Le dé-visage - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

16 juin 2009

Le dé-visage

tick_tock_2__O__Clock_by_lucias_tearsElle marchait dans la rue. Tranquille. L'âme en paix.
Soudain deux ou trois personnes se sont arrêtées à sa hauteur. Brusquement. Et l'ont dévisagée, avec insistance. Pendant une longue minute. C'est long une minute quand on est dévisagée de cette façon!

Dévisagée, oui c'était bien le mot adéquat , et c'était là l'expérience qu'elle était en train de vivre
Elle se sentait dé-visagée, dé-figurée par ces regards qui la détaillaient d'un oeil interrogateur

Attends se dit-elle... qu'est-ce qu'il a mon visage, pourquoi on me regarde ainsi? Ai-je l'air folle? Ai-je mis ma culotte à l'envers? Ou deux chaussures différentes? Ai-je gardé mon bonnet de nuit en me levant ce matin? Je sens mauvais peut-être? Oui, ça doit être ça! ou alors j'ai un teint de cadavre... Zut on dirait que mes dents ne sont plus dans ma bouche? Ou alors ma langue a fourché?

Au secours, que se passe-t-il? Qu'est-ce qui ne va pas?  Cessez de me dé-visager, arrêtez de me regarder comme ça!...

Comme quoi...

On veut bien (on souhaite même) être reconnu(e), sortir de la masse, être regardé(e), ne pas compter pour du beurre...

Mais surtout pas être dé-visagé(e)...


Commentaires

    C'est une expérience qui me paniquerait totalement. Au moins les premières fois.
    J'avais une copine de classe, à 7 ou 8 ans, qui était rousse, un roux bien flamboyant, et des cheveux très longs. Je crois que le regard appuyé des autres lui plaisait assez, en tout cas elle le recherchait. Et aujourd'hui il m'arrive de sortir avec une amie handicapée de naissance et lourdement appareillée. Elle dit qu'elle ne fait pas cas du tout du regard des autres. Et je la crois. Une autre de mes amies porte temporairement une perruque que personne ne remarque. Pourtant elle est persuadée que tous les gens qu'elle croise la dévisagent et lisent sa maladie.
    Comme quoi ce sont nos expériences et notre vécu qui conditionnent en grande part nos réactions. Du moins il me semble.

    Posté par incertaine, 16 juin 2009 à 18:36
  • Regards...

    ---
    Ça m'arrive tout le temps...
    je ne peux plus sortir sans que des femmes me dévisagent avec des regards qui me détaillent d'un oeil admirateur... ensuite elles se jettent sur moi en hurlant et arrachent mes habits, pour embrasser mon corps de rêve... et là, mon réveil sonne et j'ouvre les yeux, puis je me lève pour préparer mon petit déj... snif...
    ---

    Posté par Chriz, 16 juin 2009 à 18:44
  • bonne soirée !!

    En lisant ton texte, il me revient une histoire vrai qu'une amie m'avait raconté....C'est un texte écrit par une vieille dame terminant sa vie en "gériatrie". Les soignants ont retrouvé cette lettre sous son oreiller après son décès...
    ça disait à peu près ceci :
    " Que vois-tu, toi qui me soigne, que vois-tu?
    Quand tu me regardes, que penses-tu?
    Une vieille femme grincheuse, un peu folle, le regard perdu, qui bave quand elle mange et ne répond jamais quand tu dis d'une voix forte"essayez et qui semble ne prêter aucune attention à ce qu'elle fait....
    Qui docile ou non, te laisse faire à ta guise, le bain et les repas pour occuper la longue journée. C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois?
    Alors, ouvre les yeux, ce n'est pas moi.
    Je vais te dire qui je suis, assise là, tranquille, me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux...
    Je suis la dernière des dix, avec un père, une mère, des frères, des soeurs qui s'aiment entre eux...
    Une jeune fille de seize ans, des ailes aux pieds, rêvant que bientôt, elle rencontrera un fiancé...
    Déjà vingt ans, mon coeur bondit de joie au souvenir des voeux que j'ai fait ce jour là.
    J'ai vingt cinq ans maintenant et un enfant à moi, qui a besoin de moi, pour lui construire une maison...
    Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite; nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront....
    Quarante ans, bientôt il ne sera plus là, mais mon homme est à mes côtés et veille sur moi.
    Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés.
    Nous revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.
    Voici les jours noirs, mon mari meurt.
    Je regarde vers le futur en frémissant de peur car mes enfants sont très occupés pour élever les leurs et je pense aux années et à l'amour que j'ai connu.
    Je suis vieille maintenant et la vie est cruelle et elle s'amuse à faire passer la vieille pour folle.
    Mon corps s'en va. Grâce et forme m'abandonnent. Et il y'a une pierre là où jadis, il y'avait un coeur. Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure.
    Le vieux coeur se gonfle sans relâche.
    Je me souviens des joies et des peines.
    Et à nouveau je revis ma vie et j'aime...
    Je repense aux années trop courtes et trop vite passées et accepte cette réalité implacable.
    Alors, ouvre les yeux, toi qui me regarde et qui me soigne.
    Ce n'est pas la vieille femme grincheuse que tu vois...
    Regarde mieux et tu verras...

