"...et que demeurent vivantes les mémoires" - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

13 octobre 2009

"...et que demeurent vivantes les mémoires"

Ainsi concluait une conteuse que j'ai entendue un jour, raconter la légende d'Ys
Je réfléchis à cette phrase: "...pour que demeurent vivantes nos mémoires"

La mémoire de quoi? du passé qui nous a enchantés ou au contraire qui nous a blessés? de la leçon qu'on peut en retirer? (il faut savoir tirer les leçons du passé, dit-on...)

Pourquoi est-il bon que nos mémoires demeurent vivantes? Y-a-il obligation ou intérêt à dire, à garder trace? Y-a-il un héritage, une expérience de vie à transmettre absolument ? Faut-il parler à ceux qui nous suivent de ce qu'ils n'ont pas connu? Pourquoi transmettre les horreurs, les blessures, les difficultés de tous ordres? Ne vaut-il pas mieux les oublier définitivement? (mais qui peut prétendre que tout cela ne survit pas dans la mémoire de nos corps?) Ceux qui nous suivent n'ont-ils pas assez avec leurs déchirures de tous ordres, celles qu'ils doivent vivre dans le présent, sans encore ajouter dans leur sac à dos les histoires de leurs ancêtres?

La transmission est-elle nécessaire pour que l'Histoire et les (nos) histoires ne se répètent pas? N'est-il pas vrai que les histoires finissent toujours par se répéter jusqu'à redevenir l'Histoire... Il y a de cela tant et tant d'exemples... pourquoi les génocides se répètent-ils encore et encore?

N'a t-on pas à construire le présent pour que le futur soit le meilleur possible? Garder la mémoire vivante, n'est-ce pas risquer de ruminer sans cesse de vieux aliments cent fois vomis?

Garder la mémoire vivante ne répare rien, et surtout pas l'irréparable. Pourquoi retourner cent fois vers le feu qui a brûlé, consumé jusqu'à l'essence même d'un l'être humain?

Les paroles de mémoire sont si souvent comme des paroles minuscules qui viennent se perdre dans le fracas des fureurs et des colères, des tempêtes et des tsunamis..
Parler, raconter? Quand la gorge est serrée et ne peut pas prononcer les paroles qui déchirent?
Écrire, témoigner? Quand l'encre se dilue dans les larmes que l'on cache pourtant pour ne pas être moqué?
Pourquoi certains lancent-ils sur le Net des mots émouvants qu'ils ne confieraient à aucun de leurs proches?
Et pourquoi donc les enfants se taisent-ils le plus souvent et ne "transmettent"-ils pas ce qui les blesse, sinon par une somatisation que leur entourage est incapable de "lire" le plus souvent?

Voilà bien des questions, que j'ai conscience de mélanger d'ailleurs...je ne fais qu'ouvrir un coffre qui recèle bien des interrogations, certaines qui sont comme des culs de sac, d'autres des entonnoirs vers des portes qui libèrent...

Il n'est pas je crois, de réponses sur mesure...


Commentaires

    Voilà un billet qui me parle. Et drôlement, même, tu t'en doutes...
    Je me suis toujours demandé si les choses les plus importantes de notre vie, qu'elles soient douloureuses ou non, sont exprimables. Parce qu'elles sont difficilement partageables avec l'acuité qu'elles ont pour nous. Pour ma part, il me semble que les dire leur ferait perdre leur force et donc quelque part la valeur qu'elles ont à mes yeux. Les choses les plus précieuses de ma vie demeurent secrètes, enfouies dans le silence tout au fond de moi.
    Et je butte sur ma propre attitude au moment de tenter d'éclairer mes enfants sur leur famille. J'écris, puis rature; hésite, remets au lendemain. Je crains si fort de dénaturer et d'affadir les sentiments, les émotions, les douleurs et les joies. Finalement l'exercice me renvoie sans ménagement à ma solitude d'être humain.

