Tu ne jugeras point (Armel Job) - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

06 septembre 2009

Tu ne jugeras point (Armel Job)

Je fais finalement rarement des critiques des livres que je lis
(là maintenant, je viens d'achever la lecture de "Nous sommes éternels"  de Pierrette Fleutiaux, gros bouquin de 900 pages environ qui date d'il y a vingt ans, un peu long par moment forcément 900 pages!! mais passionnant de bout en bout. Et quelle écriture, mamma mia...quelle écriture...aussi belle et insolite par moments que dans "Les amants imparfaits", livre qui m'avait fait connaître cette auteure...bref)

armel_job Aujourd'hui cependant, je voudrais dire un mot de "Tu ne jugeras point" d'Armel Job

Quand, au début d'aout, j'ai reçu le livre des mains d'Armel, je lui ai dit pour le taquiner...voyons un peu la dernière page... oups, vous auriez dû le voir  réagir: NONNNNNNNNNNN surtout passssssssss ;-))

Vous aurez donc compris que, selon son habitude, tout se joue dans les dernières pages, dans le dénouement final  inattendu, c'est  le moins qu'on puisse dire...

Autrement dit: Armel est le spécialiste des coups de théâtre, un auteur qui mène son lecteur dans une action qui rebondit sans cesse, où chaque page ou quasi réserve une nouvelle surprise... il nous tient en haleine, nous oblige à entamer le chapitre suivant qui bien entendu, nous emmène là où on ne pensait pas aller.

Avec ça et là, des pointes d'humour, dans un sujet pourtant grave: l'enlèvement d'un enfant

Sujet grave, donc et pourtant faut-il le dire, comme toujours, beaucoup d'humanité pour chacun des  personnages, qui ne sont pas seulement des personnages dont on s'interroge sur la culpabilité ou non, mais auxquels on s'attache parce que chacun d'eux vit sa part de mystère et de poids d'humanité parfois de manière bien secrète. Et bien douloureuse. L'auteur nous apprend sur chacun d'eux quelque chose qui nous touche, et provoque l'empathie qui nous donne envie de les accompagner tout le temps de la lecture du livre

C'est d'ailleurs un thème récurrent chez Armel Job: personne n'est ni tout blanc, ni tout noir, aucun manichéisme, la victime est peut-être le ou la coupable, le ou la coupable est peut-être la victime. Et ceci est vrai pour chacun des personnages...
Cela nous rejoint finalement, qui sommes-nous tout au fond de nous? Serions-nous capables du pire?  Ou du meilleur? Qui est vraiment celui qui partage notre vie et que nous croyons si bien connaître?

En exergue du livre, A.J. choisit de mettre une phrase de Saint Augustin très significative à ce sujet:
"Que dire des poursuites judiciaires -inévitables dans les États les plus tranquilles- que les hommes engagent contre leurs semblables? Qu'en penser, sinon qu'elles sont bien misérables, bien pitoyables? Et cela pour la simple raison que les juges ne sauraient avoir accès à la conscience de ceux qu'ils poursuivent.
(Saint Augustin, la cité de Dieu, XIX, 6)

Quant à l'écriture, elle est magnifique, chaque phrase coule vers la suivante... dans une simplicité dont chaque détail touche par son réalisme et/ou son humanité

"Denise avait fait mine de s'essuyer les mains, mais Conrad lui avait dit de continuer. Que font les gens dont on a volé l'enfant en dehors des quelques minutes où on les voit à la télévision supplier les ravisseurs d'avoir pitié d'eux? Un jour, deux jours, ils peuvent pleurer. Ils n'ont plus la force de parler ni même de se lever le matin. Mais après, que faire? Il faut bien continuer à vivre, s'asseoir à table, étendre le journal, se saisir du petit couteau à éplucher."

Autre petit passage:

Dans le café, il n'a trouvé qu'une poignée de consommateurs, les yeux rivés à la télévision murale où ahanaient deux joueuses de tennis. Angela l'a fait asseoir côté jeux de cartes: les ahans, sans l'image ont pris une inflexion vaguement obscène. Au milieu de sa poitrine, un lacet s'efforçait de réunir les deux pans de son décolleté, au risque d'arracher les oeillets des boutonnières"

Je me suis dit en lisant les dernières pages de ce roman qu'il y aurait moyen d'écrire un nouveau roman suite au dénouement de cette histoire... la fin est surprenante et suscite (chez moi en tout cas) quelques questions sans réponses. Mais chuuuuut, je n'en dirai pas plus!

Je ne sais pas par contre si j'aurais donné ce titre au livre, qui sonne "précepte moral". Je n'aime pas trop non plus la couverture qui pourrait rebuter, provoquer un recul: l'affaire Dutroux est encore dans toutes les mémoires... moi en tous cas, en voyant la couverture du livre, j'ai eu comme un mouvement intérieur de recul... l'enlèvement d'un enfant éveille des peurs primales chez une mère...

