Cosmogonie - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

20 septembre 2009

Cosmogonie

La Parole.
Puissante. Omniprésente.
La Parole d'un seul tenant. Non! Coupée en deux. Non! Morcelée, déchirée, divaguée
Mille éclats de paroles.
Mille éclats de paroles dans la bouche, qui s'emmêlent les pinceaux.

La Parole est enceinte de sa parole.
Grossesse difficile. Surveillée de près par la bouche encombrée.
Non.
La Parole est dans le ventre. Un ventre sans nombril.
Un ventre troué. percé. ouvert aux grands vents, zéphyrs et typhons.
Non.

Retour sur image.
La bouche est serrée, sans lèvres, sans sourire.
La Parole a perdu la parole et gronde dans la tempête du ventre. Plus bas que le ventre. Là où explose le plaisir. Là aussi où la souffrance taraude, modèle, pétrit jusqu'à plus soif.

Jusqu'à plus soif.
A BOIRE!
La bouche a soif d'une parole ronde sucrée veloutée une parole à sucer tranquillement entre les lèvres rouges gorgées de santé, de vin...
De sang! Le sang des commencements.
Nausée. La Parole va sortir en jets puissants.
Ou lamentables.
Non.

La bouche avale la parole qui restera secrète
Elle fera son chemin au plus profond de son antre
Pour surgir quelque part de l'autre côté de son souffle...

Au ras du sol. Au ras du désir.
La femme ouvre les cuisses et L'Etre-sans-visage la féconde dans un cri puissant.
La Parole explose en mille morceaux de paroles. Silence.

Silence tellement silencieux que plus personne ne l'entend.

Juste un papillon blanc qui poursuit sa quête un peu désordonnée, deci, delà...

papillon_blanc

Photo trouvée sur Flickr


Commentaires

    Paroles blessantes,
    paroles qui tuent...
    Mais aussi paroles qui réchauffent
    paroles qui font vivre.
    Même si j'ai choisi définitivement le deuxième volet, j'ai peut-être parfois encore, par égoïsme, des paroles qui blessent...
    Et puis, il y a ces paroles pour ne rien dire, ces logorrhées pour se faire valoir, pour se faire bien voir. J'en ai toute une panoplie dans mon milieu professionnel...
    Alors... il ne reste plus qu'à tourner 7 fois notre langue en bouche...

    Posté par naline, 20 septembre 2009 à 19:57
  • Parfois, c'est aussi :
    Ne rien dire... pour ne pas dire...

    Posté par loulotte2, 20 septembre 2009 à 21:18
  • @Naline... ah oui! toutes les paroles pour n erien dire...mais aussi pour se faire remarquer...
    Comme tu le dis, la parole peut tuer, mais elle peut aussi être porteuse de vie

    @loulotte... j'aime bien ce que tu dis là, car c'est vrai:parfois il faut pouvoir se taire...

    Posté par Coumarine, 20 septembre 2009 à 21:34
  • parler c'est courir le risque de rompre le fil et... un fil reste un fil, n'est-ce pas !

    Posté par loulotte2, 20 septembre 2009 à 21:55
  • @loulotte...ah oui! un fil reste un fil
    je te rejoins, à garder précieusement si on y tient...
    Mais bien d'autres sont d'un avis différent: il faut pouvoir parler, dire, lever les "secrets"

    Posté par Coumarine, 20 septembre 2009 à 22:00
  • Ah zut, je t'avais laissé un com' et il a été refusé par le serveur...je parlais du droit à la parole, de la liberté d'expression et de te remercier pour les tiennes paroles. Wala, mais c'est moins beau que ce matin quand j'étais fraîchement inspirée par tes jolis vers.

    Posté par joye, 20 septembre 2009 à 23:26
  • @joye... merci pour ton commentaire...aussi celui refusé par le serveur.
    Il semble en effet qu'il y ait eu un problème de commentaires hier sur canalblog
    La liberté d'expression dis-tu?
    Ce droit humain fondamental pour autant qu'il s'exprime dans le respect de l'autre?
    Il me semble bien caduque ce droit à la parole...

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2009 à 09:16
  • Je fais partie de celle qui sont d'avis de parler, de dire et de lever les secrets ...en essayant de ne pas rompre le fil . Je suis d'avis de trouver la force d'oser , au risque de perdre !
    C'est peut-être insensé pour certains et cela peut paraître très dur . J'assume au risque de perdre ton amitié, Coumarine .
    Parce que les secrets sont comme des poisons , qui enveniment une relation . Parce que les secrets font leur travail de sape inconsciemment . Je l'ai vécu .
    Mais c'est vrai aussi que de dire trop brutalement coupe le fil de la relation . Et ce fil est précieux, tu as raison .