    Posté par incertaine, 13 octobre 2009 à 13:27
  • En voilà un faisceau de questions plutôt fondamentales... Je ne suis pas un taiseux, je dis assez facilement je t'aime ainsi que tu m'ennuie et même tu m'emmerde et je suis directement confronté à un teiseux, un de nos fils est complétement introverti... il ne sait pas dire ou bien alors je ne sais pas l'entendre.
    Je crois, j'espère, ne pas mettre d'échelle de valeur entre ces deux attitudes pourtant je suis heureux d'avoir cette liberté de m'exprimer.
    "pourquoi, les généocides, les crimes de tous ordre se répètent-t-ils ?" - Parce- que l'homme n'est pas un brave garçon... Le pouvoir, l'appât du gain, la sottise humaine, la folie même est plus forte que la bonté et la générosité... regarde comme en société on parle d'un gentil... le mot gentil est facilement associé à con, c'est ainsi.

    Bleck

    Posté par Bleck, 13 octobre 2009 à 13:50
  • Ah, quel vaste problème ! Vastes problèmes, d'ailleurs, comme tu le dis à la fin. Il en faudrait un bouquin entier ! (d'ailleurs, je suppose qu'il y en a déjà).

    Devoir de mémoire, devoir d'oubli...Il y a des romans qui racontent des histoires de personnes qui ne peuvent RIEN oublier et qui en deviennent fous (je veux bien le croire).
    Devoir de mémoire, ne pas oublier l'horreur, ne serait-ce que par respect pour les personnes qui ont souffert et sont mortes.
    Devoir d'oubli, pour éviter de ressasser encore et toujours, comme tu le dis dans ta note.
    Mais les deux ne peuvent-ils pas être associés, se concilier ?


    je crois que dans nos vies personnelles, nous avons aussi besoin des deux. Les recherches en généalogies ne se sont jamais aussi bien portées : les gens ont besoin de savoir d'où ils viennent, ce qu'on vécus leurs pères, etc. Quand on a du mal à trouver un lieu qui soit "chez soi", alors, le passé, la mémoire, peuvent aider. Mais bien sûr, il arrive un moment où il faut savoir oublier pour passer à autre chose...et probablement, recommencer les erreurs que nos parents ont fait avant nous.

    Je crois comme toi que l'Histoire se répète inlassablement...Avec ses horreurs, ses haines, et aussi ses belles choses. Combien sommes nous parfois étonnés de l'air contemporains qu'ont certains écrits de nos amis les romains ! Dans un sens, cela est réconfortant : nous ne sommes pas les seuls, pas les premiers, d'autres ont fait les mêmes erreurs avant nous. Une sorte d'excuse. Nous sommes tous humains...(même si souvent, je déteste être humaine. Ah, si j'étais un ange parfait...:p)
    En cela, peut-être, réside l'intérêt de la transmission. Non pas éviter de faire les mêmes erreurs, car cela est impossible. Mais, une fois l'erreur faite, s'enrichir à partir du fait que d'autres ont fait l'erreur avant nous, ont peut-être déjà réfléchi là-dessus, etc.

    Une dernière chose : tu demandes pourquoi certains lancent-ils des mots si émouvants sur le net qu'ils ne diraient pas dans d'autres conditions. Je dirais : parce qu'on ne voit pas l'interlocuteur, tout simplement. parce qu'on peut se faire croire que ce qu'on écrit ne porte pas à conséquence. Parce que, aussi et tout simplement, il est parfois plus facile d'écrire que de parler (on peut écrire (surtout sur un pc) à travers les larmes, mais il est plus difficile de parler quand on a la gorge nouée). Parce que sur le net, on trouve des interlocuteurs qu'on n'a pas dans la "vraie vie". les gens sur internet ont par définition le temps de lire, sinon, ils ne liraient pas. Alors que dans la "vraie vie"... Sur le net, on craint moins de gêner.
    Les deux personnes parmi celles qui comptent le plus pour moi (à part la famille) et à qui je parle le plus facilement on été rencontrées sur le net.

