La chute - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

03 décembre 2008

La chute

C'est un dimanche à la campagne. Il y a là, encore immobile sur la route, une carriole tirée par deux chevaux. Le père piaffe d’impatience, ou alors ce sont les chevaux, on ne sait pas trop. L’air est électrique. Les chevaux sont nerveux. Ou alors c’est le père, on ne sait pas trop. Le père brandit déjà le fouet. Le fait claquer dans l’air. Mais l’air est à l’orage. Lourd, inquiet, nerveux. Les deux enfants sont montés dans la carriole. Ils sont excités, ils rient, se taquinent, s’asticotent... Les chevaux piétinent, impatients. Les sabots cognent sur la terre desséchée. Le fouet virevolte, frappe l’air qu’il déchire… L’homme est énervé, il attend sa femme qui comme toujours est en retard.

La voilà enfin ! Elle court, elle vole, elle s’envole, la robe légère soulevée par le vent. Le vent qui s’est fait violent. La mère s'apprête à monter à son tour pour rejoindre ses enfants sur la plage arrière de la carriole, quand soudain les chevaux s'ébranlent, frappés sèchement par le fouet du père... la mère tente de s’arrimer, mais elle trébuche. Brutalement. Choc du corps qui tombe mais reste accroché à l’arrière de la carriole qui continue impitoyablement d’avancer.

Les enfants voient leur mère traînée par terre. Le temps s’écoule au ralenti. La carriole  continue d’avancer comme si de rien n’était. Rires suspendus. Terrifiés, glacés par la peur, le garçon et la fille entendent leur mère crier de douleur et supplier le père d'arrêter cette carriole. Ils crient aussi. ARRETE PAPA... Hurlements. Le cœur qui bat la chamade. Douleur. Les chevaux s’immobilisent enfin. Le père, la mère, le fils et la fille sont figés dans cet étrange silence qui suit toujours le tohu-bohu des catastrophes.

C'est alors que la fillette entend les paroles que sa mère prononce comme dans un souffle: "cette chute causera ma mort". L'enfant a douze ans. Deux ans plus tard, alors qu’elle semblait depuis longtemps remise de cet accident, la mère "tombe" malade, sombre dans la dépression, commence à perdre l'usage de ses jambes, doit s'aliter de plus en plus souvent, laissant sa fille prendre en charge le ménage et les soins à la malade. L'enfant n'a que quatorze ans...

Extrait de "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers". N.V.
Editions Traces de Vie, avril 2008

Ce soir à 17H,  à L'espace Wallonie-Bruxelles (rue Marché-aux-Herbes, 25 à 1000 Bruxelles), trois auteurs belges sont interviewés sur leur dernier opus. Dont moi à propos de l'Enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers. Vous êtes les bienvenus...l'entrée est libre et le petit verre de l'amitié est offert ensuite


Commentaires

    tu es si loin Dame Coum... Bois un verre à ma santé.
    Bisous

    Posté par claire, 03 décembre 2008 à 11:42
  • c'est vrai, Claire...tu es loin..;
    dommage
    Je penserai à toi et à nos bons moments à Lyon)

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2008 à 13:39
  • Dès la première phrase, j'avais reconnu cet extrait de "l'enfant à l'endroit..." C'est poignant, ce texte me donne des frissons...
    Pour en revenir à ton invitation... ben, c'est un peu loin... en plus ce matin, nous nous sommes réveillés avec vingt centimètres de neige...
    J'espère que tu boiras un verre à notre santé...
    Bisous

    Posté par tilleul, 03 décembre 2008 à 19:18
  • J'espère que cela s'est bien passé, chère Coum. J'arrive trop tard pour te souhaiter bonne chance et bon exposé. Mais je suis sûre que tu t'en seras très bien sortie. Même si c'est toujours un peu angoissant d'aborder son travail devant un public inconnu.

    Posté par Lorraine, 03 décembre 2008 à 20:36
  • Accidents Hipomobiles

    Merci pour ce beau texte.A 50 km de chez moi a l'
    abbaye de Thierenbach dans la grande chappelle,il existe beaucoup d 'ex voto remerciant Dieu d avoir
    sauvé des vies lors d accidents hippomobiles ce qui était fréquent au dire de mes parents.
    Amicalement Latil

    Posté par Latil, 03 décembre 2008 à 20:59
  • Tilleul

    d'abord merci..ce passage m'émeut aussi, c'est fou...
    20 cm de neige??? mais alors on fera du ski de fond ce WE?

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2008 à 21:59
  • Lorraine

    Merci, oui, cela s'est bien passé...
    Et oui c'est quand même un peu angoissant...

