29 juillet 2009
Des morceaux de ciel
Au petit matin la fête fut finie. On abandonna les débris avachis, les emballages effilochés, les lampions éclatés. Tout gisait par terre, éventré en mille éclats de salissures.
Chacun s'en était retourné depuis longtemps sur le chemin de ses errances, en serrant dans sa poche les petits cailloux pointus surgis au hasard des orages du temps, plantés en graines stériles dans des histoires à discutailler sans cesse. Partout du brouillard infiniment...et des tempêtes pour du rien...
Au petit matin on se dit qu'il y avait eu décidément de la folie dans l'air, quand on s'était mis à chantonner une chanson à boire, une chanson obscène de marin éméché. Puis une autre, encore une autre, jusqu'à plus soif... jusqu'à défier les mémoires indociles. Jusqu'à débusquer de force les mots oppressés.
Puis tranquillement on se coucha le long de ses grisailles, on brancha ses yeux vers trois nuages blancs qui s'envolaient dans le vent, on les fixa avec une impatience écarquillée.
Et soudain on put recueillir dans ses paumes des petits morceaux de ciel.
Juste un peu de tendresse derrière des yeux qui écoutent et percent doucement les secrets qui ne se racontent pas...
ce sont des mots qui ne veulent rien dire. (enfin...on disait que...)
des mots mis bout à bout pour le simple plaisir de les aligner...
J'aime les mots d'un grand amour... et ils poussent parfois en moi sans même que je le sache... un genre de grossesse nerveuse
Mais au bout du bout des mots...il y a bien souvent des éclats de ciel...
27 juillet 2009
Faire mon marché
Parfois je me fais le reproche de ne pas encore savoir bien approcher la vie...il serait temps, non?
Elle gronde en moi, autour de moi avec tant de ferveur parfois, tant d'impétuosité, comme un souffle puissant qui n'en finit pas de tenter de s'échapper, vers le plus...vers le mieux, vers le plus intense
La vie est là, je la pressens, mais c'est comme si elle se tenait juste derrière le carreau, me narguant peut-être, me faisant des signes pour trahir sa présence, pour me jurer qu'elle est bien là, que je n'ai qu'à...
Qu'à... quoi? marcher très vite, respirer en saccades, jouir intensément, partir à l'aventure, tenter d'autres expériences, courir dans les rues... parler parler avec ceux que j'aime et même ceux que je n'aime pas, écrire sans plus rien contrôler?
Mais c'est comme si je restais prisonnière derrière, derrière ce carreau qui me permet de voir, mais pas d'intégrer ce que je vois, mais pas de me plonger dedans, dans la vie qui est dehors, ailleurs, au delà...toujours plus loin...
Parfois donc je me demande comment je pourrais faire pour mieux approcher la vie...
mais peut-être n'ai-je pas assez approché la vie qui est en moi, parfois source, parfois torrent, parfois fleuve ou marée... à portée de main, à portée de cœur, à même mon corps...
Pourquoi vais-je faire mon marché ailleurs alors que tout se trouve chez moi, en moi?
25 juillet 2009
Tu n'as pas changé, tu sais
Disons que tu n'as plus vu quelqu'un depuis dix ans (un peu plus peut-être..)
Disons que tu revois ce quelqu'un aujourd'hui, au milieu de plein d'autres gens, lors d'un enterrement (oui, c'est une excellente occasion pour revoir des gens qu'on n'a pas vus depuis longtemps)
Tu as un choc!
Parce que la personne qui vient à toi et te dit bonjour mince de mince ça fait presque un trou dans ta poitrine de la voir soudain comme ça devant toi.
Non mais c'est ELLE? Tu en es sûre? parce que... sa tête, son allure, toussa...
Tout en lui serrant la main, en demandant de ses nouvelles, lui donnant des tiennes, avec des sourires polis gentils de part et d'autre, tu restes sous le coup: ça alors!
Non mais c'est bien ELLE? parce que ses cheveux, son visage, son allure, toussa...
Mais qu'est-ce qu'elle a vieilli? C'est pas possible, elle est malade ou quoi?
Et du coup tu te demandes si la personne qui a tellement vieilli et qui se tient là devant toi, a elle aussi un petit choc dans la poitrine en te voyant, toi...!
23 juillet 2009
A l'endroit, à l'envers
Pour quelqu'un qui se reconnaîtra...
Une aquarelle que j'aime énormément.
Blottie dans un coin de mon bureau.