    Ce commentaire est déjà long, et pourtant, ce ne sont que des "idées" lancées en vrac ! Ta note est bien trop riche de questions pour faire autrement. Je m'interdis de relire encore une fois ton texte, sinon, je vais encore ajouter des paragraphes

    Posté par sel, 13 octobre 2009 à 14:13
  • histoire mémoire et être humain

    Bonsoir Coumarine,
    Je rejoins entièrement sel dans ses propos: mémoire par respect pour ceux qui ont souffert et sont morts, avec l'espoir que cela serve de leçon et dissuade les jeunes générations d'agir ainsi. Mais se complaire en vaines lamentations et s'y engluer est malsain et morbide. J'en ai parlé sur mon blog à propos de Claudio Magris
    http://delphine-encoreetencore.blogspot.com/2009/03/devoir-de-memoire-auchwitz-claudio.html
    Mettons aussi en évidence les comportements héroïques de si nombreuses personnes en ces temps d'épouvantes.
    (je lis actuellement les notes d'Etty Hillesum)
    Malheureusement l'homme est ce qu'il est: un géant dans sa bonté comme dans le mal.

    J'ai compris il y a peu l'héritage transgénérationnel dont on me parlait souvent. Les souffrances subies sont bien sûr répercutées sur les proches (d'une manière ou d'une autre, par tels gestes, tels silences, tels cauchemars...) qui a leur tour vont transmettre la souffrance qu'ils ont perçues par ce comportement etc etc

    Parler rationalise car on doit mettre des mots sur des sentiments, des impressions souvent floues et qui prennent donc des proportions irrationnelles. Je pense que les psy(chologues) ont souvent le rôle essentiel de mettre de l'ordre dans le fatras de sentiments et d'événements que la personne n'arrive plus à gérer seule.

    Et les enfants ne sont pas seuls à somatiser: les psoriasis, cancers, ecsémas, angines et autres maladies ne sont rien d'autre.
    Bon je m'arrête ici car je pourrais développer bien longtemps encore...
    Bonne soirée

    Posté par Delphine, 13 octobre 2009 à 17:09
  • Posées ainsi tes questions m'étonnent...
    n'as-tu pas déjà répondu à de multiples reprises, autant sur ton blog que dans les livres que tu as écrits ? et dont l'un fait directement référence aux problématiques de la mémoire et de la transmission...

    Plutôt que lire ainsi des questions, ce sont tes propres réponses qui m'intéresseraient... Car je viens ici pour te lire toi...

    ou alors... Il faut que tu ouvres un forum de discussion...

    Posté par alainx, 13 octobre 2009 à 17:32
  • tOUT DIRE, pas forément. Pas forcément donner des encombrements aux autres, aux enfants principalement et quand surtout ce n'est pas leur histoire. Dire, se dire, oui, ne pas garder en soi, se qui rattrapera un jour, ce qui a blessé, ce qui a meurtri, mais
    se faire aider, consulter, oui. Les mots sont salvateurs, tous ems psychanalistes le diront et en usent, le langage est notre seul outil, autant s'en servor bien.

    Posté par brigitteGiraud, 13 octobre 2009 à 20:39
  • In mémoriam!

    Quand la mémoire s'éteint l'être meurt et meurent avec lui tout ce qu'il a aimé. Ne restent vivant que ceux à qui l'on pense... La mémoire est le chapitre principal du livre de la vie...
    Amitiés.