    Posté par bernie.83, 16 juin 2009 à 18:53
  • oufff !!!! un sacrée regard Coumarine et une belle réponse ....je suis émue !!!!

    Posté par annie du 06, 16 juin 2009 à 19:12
  • Je pense qu'aujourd'hui je "m'en tape" du regard des autres... j'ai appris en quelque sorte, vu mon parcours et mes divers métiers....
    Mais je m'interrogais : Et avant ?
    ben avant, il me semble que lorsque quelqu'un "me dévisageait" pour reprendre l'expression, cela s'inversait le plus souvent... c'est moi qui me mettais à dévisager l'autre ! JAMAIS je ne suis le 1° à détourner le regard....
    Faut dire que j'ai commencé tôt avec ma mère qui hurlait "baisse les yeux"... et moi... je la fixais intensément en pensant certains mots que la décense m'oblige à taire !! Même sa gifle ne me faisait pas baisser les yeux !
    finalement merci maman !!!

    Posté par alainx, 16 juin 2009 à 19:24
  • J'aimerais tant l'apprivoiser le regard de l'autre.

    Posté par mel, 16 juin 2009 à 19:46
  • J'ai rêvé ou votre photo a disparu du blog ?
    J'ai cherché votre regard et ne l'ai point trouvé aujourd'hui .

    j'imagine que le choc a été rude , surtout que vous ne vous attendiez pas à une "reconnaissance" d'un genre comme celui que vous décrivez . C'est l'effet surprise garanti ça !

    Courage , ce n'est que le début de la gloire ( sourire ) .

    Une fois le choc passé, je vous souhaite d'en rire ou pour reprendre les termes d'alainx de "vous en taper" . C'est encore ce qu'il y a de mieux à faire .

    Vous voulez que je vous dise : ça doit être drôlement confortable de se balader sans culotte , amusant d'être chaussée de deux chaussures différentes et original d'être couronnée d'un bonnet de nuit .

    Ne m'en voulez pas , Couramine, de vous "taquiner" un peu .

    Posté par julie, 16 juin 2009 à 20:18
  • j'ai retrouvé votre photo !

    Posté par julie, 16 juin 2009 à 20:26
  • @incertaine...tu écris:
    "Comme quoi ce sont nos expériences et notre vécu qui conditionnent en grande part nos réactions"
    Je pense que c'est très très vrai...
    Je connais quelqu'un qui se rend malheureuse pour un simple bouton que personne ne voit... (mais elle bien!!! elle ne voit que cela!)

    @Chriz...zut de zut, avec ton corps d'athlète (c'est toi qui m'a dit hein!!) que ce ne soit qu'un rêve...ben c pas juste!!!

    @bernie...et tes textes parlants...merci pour celui-ci, encore une fois...