Je n'ai qu'à tourner la tête à gauche...
elle est là, à l'endroit, ou à l'envers, comme l'enfant...
Elle est double, elle est jumelle, elle est l'une et l'autre
Ou peut-être ni l'une, ni l'autre
C'est une histoire de miroir ou de chaise vide...
Tiens, il y a la lumière qui se reflète là, dans le coin gauche de l'aquarelle
Je ne l'avais pas encore vue: elle s'est invitée sur la photo, à mon insu...
Photo Coumarine
21 juillet 2009
Paroles Plurielles
Il y a un an, j'annonçais la fermeture définitive de Paroles Plurielles...
Pour ceux qui me lisent depuis peu, il y a quatre ans, j'ai créé un atelier d'écriture en ligne que j'avais donc appelé de ce nom
Je donnais une consigne d'écriture: une photo le plus souvent suivie d'un incipit...
Très vite, cet endroit que j'ai voulu convivial, a attiré de plus en plus d'amoureux des mots...
Seule au début pour gérer le blog, je proposais une consigne toutes les semaines, je mettais les textes en ligne et je les commentais, tous et chacun...
Très vite j'ai été dépassée par le succès inattendu de cet atelier. Raison pour laquelle j'ai demandé à trois autres blogueurs de venir m'aider dans ma tâche, et je n'ai plus donné une consigne que tous les quinze jours...
Quand le 4 juin 2008, la mort dans l'âme et après un long temps de réflexion, j'ai annoncé une première fois que j'arrêtais la belle aventure, il y a eu un beau tollé: cela m'a réconfortée, car les gens semblait-il, tenaient très fort à PP...
Il y avait l'écriture bien sur, mais aussi la convivialité à laquelle j'ai veillé avec un soin jaloux, ce qui m'a parfois causé des mises au point difficiles à gérer, et des incompréhensions qui hélas pour certaines perdurent encore.
Donc tout n'a pas toujours été rose et violette, mais dans l'ensemble Paroles Plurielles a été apprécié pour ce qu'il était: un lieu de créativité, dans le respect de chacun.
Il y a donc un an que j'ai décidé d'arrêter...même avec l'aide efficace de mes admin, je ne pouvais plus gérer le blog qui générait parfois 50 textes par consigne,
J'ai reçu ces jours-ci trois mails qui me parlent de Paroles Plurielles... avec nostalgie et reconnaissance
Cela m'a fait plaisir, merci à vous...
Sur mon blog, j'indique que Paroles Plurielles est en pause, il n'est pas supprimé, tous les textes sont encore là ainsi que les consignes, que je préparais avec grand soin et que les participants venaient découvrir le mercredi soir à partir de 22h causant parfois un véritable bug sur le blog...
Ces mails m'ont à leur tour replongée dans une période heureuse...celle de Paroles plurielles qui a tenu durant trois belles années...allez voir à droite tous les noms des participants...il y en avait vraiment beaucoup
Parfois j'ai envie de ressusciter le blog... mais je sais ce que cela m'a demandé comme investissement. à tous les niveaux.. j'hésite donc...
Un jour peut-être...
20 juillet 2009
Les yeux fermés
Je connais des voix qui sont vides, ou pire encore, qui me vident de ma substance...je connais des voix monocordes qui ont oublié comment c'était de grimper vers l'enthousiasme, qui sont rentrées dans le rang de la médiocrité, de la grisaille... des voix mortes.
Je connais des voix fatigantes, bouffeuses d'énergie, qui dévorent, corrodent, rongent, tellement hautes qu'elles stridulent en sots caquetages...
Je connais des voix qui sont pleines et profondes, qui me remplissent de leur
vibration, qui me nourrissent, qui m'enrichissent... je connais des voix
qui m'envahissent comme une musique bienfaisante, qui chantent et palpitent en ondes de fougue et de vie...
J'aime les voix de ceux que j'aime... au téléphone parfois, je les savoure les yeux fermés
Le courriel, ou les mots du Net, même s'ils véhiculent des mots profonds et tendres, me privent de mon essentiel : la voix,
19 juillet 2009
Petits mots sans sens... mais sait-on jamais...
Il y a dans l'air, comme des caresses perdues, des fantômes de bras tendus, des baisers errants incapables de se poser, tellement distraits qu'ils viennent s'effilocher dans le silence. Ou dans l'absence.
Et ça creuse des sillons étranges chez celui/celle qui attend
qui attend...
qui attend parce qu'il/elle espère, ne peut s'empêcher d'espérer, le petit con...
