Perdue dans une gare... - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

18 octobre 2009

Perdue dans une gare...

Hier j'ai vécu une expérience un peu particulière et très intéressante
Que je vous raconte:

Je suis (du verbe suivre) en tant que participante un atelier d'écriture centré sur les grands archétypes, tels que les a définis entre autres Jung
Hier la journée portait sur l'archétype de l'Ombre.
La part d'ombre que nous portons tous en nous, soit dans l'inconscient (qui n'est pas pour autant la cave des horreurs!) mais aussi celle qui va se nicher dans tous les aspects de notre conscient mais qui, parce qu'ils effraient (pour quelque raison que ce soit) sont ignorés de nous, passés sous silence.

Je sais par exemple qu'il y a en moi une femme ardente et même violente. Mais alors que j'aime reconnaître l'ardeur en moi, que j'en suis fière en quelque sorte... je n'aime pas trop reconnaître la part violente qui m'effraie par sa ...violence justement. Par exemple poussée à bout, je pourrais très bien me retrouver "hors de moi" capable de hurler, et je sais pas trop quoi. Je préfère ne pas aller voir de ce côté.

Alors voilà, on a été invités à faire un jeu de rôle.
La scène: une gare, avec son passage de gens pressés, de gens de toutes sortes.
Nous les participants à l'atelier (11) nous étions invités à entrer dans la gare sous les traits d'un personnage imaginé, avec une quête, une demande...
Ce n'était plus Coumarine qui était dans ce hall de gare, mais le personnage que Coumarine avait choisi de jouer, avec sa demande...
Cela permettait donc le jeu, càd de jouer, d'explorer un personnage qui ne nous ressemble pas...

Avec l'objectif d'habiter un personnage de l'intérieur afin de pouvoir, dans un texte à écrire ultérieurement, le présenter d'une manière la plus vivante possible. Pas simplement une description physique, mais les sentiments que ce personnage tel qu'il est, peut vivre dans cette gare, à ce moment donné, avec sa demande...
(Je dis moi-même aux participants de mes ateliers que pour rendre un personnage de fiction vivant, il faut entrer dans les baskets du personnage... sinon c'est du construit, du superficiel)

Sans trop réfléchir, je suis entrée dans l'espace du jeu, la "gare", en tant que mendiante des pays de l'Est, avec un bébé dans les bras. Je me suis assise par terre... et j'ai tendu la main

floralfPersonnage sans beaucoup d'originalité, il faut le reconnaître. Je me soupçonne même d'y avoir été au cliché, au plus facile

Mais le jeu m'attendait au tournant...

J'ai vécu en tant que "mendiante" parmi les autres qui jouaient eux d'autres personnages, quelque chose d'assez inattendu, qui m'a touchée, qui m'a posé question. Il est vrai que j'ai joué le jeu à fond... seule condition pour moi de laisser le vécu surgir de là où on ne l'attend pas spécialement

On est toujours le ou la mendiante de quelqu'un...

Le texte que j'ai écrit par après... je le mettrai ici  demain soir ;-))

Parce qu'il éclaire mon propos...


Commentaires

    Ah... j'aime ce "on est toujours le ou la mendiante de quelqu'un"

    Moi qui me targue d'être indépendante sur tous les plans, j'ai tout de même quelques domaines où je suis plutôt ... dépendante, donc, mendiante !!!

    Posté par teb, 18 octobre 2009 à 14:32
  • C'est intéressant, très.
    J'essaie d'imaginer ton texte, mais bon, je crois qu'il me vaut mieux attendre.

    Posté par Fauvette, 18 octobre 2009 à 14:36
  • Est-ce que je suis mendiant de quelqu'un ??

    (Que je n'aime pas la statue qui orne ton billet, excepté s'il s'agit d'un trés grand bronze où il est possible de s'asseoir sur la paume de la main, sinon, avoir ça dans sa bibliothéque...)

    Bleck

    Posté par Bleck, 18 octobre 2009 à 16:33
  • Comment as-tu joué la mendiante? C'est cela qui m'intéresse.
    C'est de qui cette sculpture?

    Posté par charlotte, 18 octobre 2009 à 17:20
  • Je suis un peu comme Teb, très indépendante... mais quand j'y réfléchis, c'est vrai que je suis parfois la mendiante.
    Belle soirée et excellente semaine !