    @annie...de rien et bonne soirée!! )

    Posté par Coumarine, 16 juin 2009 à 20:36
  • @Alainx...tu écris:
    "JAMAIS je ne suis le 1° à détourner le regard"
    M'étonne pas de toi ça! En plus tu as dû être un sale gamin! (sourire grand comme ça!)


    @mel... déjà apprivoiser son propre regard sur soi, ce n'est pas une mince affaire...

    @Julie... j'ai comme l'impression que tu donnes un commentaire sur ma reconnaissance comme écrivain, non?
    Ici (comme souvent) je m'amuse à illustrer une pensée ou un thème par une histoire que je raconte dans la métaphore
    J'aime écrire et décaler un peu mon écriture... de là le bonnet de nuit, les chaussures et le reste
    Oui ma photo se trouve uniquement sur la page principale...sur les autres pages il y a une peinture de Françoise Collanges (comme la bannière d'ailleurs) peintre que j'aime beaucoup
    Et puis cette femme avec l'oiseau blanc est symbolique pour moi
    Voilà! tu sauras tout!!!

    Posté par Coumarine, 16 juin 2009 à 20:44
  • Un regard bienveillant est toujours agréable.

    Un regard qui dévisage n'est pas agréable car on a le sentiment d'être épiée dans nos moindres détails, laissant de côté notre individu en tant qu'ensemble au profit des détails pris séparément.

    Un individu n'a de réalité que pris dans son ensemble, ce n'est pas un puzzle. C'est pour cela qu'un regard dévisageant nous met en pièces...

    Bonne continuation

    Posté par Louloute, 16 juin 2009 à 21:34
  • Un regard qui dé-visage, qui déshabille, qui vous met mal à l'aise. Il y en a beaucoup.
    Mais il y a aussi tous ces regards aimants, pleins de compassion, d'amitié, de douceur, de sourire, et ceux-là font tellement de bien !
    C'est vrai que souvent, nous sous-estimons l'impact de notre regard sur les autres !
    Belle soirée !

    Posté par naline, 16 juin 2009 à 22:02
  • Qu'est ce qui me nourrit le plus : le billet ou le(s) commentaire(s) ?
    Quant à moi, j'aimerais tellement savoir ce que c'est que de me promener en tchador et que personne ne puisse me dévisager, ni même deviner ma silhouette. Je me sens très souvent agressée par les regards qe ce soit dans la rue, dans le cadre de mon métier ou dans mon imaginaire.
    Louloute parle de regard bienveillant, j'entends ce regard ( au sens abstrait) au travers de la voix mais je ne le "vois" pas. Par contre, je vais essayer d'être plus attentive à l'effet de mon propre regard sur autrui.

    alainx, je t'envie de pouvoir soutenir un regard !

    Posté par nicole 86, 16 juin 2009 à 23:15
  • Etre dévisager n'est pas agréable mais se sentir déshabiller par le regard insistant d'un homme est pire encore!

    Posté par mab, 17 juin 2009 à 07:07
  • Un texte qui collerait bien sur le blog de mon petit garçon ça ... Ça fait partie des choses très difficiles à vivre. Encore hier, je le regardais courir avec l'œil de gens "dé-visageurs". J'ai vite arrêté la torture...
    http://blog.remilou.com/

    Posté par Catherine, 17 juin 2009 à 08:40
  • Waouw

    Voilà une belle entrée en matière pour Jurtebise ça Coumarinette ! Dis, j'ai trouvé une "co-voitureuse" à Louvain-la-Neuve. Donc, pas de soucis pour le transport. Faut dire que par la voie ferrée, tu y passes la journée et en plus, le billet n'est pas donné non plus. SmackSSSS

    Posté par Filo Filo, 17 juin 2009 à 10:09
  • rhaaaaaaaaa

    Pas beaucoup de temps pour répondre perso aux commentaires
    Mais je vous lis et je vous remercie...
    A bientôt!
    Je vous embrasse

    Posté par Coumarine, 17 juin 2009 à 12:43
  • Le regard des autres sur moi me plait assez bien!C'est la preuve que je ne suis pas trop tarte!J'aime aussi regarder les autres surtout si ils sont beaux!
    Un profond regard d'homme posé sur moi et... je fonds!
    J'aime beaucoup le commentaire de Bernie.