L'autre, les autres ne se rendent compte de rien... Les devins sont rares, croyez-moi, les autres le plus souvent sont bouchés, aveugles, sourds et muets.
Ni vu ni tout nu
Sauf que tout nu au moins, ça se verrait peut-être... ça crèverait l'œil
16 juillet 2009
Help!
Depuis hier...un mystère s'est infiltré dans mon blog
Sur mon ordi perso, je vois ce blog qui a perdu la tête...
Ou plutôt tout son côté droit...(calendrier, photos etc...) il a migré tout au bout APRES les messages
Je suis en mode avancé.. et je n'ai touché à rien! à rien, je vous le jure...
Ça s'est fait abracadabra, comme ça! POuf, paf!
Un esprit facétieux qui m'embête un peu (beaucoup), ben oui ça me tracasse, envie de partir ailleurs...mais après presque cinq ans de canalblog courageux et persévérant, recommencer à zéro...dur dur
Quand je vais voir ce qui se passe sur un autre ordi de la maison, tout apparaît normalement, c'est dingue ça non?
Alors, me suis-je dit, c'est MON ordi qui fait des siennes?
Mais....
Tous mes blogs amis hébergés sur canalblog...apparaissent sagement avec leurs listes comme il faut, à droite et à gauche...
Donc difficile de croire que c'est mon ordi...
J'ai sûrement commis un forfait pour lequel on me punit méchamment...
j'ai demandé de l'aide sur le forum.. j'espère qu'on aura pitié de moi!
Sinon, je ferme la boutique
ça ressemble à quoi un blog comme ça? Hein? dites-moi?
J'ai le cafard...
Vous seriez gentils de me dire si vous voyez mon blog normalement... oui je sais la blogo est déserte pour le moment, mais siouplè...dites moi...
Merci, merci
13 juillet 2009
Une semaine dense et riche 3
Le premier soir, nous avons reçu un cadeau magnifique: une conférence-spectacle autour du Cantique des Cantiques proposée par Gabriel Ringlet, avec la participation de Didier Laloy et son accordéon diatonique (mon dieu, comme cet instrument est magique, semble vivre par ses vibrations qui résonnent dans mon être tout entier..) et les comédiens Sylvie Rigot et Piétro Pizzuti. Ces artistes sont très connus en Belgique, je ne sais si c'est le cas en France...
Une Coumarine subjuguée, voilà ce que j'ai été... tout au long de l'écoute de ce poème magnifiquement ample et sensuel.
Gabriel Ringlet nous a régalés aussi de passages de nombreux auteurs ou/et poètes, comme le Clézio, Jean Grosjean, Jean-Yves Leloup, Amin Malouf, André Schmitz, Aragon...
"Ce qui fait la grandeur de ce chef-d'oeuvre, c'est qu'il modifie radicalement notre perception des rapports entre la religion et l'amour". Amin Malouf
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Et puis mercredi soir, j'ai présenté avec Marie-Raphaël notre lecture-spectacle que l'on préparait avec ardeur: quelques instantanés de visages tels qu'ils se livrent dans leurs couleurs multiples, aux coins de nos rues, ou au bout du monde, des visages de fête, de honte, de douleur, de paix, de revendication, de lutte, de joie. Tous ces visages qui ont quelque chose à dire, quelque chose à NOUS dire...
Vous le savez, les textes ont été écrits par Alain Rohand, Marie-Raphaël et moi-même, et interprétés par Marie Raphaël et moi
C'était beau et bon... et d'abord pour nous-mêmes... et moi j'ai adoré travailler avec celle qui est devenue une amie, sœur aux multiples talents dans ce Monastère, sœur aux bras accueillants pour chacun, sœur qui s'est pour un soir, transformée en une jeune femme au sourire radieux et tendre, dans son vêtement rouge
C'était beau de te voir chère Marie-Raphaël, tu as dû en étonner plus d'un(e), le secret était bien gardé...
Oui.. à nous deux... c'était beau, émouvant, fort et parfois dur...
Merci aussi à toi Alain, d'avoir écrit spécialement trois "visages" pour les intégrer à ce spectacle. J'ai beaucoup aimé les interpréter...
Les photos sont de Filo (merci à toi...)
(et demain, ou après, c'est promis, je passe à autre chose...)
12 juillet 2009
Une semaine dense et riche 2
En relisant mon billet 1 sur cette semaine passée à Hurtebise, je réalise combien mes mots sont pauvres et réducteurs pour parler de ces moments qui m'ont dilaté le coeur...