    Posté par Papa de Lili, 13 octobre 2009 à 22:15
  • @Incertaine...

    oui j'imagine que ce billet te touche, te parle...
    Oui, tu as raison: même l'écriture d'un récit de vie, fait pour êytre lu et communiqué à d'autres, est un exercice hautement solitaire
    Et aussi de l'ordre de l'humilité
    Parce que reproduire les événements avec leur resenti de l'époque (ou d'aujourd'hui) est tâche impossible
    La vérité en soi n'existe pas...il n'y a que la vérité, le souvenir du ressenti
    Et encore.
    Qui dit que le ressenti d'aujourd'hui est fidèle à ce que j'ai vécu autrefois?
    Tu sais j'ai vécu ce genre de déchirement qd j'ai écrit "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers"
    Finalement ce livre est plus une oeuvre littéraire qu'un résumé d'une tranche de vie
    A creuser encore

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:26
  • @Bleck

    Parler ou se taire?
    Garder sa langue ou balancer ses vérités à tout le monde, à temps et à contretemps?
    Qu'est-ce qui vaut mieux?
    Je crois qu'il est nécessaire de pouvoir se taire parfois...

    Quant à la "bonté" de l'homme..je continue à croire à sa capacité d'humanité... c'est un acte de foi!

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:30
  • @Sel

    tu reprends bien des idées de cette note en les développant de manière personnelle
    Et c'est très intéressant
    Se souvenir oui... par égard pour ceux qui ont souffert
    Mais pas ruminer, ressasser: il y a un moment où il faut aller de l'avant...VIVRE

    Il me semble que ce que tu dis aussi des blogueurs qui écrivent parfois dans une grande intimité... c'est parce que sur le Net , c'est vrai, ils peuvent écrire sans être interrompus, et dans l'espoir d'être lus et même de recevoir un signe, un commentaire, ce n'est pas rien, quand on n'a pas grand monde autour de soi, capable d'écouter vraiment...

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:34
  • @Delphine

    Je suis allée lire et commenter ce bilet très intéressant dont tu donnes le lien ici
    C'est étonnant que tu n'aies pu descendre sur les lieux dont tu parles... mais je me pose la question: qu'aurais-je fait, moi?
    Tu as raison en faisant la différence entre la mémoire qui ressasse et celle qui respecte le passé pour en tirer des leçons

    Tisseuse si elle passe par ici, parlera de la psychogénéalogie (dont elle est spécialiste) et pour laquelle je me passionne aussi
    Il est très intéressant de mettre le doigt sur des événements de famille récurrents pour rompre un processus "mortiphère"
    C'est l'objet d'ailleurs de mon livre "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" dont Tisseuse dit que c'est un bel exemple dans le vécu de la démarche de psychogénéalogie

    Et bien sûr, bien des maux sont des réponses à des mal-êtres... on pourrait en parler longtemps

    Merci pour ton intérêt

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:42
  • @Alainx

    Bien sûr le "vieux" blogueur que tu es sait que la "vieille" blogueuse que je suis a déjà souvent abordé ces problématiques
    Auxqelles j'ai tenté de donner des réponses qui sont MES réponses, entre autres en écrivant le livre que tu connais
    Mais je suis en train de lire un livre sur "les femmes qui s'écrivent" pour lequel je suis appelée à faire un compte rendu détaillé.
    La question de la transmission y est abordée abondamment. Je suis donc plongée en plein dans la problématique, et j'avais envie d'en (re)parler ici, et de susciter des commentaires (rares, c'est étonnant) mais précieux de la part de mes lecteurs...
    Mais merci de me dire que tu viens ici pour ME lire, ben ça fait plaisir )

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:48
  • @Brigitte... oui je crois profondément que les mots sont salvateurs...
    Mais je crois aussi qu'il faut pouvoir se taire... pour protéger l'entourage par exemple en cas d'infidélité... je crois qu'il y a plus de courage à se taire qu'à avouer (et faire souffrir)
    Mais ça c'est une autre histoire, et beaucoup ne voient pas les choses comme ça...

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:51
  • @Alain Papa de lili... garder la mémoire de ceux qu'on a aimés, pour qu'ils ne meurent pas une deuxième fois...
    Je te comprends...