    Posté par charlotte, 17 juin 2009 à 13:20
  • Bonsoir Coumarine,
    me voici de retour, enfin presque, car me voici saisi soudain par la flemme.
    Marrant, ce dé-visage !

    Posté par Mimi Vaurien, 17 juin 2009 à 21:58
  • Tu abordes un sujet qui m'intéresse. J'aime me délecter de l'image de l'autre, je suis probablement à ranger dans la case des voyeurs, pourtant j'ai l'impression de savoir ne pas être trop lourd, en tout cas je le souhaite. Mais lorsqu'il émane une puissance attractive d'un personnage de la rue, là je me délecte, il me semble qu'il y comme des signes sociaux pour autoriser celà...

    Bleck

    Posté par Bleck, 18 juin 2009 à 16:25
  • ....★

    Ces gens qui t'ont DE-visagée, quel "nouveau" visage ont-il mis sur toi? héhé, j'aime bien t'embêter Coum et puis c'est sûre, dévisager c'est pa spoli on dit, mais on peut le faire de différentes façons : en cherchant à qui tu fait penser, qui tu rappelles, avec inquiétude, gourmandise, passion, admiration...Dévisager ne serait-ce pas observer le moindre détail de quelqu'un qui attire notre attention, éveil notre curiosité, stimule notre désir...? HiHi... bisous!
    P.S. quelle drôlerie Coum en bonnet de nuit!! Dis...tu n'en portes pas quand même??!! :O

    Posté par julie M, 18 juin 2009 à 19:15
  • @julie...oh là là! cet texte ...je mets un peu n'importe quoi comme exemples, je me laisse emporter par mon écriture ben oui! )
    Tu sais, le "elle" n'est pas forcément moi, c'est juste une histoire pour illustrer mon propos
    Qu'est-ce qu'on vit qd on est non pas regardée avec intérêt (ce qu'on espère tous je suppose) mais dé-visagée...de manière critique ou curieuse...
    Pardon je n'ai pas le temps de venir sur les blogamis pour l'instant...ça va revenir...promis!

    Posté par Coumarine, 18 juin 2009 à 23:15
  • @bleck, moi aussi j'aime regarder les gens, ils stimulent mon imaginaire, j'invente des personnages à partir de mes observations!
    Mais je ne les dé-visage pas au sens que j'ai essayé de dire...je fais ça discrètement

    @bonsoir mimi vaurien...content de te revoir ici, il y avait longtemps...

    @Charlotte...ahhhhh si tu me prends par les sentiments: OUI un profond regard d'homme posé sur moi...oups! je décolle alors!!!

    Posté par Coumarine, 18 juin 2009 à 23:19
  • ...

    Les peintures sont de toi? Elles sont vraiment jolies

    Posté par La Meduse, 19 juin 2009 à 11:26
  • @La Meduse... non ces peintures ne sont pas de moi...mais je n'en connais plus l'auteur
    Je n'ai pas ce talent-là)

    Posté par Coumarine, 19 juin 2009 à 20:15
  • Quand on y pense le verbe "dévisager" est étonnant. Comme une impression d'effraction, de vol. Par association d'idées, le peur des indigènes, étrangers à la photo, qui refusaient qu'on ne les photographie sous peine de perdre leur âme. Ce que fait le dévisageur n'est-ce pas ce que faisait l'objectif aux peuplades autochtones ? Non, on n'aime pas être dévisagé si les regards qui se portent sur nous sont moqueurs ou malveillants, sinon quel mal y a-t-il à cela quand on y pense ? Aucun. Le regard insistant de l'autre peut devenir tout simplement révélateur de notre manque de confiance !

    Posté par Gicerilla, 21 juin 2009 à 09:31
  • @Gicerilla...le regard insistant de l'autre, oui, est le révélateur de notre manque de confiance en soi..
    Sinon on n'y accorderait pas la moindre importance...

    Posté par Coumarine, 21 juin 2009 à 15:38

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