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2008 à 22:00
  • Latil

    C'est curieux ce que tu racontes là...
    Envie de prendre une carte pour voir où se situe cette abbaye...
    Amitiés

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2008 à 22:01
  • Trop tard moi aussi pour te souhaiter une bonne interview et de fructueux échanges mais apparemment tout s'est bien passé.
    Et puisque tu évoques "l'enfant..." j'ai envie de m'autociter.
    J'avais fait un billet sur ma lecture de tes deux bouquins et, sauf erreur de ma part, tu ne l'avais pas évoqué (ce n'est pas une critique). Je trouvais intéressant de ne pas seulement pointer la force émotive très grande de ce livre, mais aussi pourquoi sur le plan littéraire j'avais personnellement certaines réserves. Opinion qui n'est bien sur que la mienne mais j'aurais trouvé intéressant qu'elle puisse être offerte en partage aux nombreux lecteurs de l'Enfant qui passent ici. Donc je me permet d'en donner le lien:
    http://valclair.canalblog.com/archives/2008/10/14/10955979.html

    Posté par valclair, 03 décembre 2008 à 22:56
  • Ah je vais bien que j'avais déjà lu ce texte quelque part!

    Posté par mab, 04 décembre 2008 à 06:30
  • Thierenbach

    Sur le weeb,il existe plusieurs blogs concernant
    l abbaye de Thierenbach. Auf wiedersehen Latil

    Posté par Latil, 04 décembre 2008 à 08:56
  • cet extrait est fondateur dans le récit, et dans l'histoire de ta famille (évoquée dans ton livre)
    elle se situe en grande partie là la cassure psychologique qui se crée

    j'espère que ça s'est bien passé cette présentation pour toi Coumarine

    Posté par Tisseuse, 04 décembre 2008 à 09:03
  • Valclair

    Non je n'ai pas donné le lien de tes articles ici:
    Pour plusieurs raisons...
    - d'abord parce que les billets dans les blogs et les articles journaux se sont multipliés, et qu'il devenait fastidieux pour moi et sans doute pour vous de les citer tous (j'en ai fait un book-souvenir, et ton billet y est...)
    -d'autre part, c'est toi-même qui m'a dit au début quand je citais tous les articles parus sur mes livres que je devenais lourdement promotionnelle, ce sont tes propres termes...du coup, je n'ai plus trop osé en parler, ni même osé mentionné les interviews qui ont lieu autour de mes deux livres...(journaux papier, revues, radio) Je me suis dit que tu n'avais pas tort, moi-même je suis légèrement irritée quand je lis sur certains blogs une autopromotion insistante des oeuvres de l'auteur. Donc j'ai mis un frein
    Même si, quand il y a une interview intéressante, je trouve dommage de ne pas la mentionner ici, simplement par souci de discrétion, pour ne pas avoir l'air de me vanter...alors que je suis simplement fière de ce que j'ai réalisé...
    - ensuite, que tu fasses des réserves sur le plan littéraire, particulièrement sur le procédé que j'ai utilisé, et qui à moi me tient le plus à coeur et fait sens pour l'avancée de ce livre...m'a posé question...
    C'est bien toi qui a écrit ta déception de ne pas t'être senti compris par le lecteur de l'APA, qui a lu tes fragments
    C'est un peu ce que j'ai ressenti à la lecture de ton billet:
    Tu es plus "élogieux" pour TOUT d'un blog que pour L'enfant, alors que moi, habituée à accompagner les gens sur leur chemin d'écriture, je sais que l'Enfant a plus de valeur sur le plan littéraire, raison pour laquelle ce livre touche autant les gens
    Mais il est bien clair que ton opinion est la tienne, et que il est très intéressant pour moi de la connaître. D'autant que ta critique est constructive et...bien écrite, comme toutes tes critiques d'ailleurs...

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 10:47
  • @Latil...merci, j'irai voir, j'aime les Abbaye, lieux de silence, j'ai parlé plusieurs fois de Orval...

    @mab; ben oui...

    @Tisseuse...je pense effectivement que ce passage est au centre, non seulement du récit, mais de la vie des trois femmes dont j'évoque l'histoire. D'avoir pu l'écrire a dénoué bien des choses; j'ai compris bien des choses
    Merci de le rappeler)

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 10:53
  • Je ne connaissais pas ce texte et j'y trouve une grande force émotionnelle. Les accidents d'hippomobile m'ont rappelé dans ma famille l'accident d'une fillette, toute contente de retrouver son père, se précipitant sous un porche en même temps que la carriole conduite par son père arrivait, cela a été sa dernière course ...

    Posté par myriam, 04 décembre 2008 à 11:41
  • Hier soir à 17 h...

    C'était bien ?

    Posté par Annick, 04 décembre 2008 à 12:30
  • @Myriam...oh! quelle triste histoire...
    (il faut corriger ton lien...il manque le "c" de cobalt )

    @Annick...oui mais sans commentaire...

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 13:00
  • Mais !!! c'est pas érotique ça!!!!
    pathétique oui! mais pas érotique!
    bises COUM.

    Posté par vincent, 04 décembre 2008 à 13:54
  • Merci pour le lien, c'est fait

    Posté par myriam, 04 décembre 2008 à 15:28
  • Ach !!!! je suis trop loin !
    Je me disais aussi, dès les premiers mots, que je reconnaissais ...
    Bon alors je vois que c'était bien, sans commentaires ... parfois un silence suffit.