    Posté par naline, 18 octobre 2009 à 17:33
  • Même question que Charlotte :
    "Comment as-tu joué la mendiante? C'est cela qui m'intéresse"

    sinon, c'est curieux je n'arrive pas à percevoir le ressenti sous-jacent à cette expression "mendiant de quelqu'un".
    alors je vais voir chez glouglou et je trouve : aucun résultat sur cette recherche.... (sauf ton blog en mettant au féminin....).

    mendier qqch à qq'un, je vois bien.... mais ton expression.... que veux-tu dire ? Toi qui n'a pas l'habitude de choisir tes mots et expressions sans "intention".
    Je ne voudrais pas donner une interprétation (car j'en ai une....mais que je ne donnerai pas en public...) fausse ou faussée.

    Posté par alainx, 18 octobre 2009 à 18:31
  • quelle expérience...

    ... intéressante et enrichissante. Je veux dire, d'endosser dans toute sa réalité le personnage et non seulement par l'imaginaire. Et d'avoir opté -ou tiré au sort- celui de mendiante justement, rôle fort, difficile et très instructif j'imagine (ben oui, moi je ne peux faire qu'imaginer).
    J'attends avec impatience de te lire demain.
    Bonne soirée!

    Posté par Delphine, 18 octobre 2009 à 19:36
  • Je suis indépendante.
    Mais je ne suis pas coupée des autres, ce qu'ils disent est important, je quête leur approbation, je demande leur attention. Je suis indépendante, mais je suis heureuse d'avoir des liens avec d'autres. Suis-je pour autant une mendiante ? Peut-être ?
    J'attends la suite....

    Posté par Berthoise, 18 octobre 2009 à 20:24
  • @teb... décidément cette phrase a éveillé la curiosité des lecteurs..
    Être mendiante c'est être dépendante en effet...

    @fauvette...merci de ton intérêt et de ta...patience...

    @Bleck... cette photo trouvée sur flick m'a interpelée. Je ne sais si je l'aime, su je la voudrais chez moi. Non probablement
    Mais ce qui m'a frappée, c'est justement la grandeur de cette main suppliante...on ne voit qu'elle. Pour illustrer mon billet, j'(ai préféré mettre cette sculpture que une photo de mendiante dans la rue (plus banal)

    @Charlotte... je le dis déjà dans mon billet: je me suis assise par terre. Carrément. J'avais hier une longue jupe noire assez gitane. J'ai mis un châle autour des épaules, et fait semblant de tenir dans mes bras un bébé.
    Puis j'ai tendu la main vers les passants en "copiant" les phrases cent fois entendues des pauvres assis sur le trottoir qui demandent une petite pièce de monnaie. Une plainte un peu lancinante, tu vois ce que je veux dire...

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2009 à 20:35
  • Hum voilà qui titille ma curiosité.

    J'attends le texte de demain alors!

    Posté par Louloute, 18 octobre 2009 à 20:38
  • @naline.. malgré le fait d'être indépendante et autonome, on se sent parfois mendiant il est vrai...

    @Alainx...
    comment j'ai joué la mendiante, voir la réponse à Charlotte
    Pour le reste, voici ce que j'ai à en dire:
    Mendier qqch à qqun (un objet, de l'amour, de l'attention...) cela reste encore "périphérique", ponctuel...
    Etre la mendiante de qqun, ça va bcp plus loin, c'est se sentir dépendante... c'est être une ou un mendiant d'amour, de vie parfois carrément.
    Cette structure est "littéraire" inventée spécialement par Coumarine pour exprimer mieux ce qu'elle veut dire. Cela m'arrive d'inventer des mots, des formules qui me semblent plus parlantes...mais tu sais ça, tu me connais assez...

    @Delphine en tant qu'auteure et en tant qu'animatrice d'ateliers d'écriture, je prends soin de plonger le plus possible dans les mondes et les personnages qui font l'objet de mes fictions. Sinon ça fait construit, artificiel.
    Bcp d'auteurs se rendent dans le pays du lieu où se place leur roman...

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2009 à 20:45
  • @Berthoise...cela me semble très juste ce que tu dis là: avoir besoin des autres, et le reconnaître, n'a rien à voir avec être dépendant de manière maladive

    @Loulotte... patience!!!
    et à demain!

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2009 à 20:48
  • Il n'y a pas de "mendiants" heureux!

    Tu as joué, joué simplement! Mendier c'est demander avec une énergie proportionnelle à la certitude de ne rien recevoir! Mais "c'est à partir du regard des autres que nous nous verrons tels que nous sommes!" (J.P Sartre) Et le regard de la société ne renvoie pas sur le mendiant une image d'amour! Je crois que là "jouer n'est pas vérité"!
    Amitiés.

    Posté par Papa de Lili, 18 octobre 2009 à 20:56
  • @Papa de Lili... oh la! la citation de Sartre!!
    C'est très vrai ça...!
    Ainsi que le regard sur le mendiant qui n'est certainement pas d'amour
    Bonne soirée...

