La patience s'est assise... - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

06 décembre 2009

La patience s'est assise...

Les doigts s'obstinent à taper sur les pages. Ah! les cruels! Ah! les sadiques!

Et la patience s'est assise au premier rang pour surveiller les travaux de démolition, puis de fondation, puis de détermination, puis de frustration, puis d'oppression, puis d'ébullition, puis de...
Puis pour veiller enfin sur la naissance de l'enfant-livre...

Ne pas renoncer à parler, ni à écrire, le marquer en grand dans mon agenda!

- Dis-moi, crois-tu vraiment nécessaire de parler, quand tant de fois on a vu que ce sont les paroles mêmes qui dessinent les frontières?

- Mais qu'en est-il de l'absence de mots, tu sais bien, quand on s'isole dans la profondeur de ses yeux, sans rien dire, absent volontaire, observateur distant, méprisant peut-être... l'absence de mots crée des frontières bien plus rigides encore... l'incompréhension...

- Je vais te dire: la page blanche est fille de liberté, elle ouvre la présence à tous les possibles, qui n'attendent qu'un seul mot de toi pour se mettre à vivre, enfin! Mais seulement dans les rêves, ou mieux, le silence... La page blanche est sacrée. Les mots sur cette page  tracent déjà une frontière, un barrage, un arrêt sur images. Ils la limitent par leurs rangs sagement ordonnés qui finissent pas rendre le souffle là tout en bas...
Finalement, les mots sont de pauvres mortels... qui finissent par mourir à chaque fin (faim) de page

- Je ne te crois pas, je ne veux pas te croire, j'en ai fait l'expérience, maintes et maintes fois. Il suffit de la tourner cette foutue page pour qu'au delà d'elle resurgisse sa respiration primordiale. C'est la page qui expire, pas les mots qu'on lui confie...


Commentaires

    Ce matin, je vais te contredire ! (enfin, pas toi, la voix en noir)

    Non, les mots ne sont pas de pauvres mortels, ce sont de pauvres caméléons. Non, ils n'expirent pas à la fin de chaque phrase, de chaque page, de chaque livre, ils se contentent de disparaître et de réapparaître, un brin changés, dans d'autres textes.

    Posté par telle, 06 décembre 2009 à 06:29
  • La page blanche fille de liberté...elle peut aussi signifier un enfermement quand les mots ne veulent pas s'y écrire.

    Posté par mab, 06 décembre 2009 à 06:46
  • Elle se fait page blanche lorsque tu l'ouvres devant toi, elle ne le reste pas longtemps, puisque si tu l'as étalée sur ton bureau c'est parce que justement tu as l'intention de la noircir, elle est plutôt délivrance à mes yeux! Qui donc, s'il n'a envie de coucher au moins quelques mots sur le papier se donnerait la peine de sortir une page blanche et de la poser devant lui? La page blanche, c'est la liberté en effet, c'est l'exutoire, c'est ce qui fait du bien!

    Posté par eneri, 06 décembre 2009 à 08:34
  • Les mots sont à la fois des passerelles et des frontières. A l'instant où ils sont posés ils ouvrent un nouvel univers tout en le restreignant du même coup à la trace qu'ils laissent, étroite, imparfaite, imprécise.

    Comme tu le montrais dans ton dernier billet, écrire et être lu expose à l'incompréhension, que l'écriture soit précise et rigoureuse ou métaphorique, poétique, évanescente, elle laisse toujours champ libre à l'imaginaire de l'autre, différent du notre.

    Posté par Pierre, 06 décembre 2009 à 08:50
  • Page blanche... qu'il s'agisse d'écriture ou de peinture. Il y a des jours où tout semble facile. Mais il y en a beaucoup où tout semble résister. Les mots semblent maladroits, les coups de pinceaux hésitants.
    Le remède ? parfois tout laisser là et y revenir ensuite ou reprendre une page blanche.
    Mais quelle joie une fois que les mots s'articulent avec bonheur et les coups de pinceaux construisent équilibre et harmonie !

    Posté par naline, 06 décembre 2009 à 08:53
  • "La patience s'est assise..."

    Le titre de ton billet me touche beaucoup.
    J'imagine cette patience personnifiée, assise au bord de la feuille, petite fée fragile et pourtant si nécessaire, petite fée à conquérir et à protéger. Petite fée indispensable...

    Posté par fabeli, 06 décembre 2009 à 09:35
  • La patience

    et aussi l'inspiration, celle sans laquelle écrire est un vain mot. Les deux vont de pair, je crois. Inutile de forcer si l'inspiration refuse sa collaboration. Le texte sera nul, ou presque. Ecrire est un subtil assemblage de "dons" mineurs, parfois majeurs! Ecrire est un bonheur mais quelquefois une souffrance. Il faut s'y plier! Bonne journée, Coum.

