L'enfant adopté a besoin de SAVOIR - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

06 avril 2008

L'enfant adopté a besoin de SAVOIR

Alainx nous donne les paroles de la belle chanson de Cabrel, hymne à la femme qui a porté dans son ventre la petite fille que le chanteur a adoptée. Alain fait mention de l'histoire de l'adoption de notre plus jeune fille que j'ai racontée longuement ici.

Tous les jours arrivent sur mon blog des gens qui viennent chercher des renseignements et du réconfort concernant l'adoption qu'ils envisagent... Et très régulièrement je reçois un mail inquiet me demandant si c'est aussi nécessaire que je l'affirme, de réunir pour l'enfant le maximum de renseignements concernant ses origines.

Et je réponds inlassablement OUI, cent fois OUI
L'enfant qu'on adopte, n'est pas à nous (et finalement aucun enfant n'est à nous...mais donné à la Vie, à LEUR vie...) Il ne sert à rien de faire semblant que sa vie commence au moment de son adoption...Il y a son avant qui reste capital... la psychogénéalogie nous en apprend beaucoup à ce sujet...

Notre fille adoptive (allez lire son histoire, elle intervient avec ses mots à elle) a repris contact avec sa famille biologique. (bien sûr, c'était assez facile parce que c'est une enfant d'ici, que nous avons dans un premier temps, simplement accueillie chez nous pour dépanner une famille en difficulté; cela devait au départ ne durer que quelques jours...)

Notre fille, comme tous les enfants adoptés, désirait connaitre les circonstances liées à sa naissance, et surtout le pourquoi: qu'est ce qui s'est passé qui a fait qu'elle ait été "laissée en accueil", puis donnée à l'adoption. Besoin de savoir, besoin essentiel...je pourrais en parler longuement...Les sentiments liés au sentiment d'abandon sont violents et peuvent faire des ravages. Elle a eu des moments d'angoisse profonde liés à cette question du pourquoi? Pourquoi ai-je été abandonnée...pourquoi n'ai-je pas été aimée...Question récurrente malgré nos mots sans cesse répétés, ce n'est pas toi qui est à l'origine de "l'abandon", ce sont tes parents qui pour une raison que nous n'avons pas à juger, n'ont pu s'occuper de toi... (difficile aussi de faire passer ce message sans accabler des gens qui sont ses parents de sang et que la vie a malmenés...qu'aurions-nous fait à leur place, dans les difficiles circonstances de vie qu'ils ont connues?...c'est une bonne école pour apprendre à ne jamais juger!

La reprise de contact s'est faite dans la prudence et la simplicité...nous restons ses parents qu'elle aime, sa mère de naissance, reste sa mère de naissance. (Le père est DCD) Simple non? (Résumé comme ça en deux mots c'est simple, mais dans le quotidien de ce que nous avons vécu...ce fut un parcours de combattant...dont le maître mot de tous les côtés, le nôtre, celui de la mère (mais oui, celui de la mère AUSSI), celui de notre fille, est : l'amour)

Notre fille se marie en septembre...elle aura à ses côtés, ce jour-là, sa famille adoptive et sa famille de sang... elle en est heureuse, et nous aussi avec elle. Avouez que c'est une histoire à raconter à Delarue...les deux familles réunies en bonne entente, et sans esprit de compétition... Nous savons que cela se passera bien...

Et puis il y a les deux enfants adoptés de ma fille ainée...dont l'histoire ressemble plus à celle décrite par Francis Cabrel

J'en parlerai demain...


Commentaires

    Oui, il est essentiel pour un enfant de connaître son histoire dans toute sa vérité, même si elle est tragique. J'en parle par expérience, puisque je fus abandonnée et recueillie. Durant toute mon enfance, on m'a répété que mon père était un salaud et j'en ai beaucoup souffert car, quelque part en moi, survivait le souvenir de sa voix, de sa tendresse à mon égard. Ce n'est que vers la trentaine que j'ai appris ce qui s'était réellement passé entre mes parents. Trop tard, le mal était fait... Il me fut bien difficile de surmonter la séparation d'avec mes parents, mais encore plus de vivre avec ce mensonge, pendant de longues années : comment se construire sur un terrain miné, sapé par des adultes en qui l'on ne peut placer sa confiance ?

    Posté par Danalia, 06 avril 2008 à 15:41
  • C'est formidable des gens comme toi, Coumarine et comme ta fille qui suit le même chemin!

    Posté par catherine, 06 avril 2008 à 17:36
  • Je ne sais pas si tout enfant à BESOIN de savoir, mais tout enfant à le DROIT de savoir. Ce qui implique de disposer des éléments nécessaire au cas où le besoin se ferait sentir. Ensuite, c'est au choix de l'intéressé...

