps pénibles, que je me fasse oublier. Non je ne pouvais pas rajouter à leur chagrin
J'ai donc fait mon deuil toute seule...mais devant les larmes qui sont montées là devant mon écran en lisant Alainx... me demande où il s'est terré ce chagrin...

Ce que dont je me rappelle, c'est que ma proximité et mon affection  pour mon cousin ont, pendant deux ans imprimé en moi la certitude que tôt ou tard je serais moi aussi atteinte de leucémie, et que je finirais par en mourir, moi aussi. Je ne pouvais pas le "lâcher", je devais le rejoindre, je devais mourir comme lui.

Pendant deux ans je me suis regardée dix fois par jour dans le miroir pour épier l'avancée de ma pâleur. Je guettais les bleus sur mes jambes que je me provoquais d'ailleurs intentionnellement.

Et pendant deux ans, j'ai été fatiguée à en mourir...


Commentaires

    Très beau texte Coumarine et j'espère que l'écrire t'a fait du bien.

    Posté par Un petit Belge, 01 février 2010 à 17:34
  • On ne s'autorise pas toujours à pleurer au moment où les larmes arrivent. On ne s'autorise pas toujours à se révéler. Moi je pense qu'un jour ou l'autre arrive toujours un instant où les larmes coulent et le chagrin sort. Je suis quasiment certaine à 100% que le chagrin n'est pas fait pour rester enfoui et que c'est un devoir de Vie avec un grand V que de se laisser à pleurer et à sortir ses émotions un jour ou l'autre. Cela arrive par une lecture, par un film, par une rencontre, par une aventure...cela arrive. Ce n'est pas important le quand, c'est important de ne pas le porter trop longtemps pour faire de la place et vivre. "Trop longtemps" c'est parfois court et c'est parfois long.

    Posté par Chris, 01 février 2010 à 17:39
  • Ne pas consoler tout de suite, écouter. Ça donne à l'autre la place pour exprimer son chagrin. Mais ça demande un peu de temps.
    Pleurer des vieux chagrins, parfois ça fait du bien.

    Posté par Berthoise, 01 février 2010 à 18:29
  • je crois que l'on peut pleurer en décalé. Je n'ai pas pleuré la mort de ma mère mais à l'enterrement de la mère de ma meilleure amie, j'ai laissé couler des torrents. Ce qui evidemment à un peu surpris la famille de mon amie...Quand je suis vraiment très très touchée en général, je pique des fous-rires colossaux !
    bonne soirée !

    Posté par Bérangère, 01 février 2010 à 18:38
  • Je suis sans voix face à tant d'émotion, de chagrin, de douleur.

    Puissent cette libération et ces pleurs avoir apaisé cette souffrance que tu gardais en toi.

    Peu importe la date, finalement, le plus important, je crois, c'est de le laisser partir, ce chagrin...

    Bonne continuation

    Posté par Louloute, 01 février 2010 à 18:58
  • Bonsoir Coum! Le propre d'une entrée écrite avec tact, respect et vérité est de faire vibrer "quelque chose" en nous. Ce qui est chouette, c'est que ces vibrations sonnent en harmonie et développent d'autres ondes, d'autres cordes sensibles. Le billet d'AlainX, puis le tien, participent à cette symphonie humaine. Merci!

    Posté par fc, 01 février 2010 à 20:38
  • merci à vous pour vos réactions
    Je suis contente de vous lire...

    Oui ça m'est arrivé plus d'une fois, de pleurer un fait de ma vie en décalé... comme Bérangère, je n'ai pleuré la mort de ma mère que bien plus tard... je croyais que cette disparition ne m'avait rien fait, car on avait une relation très difficile elle et moi...

    Je veux aussi dire que le souvenir qui est remonté avec son chagrin qui lui collait, n'est pas un souvenir déchirant, mais au contraire quelque chose de doux, de tendre
    Mais c'est bien en lisant le billet d'Alainx qu'il m'est remonté avec émotion à la mémoire
    C'est curieux le "jeu" de la mémoire...