    Posté par PassanteP, 06 décembre 2009 à 10:20
  • Bjr Coumarine, même si c'est la première fois que je viens te faire un petit coucou, je viens souvent lire "tes mots". Je les comprends, je ne les comprends pas, ça dépend, mais ils m'amènent toujours à réfléchir tout comme ceux par exemple de Pierre ou d'Alain. Qu'ils créent une frontière (cela peut arriver)où qu'ils détruisent les frontières, ils sont à mes yeux indispensables pour vivre. Ils font tout de même partie de notre condition humaine! On ne nous a pas appris à parler pour rien! Alors que les mots soient dits ou écrits, pour soi-même ou pour les autres, ils font partie de nous. Et même quand on se tait et qu'on n'écrit pas, les mots sont toujours là à travers les pensées. Une pensée vient toujours à partir d'un mot (et même que des fois on s'en passerait bien!). Ici c'est un rendez vous entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent. Il y a des fois où quand on commente on peut être hors sujet car comme dit Pierre l'écriture laisse toujours champ libre à l'imaginaire de l'autre, mais quand on le veut bien, quand on n'est pas trop frustré de n'avoir pas été toujours bien compris, il y a un échange de points de vue, un partage et c'est en cela que les mots font le plus souvent du bien que du mal...enfin c'est ce que je pense! Je t'embrasse et à une autre fois!

    Posté par Josiane, 06 décembre 2009 à 10:25
  • @telle...mais, si les mots réapparaissent ailleurs, un brin changés comme tu le dis, ne sont-ils pas infidèles?
    On leur fait confiance, et ils s'évanouissent pour apparaitre autrement...;-((, sans doute pas comme on voulait...

    @mab... page blanche, fille de liberté quand TOUT est encore possible... mais prison singulière quand aucun mot ne décide de s'y graver...

    @eneri... la page est invitation, et on ne l'étalerait pas devant soi si elle ne plaisait pas comme telle, c'est vrai, mais c'est alors que tout commence...

    @Pierre...suis soufflée par le résumé que tu fais de mon billet, dans lequel je retrouve tout ce que j'ai voulu y mettre:
    "Les mots sont à la fois des passerelles et des frontières. A l'instant où ils sont posés ils ouvrent un nouvel univers tout en le restreignant du même coup à la trace qu'ils laissent, étroite, imparfaite, imprécise."
    Les mots = passerelles et frontières. Oui!
    Car si on emprunte telle passerelle, on est conduit vers un chemin qui aurait été bien différent si on avait emprunté la passerelle d'à côté
    Je suis parfois très étonnée des mots qui viennent s'aligner sur ma page, sachant très bien que ces mots là en ont supplanté d'autres, tout aussi intéressants (ou nuls!)

    Posté par Coumarine, 06 décembre 2009 à 10:51
  • @naline... il n'y a pas ce frein je crois en ce qui concerne la photo?

    @fabeli... je crois que tu connais aussi cette petite fée fragile et pourtant si nécessaire, la patience...

    @Passante... pour moi l'inspiration arrive au moment de l'écriture, pas tellement avant
    Je ne me dis jamais: aujourd'hui j'ai de l'inspiration, je vais écrire...ben non, elle vient et grandit seulement si je commence...
    Mais je suis d'accord avec toi: écrire dans la durée est un bonheur ET une souffrance, je l'ai souvent dit ici..je t'embrasse en espérant que tu vas bien...

    @Josiane, tout d'abord bienvenue...
    Bien sûr que les mots nous sont indispensables, mais tu le dis toi-même parfois bien mal utilisés...
    Et aussi que les mots écrits laissent toujours place à l'imaginaire de l'autre, qui comprend à sa façon
    C'est une façon de rêver finalement
    Le même phénomène se retrouve dans tout l'art, y compris l'art cinématographique: parfois on comprend bien différemment un film que d'autres...

    Posté par Coumarine, 06 décembre 2009 à 10:59
  • La page blanche est une putain qui attend qu'on la couvre de nos mots éjaculés.
    On croit qu'elle les aimera, qu'elle nous aimera peut-être, mais déjà c'est fini.
    Il faut payer le prix convenu.
    le prix de l'incompréhension, de l'illusion des paroles déjà effacées, jetées, brulées.