Heureusement Armel J. ne joue pas de cette corde là... de celle qui résonne en grand sur les titres des journaux people. Son livre est palpitant, pas racoleur, ni glauque.

J'aurai l'occasion d'interviewer bientôt Armel Job sur tous ces sujets...le titre...la couverture (est-ce le choix de l'éditeur? Je sais pour être passé par là, que l'auteur a peu de pouvoir là dessus!)

Quand au dernier chapitre, si inattendu et si plausible en même temps, il me laisse avec des questions plein ma besace... (ce fut déjà le cas pour Les Mystères de Sainte Freya...décidément...). Je les lui poserai également. Mais comme il y aura dans le public des gens qui n'auront pas encore lu le livre...je garderai ces questions pour moi...tant pis!

Voir ici l'avis sur ce livre chez Cunéipage

Ici vous lirez une critique de ce livre "Les mystères de Sainte Freya"

Voir ici une très fine analyse de "Héléna Vanek" faite par Valclair

A savoir "Les fausses innocences" feront très bientôt l'objet d'un film: je crois que de ces trois livres, c'est celui que j'ai préféré...

Edit 20h50

Intéressant commentaire de Armel Job lui-même (averti par mail de ce billet...merci Armel)

Si intéressant d'ailleurs que j'en ferai l'objet de mon prochain billet...



Commentaires

    Difficile en effet de discuter des deux derniers chapitres, qui sont contraires, et qu'on peut croire l'un et l'autre, sans tout gâcher pour celles et ceux qui n'ont pas encore lu ce roman. Je penche pour ce qui est suggéré dans le dernier (enfin, c'est ce que j'ai compris, en fait, au fur et à mesure du roman), mais j'aime bien que l'on ait encore un petit doute en refermant la dernière page...

    Posté par Cuné, 06 septembre 2009 à 14:17
  • Cuné...pour moi c'est réellement le dernier chapitre qui donne le mot de la fin.. qui explique tout
    Dénouement auquel on ne s'attendait pas... enfin moi! J'ai été complètement prise au dépourvu...
    Comme d'ailleurs dans Les mystères de Sainte Freya...même fin complètement inattendue...

    Posté par Coumarine, 06 septembre 2009 à 16:12
  • Merci, tu en parles vraiment bien.
    Je ne connais pas du tout mais je note !!!

    Posté par bernie.83, 06 septembre 2009 à 18:51
  • Du berger à la bergère

    Quand on est lu par un lecteur intelligent, forcément on se sent toujours un peu découvert. Je trouve souvent l'adjectif "récurrent" à propos des thèmes que je traite. Bergson a fait remarquer très justement que la plupart des philosophes n'usaient que d'une seule idée, que toute leur oeuvre n'en était que le développement et que, finalement, ils écrivaient sans cesse le même livre. Je pense que c'est vrai également des romanciers. Mon idée à moi, c'est qu'on ne sait pas qui sont les autres, qu'on vit plus ou moins chacun dans sa bulle, qu'il est impossible d'entrer dans la tête ou dans le coeur d'autrui, fût-il le plus proche de nos proches. C'est assez évident comme idée, mais nous vivons malgré tout la plupart du temps, comme si nous savions pertinemment qui sont les autres. Nous les munissons en général d'une petite étiquette et nous les rangeons dans les tiroirs de la commode bien commode qui nous sert de jugement. La tâche du romancier, qui par la fiction a accès aux secrets de tous, c'est d'ouvrir les tiroirs, d'arracher les étiquettes, afin de nous faire prendre conscience de la précarité de nos opinions. J'espère que mes thèmes, de la sorte, sont aussi récurants que récurrents.

    Quant à l'emphase biblique du titre, je m'en expliquerai une autre fois si on veut, pour ne pas monopoliser ton site. Mon roman, en effet, touche de près à une idée judéo-chrétienne que j'ai laissée à l'état implicite pour éviter à nombre de mes lecteurs une crise d'urticaire religieux.

    Avec ma vive amitié,

    Armel Job

    Posté par Armel Job, 06 septembre 2009 à 20:34
  • @bernie... à lire comme tous les livres de cet auteur

    @Armel...merci d'avoir réagi aussi vite
    Ton commentaire est si intéressant que j'en ferai le sujet d'un prochain billet...
    On croit trop vite connaître les autres, tu dis vrai, et surtout ceux qui nous sont les plus proches, en effet
    On a tôt fait de les cataloguer une fois pour toutes

    Le titre...tu ne monopolises en aucun cas mon blog en en disant davantage... ce titre m'a interpelée, et cela me plairait d'en savoir davantage sur le choix de cette sentence biblique...
    Tu auras sans doute l'occasion d'en parler lors des interviews divers qui t'attendent...
    Merci pour tes mots ici...

    Posté par Coumarine, 06 septembre 2009 à 20:49
  • Je ne connais pas du tout cet auteur, mais ton billet me donne le goût de le lire. Merci !