    Posté par Coumarine, 13 octobre 2009 à 22:53
  • Pour moi c'est un devoir que de transmettre ce qui a été transmis, mais c'est vrai que parfois je me demande si cela ne sera pas trop encombrant, pas pour ma fille mais, pour ces enfants...

    Posté par mab, 14 octobre 2009 à 06:12
  • Interressant ce billet
    Laisser des traces , oui , la mémoire ,mais vouloir sans cesse faire porter une culpabilité aux générations à venir , à quoi bon ?
    J'aime cette idée de transmettre , raconter , à a travers mon blog , je raconte , mais en aucun cas j'imposerais à mes enfants de faire mémoire ,
    aller en avant , ne pas refaire les grosses erreurs , ne pas reproduire les grands drames humains
    mais ne pas faire de sa vie un musée de reliques pleine de mites et d'odeurs désuettes
    belle journée à toi

    Posté par Jeanne, 14 octobre 2009 à 08:53
  • Coumarine je te conseille alors de lire l'article de Sylviane Agacinski (philosophe, femme de Jospin)dans "le monde" daté 11/12 octobre "triste posthumanité" qui traite de l'ingenierie génétique mettant en péril la transmission et la liberté humaine.
    Tu y trouveras matière à réflexion...

    Posté par alainx, 14 octobre 2009 à 09:54
  • Pour moi, la pire maladie est la maladie d'Alzheimer.

    Posté par charlotte, 14 octobre 2009 à 10:54
  • Je "squatte" 5 mns le pc de belle-soeur pour répondre à ton billet...
    Pris individuellement, force est de constater que nous sommes parfois paralysés par la peur d'oublier ou au contraire, désireux de faire table rase d'un passé qui nous encombre, nous empêche d'aller de l'avant. Notre société moderne qui va très vite, est écartelée (tiraillée) entre le désir de faire mémoire et celui d'aller de l'avant et fait parfois preuve de manque de discernement dans sa façon de faire mémoire à tout va ( la lettre de Guy Môquet qui a suscité une grande contreverse, tout comme la commémoration de mai 68 en sont qqs exemples)
    Nous sommes assaillis de commémorations en tous genre, on érige sans cesse des mémoriaux pour nous obliger à faire mémoire de telle guerre, de tel génocide, de tel grand homme. Pourtant, toute mémoire n'est pas constructive et il nous appartient de faire le tri de ce qui est à éradiquer et de ce qu'il faut conserver à tout prix.
    Un être dépourvu de mémoire est absolument vulnérable : il suffit pour cela d'imaginer ce que peuvent ressentir les amnésiques, dépossédés tout à coup de leur passé, de leur famille, de leur relations, et qui doivent reconstruire toute une vie à partir de rien.
    Je pense qu'une des premières questions que l'on pourrait se poser est donc : à quoi sert la mémoire? elle sert généralement de bons objectifs : se cultiver, se souvenir de ce qui est important pour soi et pour les autres. La mémoire à laquelle on fait appel dans le monde scolaire en France est souvent une mémoire de perroquet, c'est davantage celle du " par coeur".C'est bien dommage, car cette mémoire empêche de penser, de se forger une opinion personnelle et donne parfois de bien curieux résultats....répéter par coeur un théorème ou une régle de grammaire ne vaut rien si l'on ne les intègre pas personnellement en les comprenant vraiment, ce qui permet ensuite de les appliquer.
    La mémoire est sélective. Non pas limitée mais sélective. Nous ne retenons que ce qui nous intéresse, ce que nous aimons.
    La mémoire de chaque personns est précieuse et prend de la valeur avec les années.
    Les japonais ( je fais bref) conservent le meilleur de leur tradition et s'en nourrisent pour aller de l'avant.
    La mémoire est souvent positive et utile mais peut aussi servir la rancoeur, la haine, la vengeance. Il est étonnant de penser combien cette mémoire peut-être délétère.
    Des génocides méritent d'être gravés non seulement dans la pierre mais aussi dans le coeur des hommes afin de ne plus jamais se reproduire, car la nature humaine a tendance à avoir la mémoire courte : l'histoire bégaie trop souvent, hélas.
    Je pense aussi que brûler ou détruire des livres est aussi un acte grave et condamnable.
    Là, j'ai des souvenirs de cours d'histoire qui me reviennent : -les arabes musulmans qui ont brûlé les bibliothéques zoroastrienes
    -l'empereur vietnamien Duy Thanh a vu brûlé sa splendide bibliothéque impériale, les nazis ne furent pas en reste en brûlant les ouvrages d'auteurs juifs dans des autodafés.
    En Russie, une famille, lors du siège de Leningrad, mourant de froid et ne pouvant trouver du bois pour se chauffer a brûlé tous leurs ouvrages préférés...
    Je suis persuadée qu'en lui-même, chaque livre majeur est un mémorial qu'il convient de garder précieusement.