    Tout l'art est de "se" dire , sans accuser ou agresser l'autre , je crois .
    Comment faire ?
    Je n'y arrive pas toujours . Parfois je râle sur "l'autre" , à fond la caisse , comme on dit ! Jamais longtemps en tout cas , et toujours mon lien à l'autre reprend le dessus . Mais j'ai fait des dégâts peut-être . Et ça je le regrette .
    Je ne sais pas encore bien doser , de là que j'ai ouvert mon blog.
    Je m'entraîne en quelque sorte . Alors si j'ai pu te blesser par des commentaires, je le regrette , sache ça .
    Et c'est là je crois tout un apprentissage de "se" dire , sans blesser l'autre . L'apprentissage d'une vie ?

    Posté par Julie, 21 septembre 2009 à 09:32
  • J'aime ce texte. Pour moi, la parole (orale, moins écrite), est un vrai problème sur lequel je dois encore "travailler". Et justement, ton texte m'aide à repenser un peu tout cela.
    "Mille éclats de paroles dans la bouche, qui s'emmêlent les pinceaux","grossesse difficile", "la Parole a perdu la parole et gronde (...)", ces extraits me touchent particulièrement. J'aime aussi le reste du texte parce qu'il me surprend plus, et que je ne comprends pas tout, à premières lectures, du moins. Il y a sans doute beaucoup à dire et à penser sur ce texte que tu nous offres là ; je vais prendre le temps de le relire plusieurs fois à différents intervalles, je crois (et les commentaires !).
    Merci !

    Posté par sel, 21 septembre 2009 à 09:38
  • @Julie... oui dire les ressentis et les sentiments de manière no-agressive pour l'autre, je suis bien d'accord: c'est souvent libérateur, pour l'autre qui peut mieux comprendre ce qui se passe et dont il pressent les effets silencieux, et pour soi quand on se donne la permission de dire...enfin!
    Mais il y a des faits qu'il vaut mieux taire, ça je crois vraiment, ce qui demande un sacré courage...
    Garder le "secret". En parler à quelqu'un de confiance, c'est tout
    Je suppose que tu vois la différence?

    (ce n'est pas parce que tu émets un avis différent que tu vas perdre mon amitié... on peut être justement d'avis differnt sans pour autant "casser" la relation
    Dans la mesure où on s'exprime dans le respect de l'autre...ce que tu fais, ce que je fais, du moins je le crois)
    Bonne journée à toi et merci d'être passée

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2009 à 09:47
  • @julie encore... d'ailleurs je ne crois pas du tout que nous soyons si différentes...moi aussi j'essaie de DIRE à l'autre sans l'agresser pour autant. C'est en effet tout un apprnetissage...

    @sel...voilà le genre de texte que j'écris sans bien savoir où cela va me mener
    Je pars d'une impression à peine consciente..et je me LAISSE écrire (comme un petite rivière qui se laisse couler)
    J'écris, puis je relis et corrige éventuellement.
    ET... ce que j'ai écris qui m'apparaissait comme n'ayant pas bcp de sens (sinon poétique) et bien...j'ouvre des yeux étonnés de lire ce qui se dégage d'un texte pareil
    J'y vois des choses clairement exprimées, issues sans doute de mon inconscient (un peu comme les rêves qui surgissent de l'inconscient mais qui ont des choses à nous dire)
    Ensuite les commentaires m'ouvrent d'autres horizons encore: parce que chacun lit ce texte avec SON ressenti ou l'inconscient a une grosse part
    Et pour moi, c'est très très très riche...
    Pour vous aussi peut-être
    MERCI

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2009 à 09:53
  • cosmogonie :cosmo-"monde" et gon "engendrer".
    La parole, puissante, coupée, morcelée, déchirée...un ventre troué, percé, ouvert aux grands vents....le sang...nausée...régne, je trouve un effrayant mélange parcouru de tourbillons de vents et dévasté d'explosions et de tornades de feu, ruisselant de lave en fusion, se repliant sans cesse sur elle-même.
    C'était le chaos.
    Du chaos, naquit spontanément le silence...un papillon blanc...
    Un beau texte !! surprenant mais très beau !!!