    Posté par Coumarine, 01 février 2010 à 22:01
  • Ton texte exprime bien la méconnaissance qu'ont les adultes de la peine des petits ; ils sont trop concentrés sur leur propre douleur et pourtant ces enfants qui jouent, qui semblent ne pas réaliser ce qui arrivent, souffrent mais ne l'extériorisent pas ou peu.

    Tu as enfin pu le traduire ici, cet immense chagrin et le vide que ton cousin a laissé comme quoi les vieilles blessures ressurgissent et parfois, lorsqu'on ne les attend pas, hein, Coumarine...

    .

    Posté par loulotte2, 01 février 2010 à 22:05
  • le texte d'Alainx est touchant et salvateur pour lui en même temps que pour sa cousine ; enfin, exprimer des sentiments refoulés pendant si longtemps ; quel bienfait cela a dû leur faire en le sachant.

    Posté par bécassine, 01 février 2010 à 22:24
  • @loulotte...oui, je crois que parfois on ne tient pas assez compte de le souffrance des enfants. Les parents sont trop enfoncés dans leur propre chagrin

    @bécassine, oui son texte est "salvateur" aussi pour ceux qui le lisent...

    Posté par Coumarine, 01 février 2010 à 23:42
  • Ton témoignage Coum me chavire complètement: et oui heureusement qu'on pleure, il le faut c'est important! Apprivoiser son chagrin est parfois une question de moment, mais toujours une question de temps! Je suis de tout coeur avec toi!

    Posté par Magel, 02 février 2010 à 01:33
  • Je me demande quand même si l'hiver n'est pas une saison favorable pour les larmes.

    Posté par Prax, 02 février 2010 à 08:48
  • @Magel... je l'ai dit plus haut,le souvenir m'est revenu avec émotion,pas avec déchirement. Cet épisode je l'ai pleuré pour la première fois consciemment lors de l'écriture de mon livre "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers"
    merci à toi

    @Prax... tu as sûrement raison, ici la nature continue à pleurer... j'ai bien de la peine moi aussi à surmonter cette grisaille qui me grisaille le coeur
    Heureusement que tu es là )

    Posté par Coumarine, 02 février 2010 à 09:06
  • Le texte d'Alain puis le tien m'ont émue. Une telle intensité dans les mots que vous avez choisis.

    Les larmes
    Pour des moments heureux
    Ou bien malheureux
    Pour des éclats de rire
    Ou quelque chose de pire
    Pour une pure journée entre amis
    Ou la perte d'un membre de la famille

    Les larmes
    Différentes manière de les verser
    Différentes raisons pour les laisser couler
    Qu'elles soient joyeuses ou tristes
    Il faut les laisser couler sans faire la liste
    Sans trop penser à pourquoi elles coulent
    Ça libère que sur les joues elles roulent ...

    Même si nous pleurons en décalé, comme le dit si bien Bérangère, le principal est d'arriver à libérer toute la souffrance enfouie en nous.

    Je t'envoie un grand rayon de soleil pour réchauffer ton coeur.

    Posté par Nadine, 02 février 2010 à 09:57
  • Très touchée par ton texte !

    "comme Bérangère, je n'ai pleuré la mort de ma mère que bien plus tard... je croyais que cette disparition ne m'avait rien fait, car on avait une relation très difficile elle et moi..."

    Tout comme pour moi. J'étais jeune adulte à la mort de ma mère. Je n'ai pleuré que des années plus tard quand je suis devenue mère. Elle m'aimait mal (ou pas ? je n'ai pas la réponse), J'ai longtemps cru que c'était réciproque, mais aujourd'hui, je sais le poids de son absence, je sais que je l'aimais.

    Posté par agnès, 02 février 2010 à 10:22
  • Coumarinette, je me souviens parfaitement bien du passage dans ton livre "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers", où tu évoques cet amour partagé entre ton cousin et toi. J'en avais été fort émue et je me disais, pffft, personne n'est épargné dans cette petite chienne de vie, quoi qu'on fasse ... A jeudi + poutous.