    Posté par bernie.83, 14 octobre 2009 à 13:31
  • Chaque personne fait mémoire à sa façon

    Merci pour ces réflexions très vastes qui donnent à trouver en soi et autour de soi des réponses.
    Quand ma grand-mère a chanté juste avant de s'éteindre, elle a fait mémoire d'un chant appris dans sa jeunesse, c'était normal pour elle, elle m'a transmis tant de choses non dites en le faisant!Je chante aussi, j'aime chanter, pourquoi? Qui chantait quand j'étais enfant? Chaque personne fait mémoire à sa façon, rien qu'en vivant, ses actes et ses gestes en disent long, et puis le non dicible est à respecter aussi pour chacun.
    Transmettre pour donner plus de vie, pour partager la vie d'autres qui nous ont donné tout, le bon et le moins bon, l'humain avant tout.
    J'aime transmettre ce que des artistes ont voulu nous donner, c'est pour moi donner goût à, donner envie de connaître, c'est le fondement de la pédagogie. Donner envie, susciter l'intérêt et l'espoir chez les autres, d'aller plus loin vers la découverte.

    Posté par Lunay, 14 octobre 2009 à 14:53
  • que de belles réflexions !!!
    Sel, Incertaine, Delphine, Bernie....Merci...
    Y'a rien à rajouter, pour moi, tout est dit...

    Posté par annie du 06, 14 octobre 2009 à 15:36
  • Je pensais simplement lire et ne laisser aucun commentaire comme souvent mais tu m'interpelles.

    """Pourquoi certains lancent-ils sur le Net des mots émouvants qu'ils ne confieraient à aucun de leurs proches?

    je me suis souvent posé la question. je pense qu'on peut confier nos émotions à des gens (je n'ai pas dit "personnes". je me souviens d'un de tes très beaux billets sur le sujet) qu'on est pratiquement sûr de ne jamais rencontrer. un peu comme dans un confessionnal.
    Internet n'aurait il pas une sorte de rôle de bouc émissaire?
    Bonne soirée
    bises

    Posté par vincent, 14 octobre 2009 à 17:28
  • l'enfant à l'endroit

    Bonsoir Coumarine,
    J'ai lu avec intérêt les commentaires concernant ton deuxième livre (le premier m'intéresse mais je pense qu'il aura la priorité vacances l'année prochaine) et j'ai un peu peur de l'ouvrir. Peur de trop de souffrances peut-être... Dis-moi s'il te plaît.