    Posté par Fauvette, 07 septembre 2009 à 00:01
  • Tiens c'est sympa d'avoir mis ce lien avec mon vieux billet. Du coup j'ai été le relire à partir de chez toi, ce qui m'a remémoré ce livre, finalement ça sert de tenir journal y compris pour soi même vu la précarité de nos mémoires.
    Et je n'oublie pas, Coum, que c'est grâce à toi, que j'ai découvert ce très bon écrivain. Comme Fauvette je n'en avais jamais entendu parler avant, ça c'est aussi un peu l'effet de notre auto centrage national, les écrivains non français de la francophonie sont peu mis en avant ici, à part quelques vedettes.

    Posté par valclair, 07 septembre 2009 à 07:44
  • @Fauvette...bonne découverte...il est publié principalement chez Robert laffont

    @Valclair...j'ai vu par après que tu as aussi commenté "Les fausses innocences"... intéressante critique elle aussi (mais tu es un as de la critique des livres...)
    Peut-être liras-tu celui-ci, il devrait être en librairie en France (publié chez Robert Laffont

    Posté par Coumarine, 07 septembre 2009 à 09:58
  • J'ai comme un urticaire interne . Je me pose la question de savoir ce que c'est qu'un lecteur intelligent ? C'est curieux , mais à ces mots , je me suis sentie toute bête et exclue . Désolée si je casse l'ambiance .

    Posté par Julie, 07 septembre 2009 à 12:16
  • @Julie.. Armel Job est un ami à moi
    Et Armel Job est un type bien!
    Quand il parle d'être lu par un lecteur intelligent, il parle de moi...évidemment, moi qui ai fait une présentation de son dernier livre...
    Comme c'est quelqu'un de bien, il serait très marri d'avoir pu te donner l'impression d'exclure qui que ce soit...
    Ne me dis pas que tu es "bête"?
    ça alors, je ne m'en suis jamais aperçue...)
    Nan sérieusement... j'essaie d'accueillir ce que tu écris là, mais sans doute as-tu été touchée par quelque chose dont toi seule sait l'impact
    Je t'embrasse, Julie...

    Posté par Coumarine, 07 septembre 2009 à 14:31
  • Je l'avais bien compris dans ce sens...

    Posté par bernie.83, 07 septembre 2009 à 15:31
  • Coum, bien sûr , c'est de mon ressenti que je parle et non de la personne qu'est Armel Job que je ne connais pas .
    Peut-être me suis mal exprimée ? Peut-être n'ai pas été assez claire et que cela prête à confusion quant à mes intentions .
    Non, non rien de personnel contre ( ou pour) qui que ce soit . Juste moi et moi . C'est égoïste ou quoi ? J'assume .
    Une chose est sûre , ce que ton ami écrivain a écrit ne m'a pas laissée indifférente ; au quart de tour j'ai senti que j'étais heurtée . Pourquoi ? A moi de voir clair en moi ! Il me révèle quelque chose , c'est sûr . Donc , merci quelque part .

    C'est le sujet du jour ici : qui est l'autre en moi ? Est ce que je le connais vraiment ?
    P.S. Si , si ... parfois je me sens "bête" . ( le contraire d'intelligent ? ) Encore une fois c'est moi et moi . Tu vois , j'en ai des choses à découvrir avec tous ces personnages en moi ...et j'en découvre en venant chez toi. Comme quoi , on a toujours besoin de l'autre pour apprendre à mieux se connaître .
    Tout compte fait , c'est passionnant , non ?
    Je t'embrasse également . A bientôt .

    Posté par Julie, 07 septembre 2009 à 18:13
  • @Julie...merci tout simplement d'être revenue donner un petit mot d'explication
    Armel est passionnant à entendre parler de ses livres, et j'espère l'avoir très bientôt chez moi
    Tu seras la bienvenue!!!

    Posté par Coumarine, 07 septembre 2009 à 20:31
  • Ce livre est vraiment tres passionnant. Au début l'auteur nous fait croire qu'une tel personne est le/la coupable mais vers la fin on découvre toute la vérité. Je pense qu'on aurais pu faire un autre roman (une suite quoi!).
    Je n'ai pas encore lu les autres livres mais je pense que je voterai ce livre pour le prix des lycéens. Chouette roman, merci a ARMEL JOB!!!!

    Posté par marie (16 ans), 16 octobre 2010 à 20:34
  • Help !!

    Bonjour je suis étudiante et je dois rédiger une fiche de lecture sur le livre tu ne jugeras point . j'aimerai avoir une description des personnages les plus importants du livre car je n'arrive pas a le faire seule merrci d'avoir de l'aide au plus vite possible . Merci beaucoupp

    Posté par Gina, 24 novembre 2011 à 19:23
  • Tu ne jugeras point

    S'il vous plait, est-ce que quelqu'un pourrait m'aider?
    Si vous deviez défendre Mme Desantis, quels arguments utiliseriez-vous?

    Posté par Cassie, 25 février 2012 à 21:13

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