    Posté par bernie.83, 21 septembre 2009 à 14:46
  • Bien...

    Je me tais, donc.

    Bleck

    Posté par Bleck, 21 septembre 2009 à 18:24
  • @Bernie...un texte qui ferait le bonheur d'un psy!!

    @Bleck... non pas te taire...;-(

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2009 à 20:13
  • "Dire que je n'ai pas eu souci de boire"... Sacré Rimbaud !

    Posté par Chr. Borhen, 21 septembre 2009 à 21:52
  • Pourquoi est-ce que tes textes me font parfois penser à ces violences déchirantes qui immolent les fillettes trop confiantes. Le cri puis le silence et le taire à jamais. Juste à côté la vie continue pourtant indifférente à cette mort invisible. Je te lis, et je me fais un film rien que pour moi. Tu écris quelques phrases et j'en fais un mauvais roman de gare. Et qui en plus n'a rien à voir avec le sens de ton texte. Mais que veux-tu, j'aime tes mots qui font travailler l'imaginaire.

    Posté par incertaine, 21 septembre 2009 à 22:23
  • @Christophe...
    "J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges."

    Sacré Rimbaud, en effet!

    @incertaine...mais j'aime que tu fasses de ces mots un mauvais roman de gare...
    Parce qu'il y a de ça... on peut le dire!
    Et tu le fais remarquer!
    Je vais te dire... non... je ne parlerai qu'en présence de mon avocat )

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2009 à 22:48
  • Ma parole !

    "La parole est dans le ventre"
    "La bouche a soif d'une parole"
    "la parole a perdu la parole"

    Ce qu'on ne peut pas dire se coince dans la gorge et descend dans le ventre. Ce que l'on veut dire prend naissance dans le ventre et dois passer de nombreux obstacles pour remonter jusqu'au souffle, au cri.... d'abord. Avant que ce souffle n'articule un langage organisé et compréhensible pour l'autre ???.... Quelque fois seule, la poèsie.....A la fois cri et langage !

    Comme un rêve ou je cris mais aucun son ne sort de ma gorge. Et c'est une impression très pénible qui me réveille généralement.

    Merci pour ce texte.

    Posté par carole, 22 septembre 2009 à 09:36
  • Dans ce texte que je trouve très violent et très sexuel j'ai vu l'enfant, la femme, l'engendrement, la naissance et aussi le viol.

    Posté par charlotte, 22 septembre 2009 à 17:53
  • "La bouche avale la parole qui restera secrète
    Elle fera son chemin au plus profond de son antre
    Pour surgir quelque part de l'autre côté de son souffle..."

    rien ne reste jamais secret....

    Posté par Bérangère, 22 septembre 2009 à 19:11
  • @Carole...merci pour ce commentaire et d'avoir parlé de ce texte chez toi
    Ça me fait plaisir

    @charlotte...oui il se peut qu'il y ait tout ça... peut-être...
    Je trouve aussi que ce texte est très violent! Je me suis étonnée moi-même )

    @Bérangère il doit y avoir d'autres façons de dire que par la parole et qui trahit ce qui ne devait pas être dit...

    Posté par Coumarine, 22 septembre 2009 à 20:43
  • Je viens de finir un livre dont le 4eme de couverture dit seulement:
    "Ne pas entendre.
    Ne pas voir.
    Prononcer des mots qui ne tachent pas."
    Puis visite ici...
    Parler, ne pas parler, bloguer ou non...
    Et parfois... Le temps m'apprend à me taire, à choisir les mots en tout cas, mais je blesse pourtant toujours autant, les mêmes gens... Sans trouver ni fil, ni lien, ni sens...
    Bonne soirée douce Carole!

    Posté par galoune, 22 septembre 2009 à 22:05
  • Oups, je me suis pas vue passer de chez Carole à chez vous!!! Pardonnez-moi de cette incursion, je vais la pousser plus loin!!!
    Bonne soirée à vous!

    Posté par galoune, 22 septembre 2009 à 22:10
  • @galoune... bienvenue )
    et j'aime beaucoup votre incursion ici...

    Posté par Coumarine, 22 septembre 2009 à 22:41
  • Quel magnifique texte Coumarine. Chapeau, vraiment, j'en ai des frissons !

    Posté par Alessandra, 23 septembre 2009 à 18:48
  • merci Alessandra, tes mots me font plaisir

    Posté par Coumarine, 23 septembre 2009 à 22:39

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