    Posté par Delphine, 14 octobre 2009 à 19:14
  • Et pourquoi, parfois... les vannes s'ouvrent-elles auprès de parfaits inconnus ...
    Pour l'instant, je ne "parle" que sur mon blog...
    Mais jeme suis déjà retrouvée à me raconter à des personnes inconnues, et que je ne reverrais jamais )

    Posté par teb, 14 octobre 2009 à 20:20
  • J'aime beaucoup le commentaire de Bernie...
    Notre mémoire est sélective et c'est très bien...
    Bisous

    Posté par tilleul, 14 octobre 2009 à 22:18
  • @mab... oui c'est une question à se poser sans doute, mais ce sont les enfants eux-mêmes qui y répondront. Ils ne sont pas obligés de s'intéresser à "nos mémoires"

    @Alainx, je suis allée lire cet article très intéressant. Oui il y a là un problème en devenir, si pas déjà fortement d'actualité. quel passé sera accessible pour ces êtres issus des plus folles manipulations génétiques... quels seront leurs ancêtres, leur arbre généalogique?
    Je crois aussi que on est en train de jouer avec des choses qui vont nous dépasser...Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet...
    Merci pour l'info!

    @Jeanne... en lisant ton commentaire, je crois que tu rejoins pas mal d'autres quy ont ici donné déjà leur grain de sel
    Merci!

    Posté par Coumarine, 14 octobre 2009 à 23:22
  • @Charlotte...toutes les maladies sont les pires, tu ne crois pas?

    @Bernie...ton commentaire se passe de commentaire..il est en soi un billet. Merci de venir fidèlement...

    @Lunay...intéressant ce point de vue de la mémoire que transmet l'artiste par son art...
    Tu écris:
    "Chaque personne fait mémoire à sa façon"
    Ta grand-mère a fait mémoire en chantant cette chanson... c'est touchant ce que tu racontes là...

    Posté par Coumarine, 14 octobre 2009 à 23:27
  • @annie...merci de prendre la peine de venir dire merci!

    @Vincent... tu te souviens de ce billet qui date de deux ou trois ans? Ça alors! merci pour ça, ce billet était important pour moi...

    @Delphine...mes deux livres sont fort différents
    Tout d'un blog raconte mon expéreince de blogueuse... avec ses richesses et ses déconvenues,et beaucoup de blogueurs m'ont dit qu'ils se retrouvaient... l'humour tempère les petites piques..
    L'enfant à l'endroit... est un roman autobiographique, qui à en croire les lecteurs, les touche énormément... Si tu as été lire les divers compte-rendus, tu te seras fait une idée du livre.
    N'aie pas peur de le lire...même si par moments il est émouvant, il donne en définitive bcp de vie... les choses dures font partie du chemin de chacun, et ce n'est pas en les évitant qu'on progresse...on me dit que le livre aide beaucoup
    Par contre on ne le trouve plus en librairie
    Si tu veux te le procurer, il vaut mieux passer par moi...
    Tu es Belge, cela ne devrait poser aucun problème.

    Posté par Coumarine, 14 octobre 2009 à 23:38
  • @teb... oui c'est curieux (mais pas si étonnant que cela): parler à des inconnus...
    C'est peut-être parce que ce sont des inconnus que on lâche les vannes des confidences...

    @tilleul... eh bien, Bernie aura lu sans doute que tu apprécies son commentaire...)

    Posté par Coumarine, 14 octobre 2009 à 23:39
  • Dans ce contexte, le terrible, dernier et ultime (puisqu'il est mort vendredi dernier…) ouvrage de Jacques Chessex, «Un Juif pour l'exemple», prend toute sa place, ce me semble…

    Posté par Vertumne, 15 octobre 2009 à 09:06
  • Une période migraineuse m'ayant tenu loin de l'ordinateur, je viens un peu tard commenter ton billet sur la mémoire vivante

    En fait, il me semble qu'il est nécessaire de pouvoir avoir une approche de discernement sur ce qu'on a intérêt ou pas à garder vivant, je dirai même plutôt actif, car si c'est un ver parasitaire qui est actif à l'intérieur de nous est-il bon de le garder vivant ?
    Ceci ne veut pas dire pour autant ne conserver que les souvenirs heureux, puisqu'on évolue très souvent à partir de nos blessures, sauf si elles sont traumatismes arrêtés, et sauf si elles sont des blessures transmises par l'inconscient de nos familles et que nous ne percevons même pas.