    Posté par alainx, 06 décembre 2009 à 13:40
  • Je te livre "mes impressions"...ce qui m'est "passée dans la tête" en te lisant...
    Je ne crois qu'en la vertu du travail. Je crois qu' en ce qui te concerne, il n'y a pas une virgule ou un adjectif qui ne te pose problème et tu travailles "comme un chien " pour que cela ne se sente pas que tu as travaillé...plus une phrase est simple à lire, plus elle a été difficile à écrire. Et puis, il faut lire. Il faut lire bcp et il faut lire les Grands. Lire une nouvelle de Maupassant par exemple, c'est tjs simplissime et formidablement efficace. Je crois qu'on se sent débutante devant chaque nouvelle page blanche, voire devant chaque nouvelle phrase et c'est entre toi et toi-même que la partie se joue...
    Mais l'important, c'est le plaisir que l'on prend à écrire, le plaisir de ce moment où l'on est seul avec ce que l'on crée, cela personne ne te le prendra jamais et n'appartient qu'à ta belle solitude....Proust a dit :"Pour écrire pour tous il faut écrire pour soi" et Proust n'était pas le genre à dire des bêtises !
    Je crois que plus tu écris, plus tu prends l'habitude d'écrire. Il faut que ça devienne une routine, que tes pensées se transformrnt en mots, puis en phrase qui se coucheront sur le papier avec fluidité. C'est un des plus sûrs moyens d'éloigner le Spectre. Aussi efficace que les gousses d'ail contre les vampires.
    Prendre l'air, s'aérer la tête aide à l'inspiration. De plus, si tu manques de confiance en toi, ça va te regonfler.
    Et puis, tout le monde dans sa vie, a connu cette fameuse page blanche qui, inexorablement, plus tu la regardes, plus elle t'obsède par sa blancheur : un écolier devant son travail de rédaction avec un sujet loin de l'attirer en matière d'intêret, un peintre qui recherche l'étalement coloré d'une nouvelle oeuvre que sa main tenant le pinceau refuse d'enduire des huiles pourtant toutes prêtes, l'écrivain et le poète qui fièrement ont la plume qui tremble entre les doigts ne sachant par où ni comment commencer...Tout le monde un jour se retrouve confronté à cette blancheur immaculée. Peu importe le support utilisé, l'art a mille fonctions et l'angoisse de la page blanche en fait partie.
    Alors, tu poses la plume. Tu retournes dans tes lectures préférées chercher ce pourquoi tu aimes écrire. Tu libère momentanément ton angoisse en plongeant dans l'univers d'un autre écrivain...Parfois, une idée surgit au travers de ces lectures..Voilà, changer ton style d'entrée. Oui, voilà, c'est ça ! tu l'as trouvée ! en quelques raisonnements, l'idée se dessine dans ta tête et le squelette d'introduction se déclare enfin clairement...le fil d'Ariane s'étire enfin te livrant le passage idéal dans ce labyrinthe tortueux.La suite s'imbrique parfaitement dans ta tête et de retour à ta page blanche, la main qui auparavant tremblait d'incertitude, maintenant s'échine, heureuse et volubile, à colorer la fameuse page blanche d'une introduction agencée consciencieusement pour laisser la suite s'évertuer de façon intriguante et tout en cadence. L'écriture, c'est d'abord l'écoulement d'une source de mots qui tranquillement forme une rivière d'intrigues et d'aventures, qui elle-même va grossir un fleuve d'anecdotes et ce dernier intensifier l'immensité d'une mer, d'un océan littéraire savament orchestré. On écrit pour être lu...que cela soit personnel ou pour un public, il y'aura tjs un lecteur en bout de ligne. Et la quête d'une approbation demeure l'ultime dessein de l'écrivain.

    Posté par bernie.83, 06 décembre 2009 à 14:11
  • Patience ?

    Bonjour
    Un peu ici, je ne sais pas trop comment...
    Moi patient ? Non pas trop ma patience n'arrive pas à s'asseoir... il faut qu'elle bouge qu'elle s'énerve !!! mais alors ce n'est plus de la patience n'est-ce pas ?
    sincèrement
    jean

    Posté par Jean, 06 décembre 2009 à 14:35
  • Ni blanc ni noir

    J'aime ce texte et ses contradictions et ses questionnements et tout ce qu'on peut dire sur la page blanche n'est ni blanc ni noir, mais entre deux, entre deux lignes, entre deux filets d'inspiration, entre deux respirations pour se ressourcer...
    Ah, j'essaie de m'imaginer ce qu'un écrivain contraint à produire soit souffrir à certains moments ...les commandes doivent être honorées, les défis à soi lancés dépassés ...
    Tout travail d'artiste est une souffrance avant d'être, on peut l'espérer, une délivrance, une renaissance ...
    Bon dimanche à toi, Coum, je garde un bon souvenir d'un autre dimanche ...Amitiés.