Envie de m'attarder bien plus longuement sur les deux conférences dont j'ai parlé... il y aurait tant de choses encore à en dire.
Allez relire ce que je dis de Gabriel Ringlet dans le billet qui vous parle de son dernier livre "Ceci est mon corps". Lisez (si vous le trouvez) "Un peu de mort sur le visage" que Gabriel R. a écrit il y a dix ans lors de la mort si violente des petites Julie et Mélissa, victimes de Dutroux. Gabriel a accompagné ces deux familles et d'autres encore qui ont vécu le même drame, pendant de longues années.
Ces deux livres se lisent le coeur au bord d'une forte émotion: les choses sont si douloureuses...si intolérables... et pourtant la parole de Ringlet dans sa recherche d'acceptation et de compréhension passe par une authentique com-passion (souffrir avec). Ringlet cherche aussi chez les poètes une parole vraie, qui sonne juste...
De même en ce qui concerne le Professeur Lengelé... sa conférence, si elle m'a touchée de si forte façon, c'est parce qu'elle n'est pas avant tout une conférence scientifique, technique et médicale: et pourtant la prouesse est absolument incroyable. C'est une première mondiale. Elle a été préparée dans le plus grand secret par trois équipes médicales (Amiens où a eu lieu l'opération), Lyon et Louvain en Belgique...
Mais le professeur Lengelé nous a avant tout donné à revivre son itinéraire personnel, dans lequel les questionnements et les doutes, ont eu la part belle... mais aussi l'espoir, ou plutôt l'espérance, et quelque chose qui s'apparente à la foi, à la confiance profonde.
En plus, ce qui m'a personnellement touchée, c'est qu'il est "poète", je veux dire que son exposé coule dans des mots si humains qu'ils en sont poétiques...la poésie touche au cœur de l'humain...difficile à expliquer, c'est de l'ordre de l'indicible.
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Et puis il y a eu les ateliers: cinq ateliers étaient proposés aux 50 participants. Cinq ateliers où il était donné aux participants de mettre en œuvre (du latin opera = travail, comme le travail de l'accouchement, qui met au monde...). Calligraphie, gravure, théatre biblique, pélerins danseurs, partage par l'écriture. Cinq animateurs qui ont animé dans le même état d'esprit: aider à mettre au monde un petit bout de beauté dans chacun des participants
J'ai eu la chance de recevoir dans mon atelier les deux blogueuses qui faisaient la session: Filofilo et Tilleul. Quel bonheur de rencontrer des blogueuses qu'une connivence réelle lie depuis un certain temps, nous avons vécu de beaux moments d'amitié
Comme souvent quand on lâche prise dans l'écriture, quand on écrit à partir de son centre (là où la vie grandit et pousse) et non plus à partir de sa tête, sortent des choses profondes, de ces choses qui touchent à l'essentiel, et qui forcément véhiculent pas mal d'émotion...
Les larmes libèrent, encore faut-il accepter de ne pas les contrôler, à tout prix, de cesser de les enfermer dans une crispation douloureuse au plus profond de soi, dans l'espoir de les oublier.. Écrire en vérité, permet cela...
Merci Filo et Tilleul d'avoir été là dans un moment plus difficile pour moi... je vous embrasse avec tendresse
Ensuite il y a la communauté des sœurs de ce Monastère accueillant! Je ne peux vous les citer, mais je ne peux passer sous silence ma gentille complice de notre lecture-spectacle...patience j'en dirai un mot dans un billet 3
Figurez-vous que la Prieure, jeune femme dynamique, souriante et bourrée de qualités, est venue participer à mon atelier...avec une simplicité et une présence désarmantes. Je viens si souvent à Hurtebise et je n'avais encore jamais eu l'occasion d'échanger quelques mots avec elle...
Et là je découvre une authentique poète, à la sensibilité vive, aux mots profonds. Et qu'elle lit merveilleusement bien, dans son souci de les partager aux autres
Pourquoi je parle de ça?
Parce que je crois que dans les Monastères d'aujourd'hui qui se vident peu à peu de leurs moines et moniales, il y a des personnalités fortes, qui ont en main la vraie foi de demain
Je ne sais pas vraiment de quelle foi il s'agit, mais je sais avoir rencontré des croyants authentiques, on ne peut pas faire semblant dans ce domaine...
(à suivre...)