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2009 à 21:45
  • C'est vraiment très intéressant ce que tu racontes là et je suis très curieuse de la suite .
    Il faut que je te raconte quand même : j'ai imaginé être à la place de cette mendiante et je suis devenue très vite nerveuse et j'ai ressenti une colère qui devenait de plus en plus vive . Tout sauf mendier , me suis je dit ! Je préfère encore voler au risque de filer en prison ! Est ce que ça veut dire que si je suis dans le besoin ...je vole ?
    Bizarre ce qui se passe en moi . J'ai hâte de te lire demain .

    Posté par Julie, 18 octobre 2009 à 22:05
  • @julie... à moi aussi il m'est venu des trucs assez forts
    Il y a le texte que j'ai écrit en me mettant dans la peau de cette mendiante
    Mais il y a ce que Coumarine a vécu en "jouant" à la mendiante... et c'est encore autre chose...

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2009 à 22:15
  • Vivement demain !
    Au fait, as-tu ramené quelques pièces de monnaie ? C'est que l'argent, vois-tu, je ne pense qu'à ça.

    Posté par Mimi, 18 octobre 2009 à 23:07
  • >> Alainx
    Celui, par exemple, qui mendie la tendresse ou l'amour au lieu de le proposer à de possibles partenaires, est peut-être le mendiant d'une femme rêvée et, pourquoi pas, le mendiant de sa mère.
    Mais ce n'est qu'une hypothèse on ne peut plus personnelle.

    Posté par Mimi, 18 octobre 2009 à 23:12
  • Une fois, je me suis assise à côté d'un mendiant auquel je donnais assez souvent une piécette à la sortie du bureau de poste, il me connaissait déjà donc il n'a eu aucune réaction d'agressivité, nous avons simplement parlé comme je l'aurais fait avec un quasi inconnu. Je n'étais pas dans la posture d'une mendiante, mais je me suis confrontée aux regards vides, aux regards évitants. Je suis grande et je suis peu habituée à lever la tête pour voir le visage des passants, là je ne voyais qu'une foule de jambes pressées qui me rendaient à mon insignifiance, j'étais celle qu'on ne veut pas voir. Non je n'ai éprouvé aucune colère, juste une grande tristesse et la certitude d'une fatalité sans fin de jours gris qui se ressemblent. En perdant ma dimension, j'avais perdu mon humanité, seuls les enfants étaient à ma hauteur, bien élevés ils suivaient leur mère après m'avoir jeté un regard intrigué.
    Un mendiant dans la rue n'est pas le mendiant de quelqu'un, car il n'établit pas de lien avec les passants, il ne leur demande rien qui les implique, ce n'est pas une relation. Il est le mendiant d'une foule, il a peur, il a honte, il a froid et pourtant il faut oser demander pour obtenir ... et on demande sans regarder celui à qui on demande.

    Par contre je crois comprendre ce que veut dire " être le mendiant de quelqu'un" , c'est ( souvent) ce que je ressens vis à vis de mes filles ; c'est ce que ma belle mère ressent vis à vis de ses enfants et petits enfants. Et finalement en étant la mendiante de mes filles, je ressemble ausi à celui qui est assis sur le trottoir, je leur demande ce qu'elles ne pensent pas à me donner parce qu'elles ne pensent même pas que je suis en manque de "cela".

    Posté par nicole 86, 18 octobre 2009 à 23:36
  • Terrifiante la sculpture!

    Posté par mab, 19 octobre 2009 à 05:59
  • En m'endormant hier soir j'ai pensé au rôle que j'aurais choisi de jouer dans cette gare et je me suis vue en policier en uniforme, étant là pour maintenir l'ordre et dissuader les mauvais de passer à l'acte!
    J'ai pourtant pas une tête à çà!

    Posté par charlotte, 19 octobre 2009 à 11:36
  • @Charlotte...toi? policier? ah ça c'est curieux...mais pas tant que ça finalement!

    @mab... oui elle est terrible cette sculpture, c pour cela que je l'ai choisie

    @mimi... toi? tu ne penses qu'à l'argent??? )

    Posté par Coumarine, 19 octobre 2009 à 20:28
  • @nicole...jsute te dire que ton commentaire me touche énormément
    Je retrouve la plupart de mes ressentis lors de cette expérience...jusqu'aux termes mêmes, que tu retrouveras dans mon texte... c'est incroyable!!
    Merci à toi!

    Posté par Coumarine, 19 octobre 2009 à 20:31
  • Oserai-je dire qu'on a besoin de ses mains pour dire les choses que la parole ne traduit pas.
    Je ne sais pas si tu vas comprendre...

    Posté par bernie.83, 20 octobre 2009 à 13:06

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