    Posté par kaliuccia, 04 décembre 2008 à 18:04
  • Vincent...je suis plus douée dans le pathétique, faut croire, en tout cas, ça je m'autorise

    @Myriam...)

    @Kaliuccia...je ne souhaite pas en parler plus longuement...bises à toi

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 18:20
  • Je comprends très bien, chère Coum, les freins que tu as été amené à mettre à l'évocation de tout ce qui parlait de toi et de tes livres.

    Pour revenir à mon appréciation je distingue vraiment le fond de la forme.
    Moi aussi bien sûr je suis plus touché par "l'Enfant" que par "Tout d'un blog". Je crois avoir perçu la profondeur humaine du livre, la démarche qui tu as conduite, l'émotion qui s'en dégage et je crois avoir dit que c'était l'essentiel. (C'est ça qui a manqué à mon lecteur apaïste, il ne critique pas du tout ni la forme, ni le fond, j'aurais préféré si ça avait été le signe qu'il ressentait ce qu'il y avait derrière mon texte.)
    ça m'intéressait de faire ces remarques de forme sur ton texte spécialement avec toi en tant qu'animatrice d'atelier donc sensible au choix des procédés y compris dans ce qu'ils ont de plus techniques.
    Je me doute bien que la forme que tu as choisie ne l'a pas été au hasard et que tu l'as adoptée parce qu'elle te semblait la plus adaptée à ce que tu voulais dire. Mais ça me paraissait intéressant de te dire que cette forme, même si elle enthousiasme certains, en laisse d'autres plus réticents. Comme tu le dis ma critique se veut constructive, faire une critique dès lors qu'elle est bienveillante me parait une forme de reconnaissance et plus riche pour celui qui la reçoit qu'une opinion uniquement approbatrice.

    Posté par valclair, 04 décembre 2008 à 18:58
  • Cher Valclair

    ...c'est bien comme ça que je prends tes remarques ...comme une critique constructive, mais qui t'est éminemment personnelle, concernant le procédé que j'ai utilisé à dessein...
    Je constate en effet qu'il peut ne pas être apprécié par tous...si tu y es réticent, d'autres sans doute aussi...sans doute car personne jusqu"à présent ne me l'a dit! (au contraire)
    Il est original et un peu dérangeant, par son aspect lancinant et répétitif
    J'aurais préféré que toi, qui me connaît depuis longtemps, qui sait un peu ce que j'ai voulu faire, apprécie aussi cette façon de procéder qui a été la mienne
    Je t'ai donné le manuscrit à lire avant parution, tu ne m'as exprimé aucune réticence à ce moment: je le regrette
    Tu es certainement quelqu'un qui m'aurait fait réfléchir deux fois au bien-fondé du procédé: tu sais que je tiens ta façon d'écrire en grande estime...
    Je n'aurais sans doute pas changé ce qui a pris le temps de mûrir longuement en moi, mais tes remarques m'auraient été constructives
    Bonne soirée à toi puisque je crois que tu viendras lire ma réponse...

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 19:51
  • En effet je suis venu lire ta réponse.
    Et c'est très intéressant ce que tu me dis là. En effet ce que je ressens désormais comme un défaut ne m'avait pas frappé à la première lecture. Sans doute étais-je plus pris directement dans le côté émotif et face à un texte qui n'était pas encore un livre mais une liasse de feuilles sorties à l'imprimante. Face à l'objet livre je crois que je me suis senti dans une lecture plus distanciée, plus capable d'analyse et de réflexion fine sur mes ressentis, y compris dans leurs aspects strictement littéraires. C'est intéressant ce changement de perception du texte en liaison avec son changement de statut.
    Bonne soirée à toi aussi.

    Posté par valclair, 04 décembre 2008 à 22:17
  • Valclair

    Je me demande donc comment tu aurais réagi si ta première lecture avait été dans l'objet livre...
    On dirait qu'en lisant en 2ème lecture, le livre comme tel, tu en as pris distance, et l'a considéré avec un oeil détaché... tes ressentis bien présents lors de la première lecture s'étaient sans doute estompés...

    Moi, en tout cas, ce que je retiens de ceci c'est qu'il n'est pas opportun de donner à lire un manuscrit avant parution...fût-ce à son meilleur ami!
    On me l'avait dit, je ne le croyais pas..j'étais enthousiaste et pressée de faire lire...
    Actuellement en ce qui concerne mon nouveau projet...je ne dévoile rien à personne...Ce sera la surprise!

    Posté par Coumarine, 04 décembre 2008 à 22:40
  • ce sera un garçon ou une fille ?? la surprise n'en sera que plus grande ! et c'est bien aussi... les surprises !

    la gestation est finie, tu es épuisée, c'est normal,

    N'oublie pas,
    . le soleil va revenir... LA NEIGE, elle ne durera pas, d'ailleurs, elle s'évanouit tout doucement depuis cet après-midi !

    . Nous attendons avec impatience et... confiance
    bisous

    Posté par loulotte2, 11 décembre 2008 à 00:24

Poster un commentaire