    Posté par Filo Filo, 02 février 2010 à 11:12
  • Je suis bien sûr allée lire le texte d'Alain, qui m'a - comme à tous et toutes on dirait - fait réfléchir et toucher de la mémoire des faits semblables. Que de conséquences incalculables ces sanglots contenus ont par la suite.

    Quand mes parents ont divorcé, ma mère a vécu un drame - que je n'ai vraiment compris que lorsqu'elle se mourait, et où nous nous sommes autorisées toute l'intimité chaleureuse qu'on avait fuie jusqu'alors. Elle n'a plus rien senti d'autre que ça. Elle est devenue une femme qui pleurait avec de la colère dans la voix. Plus de patience. Une vision tunnel sur sa souffrance, le mauvais sort que la vie lui jouait, son avenir, ses soucis etc...

    Mon frère et moi n'avons rien compris, sauf que papa était un monstre. On ne devait plus le mentionner. On n'en parlait plus devant ma mère. Et elle nous regardait avec un soupçon dérangeant losrque nous rencontrions des tantes de mon père qui, bien entendu, juraient leurs grand dieux que nous étions son portrait craché, ou celui de ma grand-mère paternelle...

    L'idée de ne pas être des présences agréables s'est développée, a grandi jusqu'à presque être omi-présente.

    Heureusement ... la vie, cette grande aventure, avec des coups et des erreurs, m'a rendu ce que je pensais ne pas avoir....

    Posté par Edmée De Xhavée, 02 février 2010 à 13:03
  • Souvent les adultes font peu cas des larmes ou des chagrins des enfants! C'est pour cela que les petites filles se confient à leur poupée préférée et les garçons à leurs doudous! C'est là qu'ils trouvent la vraie consolation et que se forgent les souvenirs amers!
    Amitiés.

    Posté par Papa de Lili, 02 février 2010 à 20:42
  • votre texte Edmée De xhavée me parle, à un degré moindre que le vôtre, mais il y a des similitudes qui font qu'aujourd'hui, ma mère très âgée, remonte son passé jusqu'à occulter ce que ses enfants lui donnent : l'amour, la patience, l'attention ++.

    pas facile dit-on d'être parents ! pas facile dirais-je aussi d'être "enfant-parent" de sa propre mère...

    Posté par loulotte2, 02 février 2010 à 20:48
  • Je suis heureuse que tu aies pu verser ces quelques larmes... C'est salvateur. Je me retrouve en Bérangère qui pleure en décalé et rit en provoquant des scandales. Je me sens si indignement indifférente parfois lorsqu'on enterre mes proches alors que ce n'est que de l'auto-protection. La vie est compliquée et nous encore plus.

    Posté par delphine, 02 février 2010 à 22:00
  • @Nadine...merci pour ton poème...et pour le rayon de soleil, bien utile ici (il pleut sans discontinuer!)

    @agnès... bienvenue... ah ben toi aussi tu as cru qu'il n'y avait pas lieu de pleurer ta mère... c'est fréquent finalement...

    @filo... oui, je parle de cet épisode important de ma vie dans mon livre...
    à jeudi!

    @Edmée, merci pour ton commentaire, émouvant témoignage
    C'est bizarre que sur le moment même, on ne saisit pas vraiment l'importance de certains événements... oui bizarre

    Posté par Coumarine, 02 février 2010 à 22:09
  • @Papa de Lili... ben oui c'est à ça que servent les poupées et les doudous, précieux confidents...

    @loulotte, tu écris:
    "pas facile dirais-je aussi d'être "enfant-parent" de sa propre mère..."
    J'ai vécu cela pendant près de dix ans... et ce n'est pas facile...

    @delphine... oserais-je avouer que moi aussi comme toi, je semble parfois bien indifférente? Mais je sais qu'il s'agit de protection, pour ne pas m'écrouler... c'est pour ça que les ressentis se manifestent parfois bien plus tard

    Posté par Coumarine, 02 février 2010 à 22:12

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