    Posté par Pierre, 06 avril 2008 à 17:55
  • J'ai lu attentivement ce que tu écris Coumarine car ce sujet m'intéresse beaucoup. C'est vrai que tout enfant a besoin de savoir son histoire pour se construire mais si cette dernière est douloureuse.
    Tu évoques également dans ton écrit la psycho-généalogie..je ne connais pas ! peux-tu m'en dire plus. merci !

    Posté par brigou, 06 avril 2008 à 18:59
  • erreur de frappe ..désolée.. "MEME si cette dernière est douloureuse".. !

    Posté par brigou, 06 avril 2008 à 19:01
  • L'amour...

    ...reste le plus fort, et ce mariage de partage est le symbole de la puissance de l'amour, c'est super émouvant: et j'entends la petite fille qui parle en zozotant ou plutôt avec un cheveu sur la langue, toute les deux poussant un landau dans un parc (c'était une pub des années 80 en France) "- tu sais c'qui compte, c'est l'amour!" disait-elle à sa maman. Je suis sûre que c'est vrai à 95%!! L'amour est capable de tout, et il guérit beaucoup de choses. Beaux témoignages! Merci

    Posté par Magel, 06 avril 2008 à 19:13
  • Bonsoir Coumarine , j'avais une jeune collègue qui un jour me demanda de l'accompagner pour ouvrir son dossier d'adoption . Elle ne trouva que peu de détails sur les circonstances de sa naissance . Elle avait grandit en s'imaginant qu'elle était le fruit d'un viol , elle referma son dossier sans avoir pu chasser cette idée . Rongée par ces pensées , elle vit au rythme de ses crises de lupus . Tout l'amour et l'attention donnés par ses parents accueillants n'ont pu assez la rassurer . Sa soeur adoptée comme elle et toute aussi ignorante sur ses origines a pris la même maladie malgré qu'aucun lien de sang ne les lie . Et malgré que je pense qu'il faille laisser aux femmes la possibilité d'accoucher sous x , je pense que malgré leur douleur , elles devraient pouvoir laisser des traces de leur histoire pour que leurs enfants puissent comprendre et grandir le plus sereinement possible . Et le personnel accompagnant devrait être former à les y inviter , à leur faire comprendre le pourquoi de se raconter .
    Matinou

    Posté par Matinou, 06 avril 2008 à 22:41
  • A tous

    Je n'ai pas le courage ce soir de vous répondre à chacun
    Juste faire remarquer combien l'histoire de Danalia et celle que raconte Matinou sont en elles-mêmes éloquentes

    Brigou , en allant sur Google, tu trouveras beaucoup de bons sites qui t'expliquent en quoi consiste la psychogénéalogie..
    Cette science m'intéresse au plus haut point. il y a aussi de spécialistes en la matière...
    Je ne peux ni ne veux me lancer ici dans des explications qui ne sont pas vraiment de mon ressort...mais informe-toi si tu le souhaites, c'est passionnant!

    Posté par Coumarine, 06 avril 2008 à 22:58
  • beaujour COUM

    et oui !

    Posté par rsylvie, 07 avril 2008 à 07:43
  • Psychogénéalogie

    Alors je vais redire à la suite de Coumarine : Tout enfant, Toute personne a le Droit, a le Besoin fondamental de connaître ses origines, quelles quelles soient !

    Car il est difficile de bien se structurer et de bien établir son identité lorsqu'il y a des ombres, ou des confusions sur nos origines.
    Notre être profond perçoit qu'il n'y a pas adéquation entre ce qui nous est dit et la réalité, les interrogations sont là, souvent obscures, envahissantes (on imagine souvent pire que la réalité): qui suis-je ? quelle confiance on a en moi pour me cacher ce qui me concerne ?
    Tout le système établi par rapport au réel, et à la parole de ceux qui nous entourent peut en être alors ébranlé.

    L'histoire de la famille de Coumarine au regard de l'adoption est en cela exemplaire qu'elle nous montre bien le questionnement, la difficulté à se positionner parents adoptifs par rapport à la famille d'origine : quels mots placés sur "l'abandon", les difficultés de vie ?
    Quel que soit le motif, au départ de l'abandon il y a une douleur profonde. Né de la pauvreté, de la trop grande jeunesse, du viol, de la guerre, de la drogue, du handicap physique ou mental....l'enfant a besoin de comprendre quelque chose dans tout ça, et surtout d'assimiler qu'au delà de tout ça, il a dû être abandonné pour ne pas mourir, et pouvoir grandir dans un autre terreau, entouré par d'autres gens aimants, et (comme nous l'espèrons tous) se saisir de cette chance de résilience (concept cher à Boris Cyrulnik).
    Bien sûr, très très rares sont les familles adoptives qui peuvent fêter le mariage de leur enfant avec sa famille d'origine. C'est un sacré message d'espoir !
    Merci Coumarine pour ce témoignage fort !