    Il est vrai que, de ce côté-là, c'est mon travail de psychogénéalogiste d'aider les personnes à y voir plus clair là dedans.
    Le terreau de nos racines est riche en truchements invisibles qui nous conditionnent encore aujourd'hui dans nos réactions, nos choix de vie (en matière d’orientation professionnelle ou de vie affective), nos somatisations.
    Ce travail personnel permet de redonner à l'individu plus de cohérence dans la vision de sa famille, de remettre dans son contexte les évènements vécus par les siens, de prendre de la distance par rapport à certains faits ou croyances, de pouvoir aborder non-dits et secrets de famille qui enferment et étouffent, de choisir plus en conscience à quoi il est fidèle dans tout ça, d'essayer de se libérer de ce qu'il porte sans l'avoir voulu et donc de sortir des répétitions douloureuses.

    Mais je ne suis pas pour un devoir de mémoire à tout crin, aussi bien sur un plan personnel que collectif, car je trouve qu'on est beaucoup trop dans une époque où l'on porte très haut le flambeau de la mémoire.
    Il est nécessaire pour moi de nettoyer lorsqu'il y a douleur enkystée, mais n'allons pas remuer la terre lorsqu'elle se porte bien.

    La mémoire vivante doit être aussi, et surtout, celle des plaisirs, des transmissions heureuses, des fêtes et jolies traditions, des paroles qui font grandir !

    Posté par Tisseuse, 15 octobre 2009 à 09:19
  • Je crois que la mémoire est essentielle, et le devoir de mémoire aussi par la même occasion. Selon moi, on ne peut bâtir d'avenir serein sans connaître son passé.

    Posté par Leiloona, 15 octobre 2009 à 09:54
  • @Vertumne... merci pour cette référence... mais il semble qu'il faut savoir que c'est un "terrible" livre...

    @Tisseuse... merci à toi pour ces mots... j'espérais que tu passerais ici pour les y déposer. J'espère que les gens intéressés viendront les lire
    Un phrase me touche très fort:
    "Il est nécessaire pour moi de nettoyer lorsqu'il y a douleur enkystée, mais n'allons pas remuer la terre lorsqu'elle se porte bien."
    Merci...

    @Leiloona... mais parfois aussi on est "privé" d'un certain pan de son passé, par des non-dits, par des "omerta"
    Et parfois savoir est à ce point douloureux qu'on ne le supporte pas...

    Posté par Coumarine, 15 octobre 2009 à 11:14
  • "je pense qu'on peut confier nos émotions à des gens qu'on est pratiquement sûr de ne jamais rencontrer" mais je ne dirai pas " un peu comme dans un confessionnal" car cela sous-entendrait une connotation de pêché ou d'actes pas très glorieux ;

    je suis d'accord avec ce qu'écrit Tisseuse dans ses deux derniers paragraphes.

    il faut aussi apprendre à pardonner et à regarder vers l'avenir, la réconciliation...et être indulgents envers les autres (pas toujours facile, je le concède).

    "Parler ou se taire?
    Garder sa langue ou balancer ses vérités à tout le monde, à temps et à contretemps?
    Qu'est-ce qui vaut mieux?
    Je crois qu'il est nécessaire de pouvoir se taire parfois...

    Quant à la "bonté" de l'homme..je continue à croire à sa capacité d'humanité... c'est un acte de foi!

    Tu as tout dit Coumarine.

    Posté par Loulotte2, 15 octobre 2009 à 23:15
  • merci Loulotte
    )

    Posté par Coumarine, 16 octobre 2009 à 21:17
  • Ta note me parle plus que de raison ce sont exactement toutes les questions que je me pose mais toi tu sais le formuler merci... Et tous les commentaires sont riches en réflexion
    Amitiés

    Posté par manoudanslaforet, 19 octobre 2009 à 20:18

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