    Posté par Saravati, 06 décembre 2009 à 15:36
  • J'ai pensé au chapître 1 de l'Evangile selon St Jean:Au commencement était le verbe( la Parole).
    La parole se traduit par des mots.
    Tuas raison de croire que les mots ne sont pas de pauvres mortels car justement par eux nous naissons à la vie au partage avec autrui. Quand l'enfant prononce pour la première fois "papa ou maman" il s'ouvre à l'altérité, donc à la vie parce que seul on crève.
    très très beau texte Couamrine j'aime beaucoup.

    Posté par charlotte, 06 décembre 2009 à 16:07
  • Les mots...

    Les mots...les écrits...noircissent les pages blanches...et lorsque celle ci se fini il suffit de tourner la page...et ainsi de suite...
    Puis ils sont partagés...lus...contournés...imaginaires...mais ils sont là...écrire...parler...échanger c'est vivre...Libérateurs...ils viennent se coucher sur la feuille blanche...qu'ils soient crus...doux...ils sont tellement beaux quand si viennent naitre aux bouts de nos doigts...
    Bon dimanche à toi...

    Posté par fille_bavarde, 06 décembre 2009 à 16:29
  • @Alain... tes paroles me semblent bien noires! (c'est toi qui, il y a peu de temps me faisait remarquer mon pessimisme?)
    En plus je ressens les choses un peu comme toi: les mots sur la page blanche passent, sont inexorablement oubliés, effacés, brûlés
    C'est sans cesse à recommencer... croire que ce sera possible, une fois encore...
    C'est comme l'amour finalement...sans cesse à redécider... c'est bien loin d'être chose facile, coulant de souce..

    @Bernie... beaucoup de choses intéressantes dans ce que tu écris là...
    Oui, plus on écrit, plus d'autres mots viennent
    Oui, il faut lire...beaucoup pour faire connaissance avec d'autres "pages blanches" et en recevoir leur richesse
    Et oui, je travaille chaque texte que j'écris... du moins je veille déjà à ne laisser aucune faute..)

    @Jean...bonsoir et bienvenue... tu es un actif alors... et t'asseoir avec patience n'est pas ton fort... il le faut pourtant de la patience dans certains cas, non?

    Posté par Coumarine, 06 décembre 2009 à 16:54
  • @saravati...tu écris:
    "Tout travail d'artiste est une souffrance avant d'être, on peut l'espérer, une délivrance, une renaissance ."
    Je ne peux que te dire OUI, c'est une souffrance mêlée de bonheur
    Mais quand l'écriture fait partie de la vie, on ne peut plus la lâcher, plus jamais
    (J'ai aussi un très bon souvenir de ce dimanche dont tu parles...)

    @Charlotte... oui le commencement de Saint Jean... la parole ouvre en effet à l'altérité... elle est dialogue tout autant que génératrice d'incompréhension
    La parole s'accompagne du non-verbal aussi pour mieux se faire comprendre: la voix, l'éclat des yeux etc...enfin, je vois ça comme ça!

    @fille bavarde, merci de me dire à ta façon comment tu perçois la richesse des mots couchés sur la page
    Bonne soirée à toi aussi

    Posté par Coumarine, 06 décembre 2009 à 17:06
  • Je te souhaite toute la patience nécessaire pour écrire de belle choses!
    Je ne pense pas t'avoir rencontrée à Bruxelles???
    Bonne fin de dimanche, merci.

    Posté par christina, 06 décembre 2009 à 19:05
  • @Christina...non mais je suis bruxelloise comme toi, c'aurait pu être )

    Posté par Coumarine, 06 décembre 2009 à 22:24
  • TRÈS beau texte. Bravo!

    Posté par Amélie, 07 décembre 2009 à 13:13
  • Comme d'habitude un joli texte parfois les mots écrits sont plus difficile que les mots parlés mais en effet le silence est parfois plus dur, j'aime ta façon d'écrire surtout ne lâche pas
    Amitiés

    Posté par manoudanslaforet, 07 décembre 2009 à 16:41
  • @Amélie...merci )

    @manou... merci aussi )

    Posté par Coumarine, 07 décembre 2009 à 20:57
  • Je suis tout à fait d'accord avec la dernière phrase: "c'est la page qui expire, pas les mots qu'on lui confie".

    Très joli texte!

    Posté par Louloute, 09 décembre 2009 à 14:09
  • @Louloute... tu es trop gentille avec moi...)

    Posté par Coumarine, 09 décembre 2009 à 14:20

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