    J'ai énormément réfléchi à toutes ces questions sur l'adoption depuis très longtemps. Tout d'abord dans ma première vie professionnelle ou durant 12 ans, en tant qu'assistante sociale, j'ai dû effectuer une quinzaine d'enquêtes sociales afin d'essayer de déterminer si des couples étaient en mesure ou pas d'être considérés aptes à adopter, puis ensuite d'aider ses personnes là à accueillir l'enfant lorsqu'il arrive.
    J'ai aussi suivi des histoires d'adoption qui avaient "mal tourné", et pour lesquelles la co-adoption n'arrivait pas à se vivre (car il faut que les parents adoptent l'enfant, mais aussi que l'enfant adopte sa nouvelle famille, son nouveau milieu).
    Et enfin, aujourd'hui, en qualité de psychothérapeute, je continue à travailler ça avec des perosnnes en demande.

    Pour en finir, comme la psychogénéalogie est une de mes spécialités, je vais essayer de répondre à la question de Brigou (comme j'essaie de le faire dans mon cabinet).
    La psychogénéalogie est fondée au départ par les études de la psychanalyste Anne Ancelin Schutzenberger («son» livre de référence à ce sujet «Aïe, mes aïeux !»).
    De nombreuses personnes ont, depuis lors, travaillé à étoffer cette technique de prise en compte de l'humain et de ses transmissions, conscientes ou inconscientes.

    L'outil "généalogie" devient un support de projection psychologique et de réappropriation pour la personne de ce qu'elle porte comme valeurs ou comme poids venant de ses clans familiaux.
    Le terreau de nos racines est riche en truchements invisibles qui nous conditionnent encore aujourd'hui dans nos réactions, nos choix de vie (en matière d'orientation professionnelle ou de vie affective), nos somatisations.

    Ce travail personnel permet de redonner à l'individu plus de cohérence dans la vision de sa famille, de remettre dans son contexte les évènements vécus par les siens, de prendre de la distance par rapport à certains faits ou croyances, de pouvoir aborder non-dits et secrets de famille qui enferment et étouffent, de choisir plus en conscience à quoi il est fidèle dans tout ça, d'essayer de se libérer de ce qu'il porte sans l'avoir voulu et donc de sortir des répétitions douloureuses.

    Posté par Tisseuse, 07 avril 2008 à 09:02
  • Dans ta famille on adopte de mère en fille, c'est pas banal ça! On souhaitant pour ta fille que ce ne soit pas un problème de santé qui lui a fait suivre ta voie.

    Posté par mab, 07 avril 2008 à 09:08
  • L'histoire de tes filles me touche particulièrement, bien sûr.
    C'est merveilleux pour elles qu'elles aient réussi à trouver un équilibre (je ne sais pas pour la Belgique, mais la dernière fois que j'ai tapé "adoption" sur google ça m'a fait fondre en larmes tellement c'est le parcours du combattant en France... et encore pendant des années j'ai pas voulu en entendre parler... enfin je ne m'étends pas, ça mériterait un billet tout ça !).

    Bonne semaine à tes enfants et à toi.

    Posté par Ponine, 07 avril 2008 à 09:39
  • sylvie...je sais que tu comprends, on en a parlé déjà...

    mab OUI ma fille a adopté pour des problèmes de santé...j'en parlerai brièvement

    Tisseuse MERCI, j'en fais un nouveau billet...

    Ponine...hélas en Belgique aussi, c'est le parcours du combattant...
    c'est dur hein!

    Posté par Coumarine, 07 avril 2008 à 12:25
  • l'exception

    vous etes l'exception qui confirme la regle du silence, de l'enfant voulu comme un objet qu'on a parfois payé, un enfant n'appartient jamais a personne ni a ses parents et encore moins a ses parents adoptifs, il appartient a la vie...

    Posté par courdesmiracles, 30 mai 2008 à 17:58
  • merveille

    COUMARINE? QUEL JOLI MOT!!!
    Mardi 27/1/02009
    Je vous ai entendue hier à Tout Autre Chose.Cadeau!!!
    Je vais moi aussi me mettre à écrire un blog que je voudrais intituler" Sourires à la Vie"
    comme notre organisme d'adoption qui était Sourires d' enfants...
    Je n'ai pas encore bien compris comment çà fonctionne mais je vais trouver seule ou en demandant à un(e) bloggeur(euse) parmi les pros de mon cours de Word.

    FANNY Dautrebande de HUY oui oui...

    Posté par fanny, 27 janvier 2009 à 14:00

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