Le sac de billes (à la manière de Coumarine, pas de Joffo!) - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

17 mars 2008

Le sac de billes (à la manière de Coumarine, pas de Joffo!)

Les enfants adorent se faufiler en cachette dans le grand salon interdit, sauf aux invités. Le salon les connaît et les reconnaît. Le salon fait semblant d'être sévère, avec ses potiches chinoises, ses tableaux de nature trop morte, ses fauteuils froidement inoccupés, mais faut pas croire, il aime ces enfants. Il les accueille avec gravité, non pas sur le canapé trois places, réservé aux invités qui ne viennent jamais, mais à quatre pattes sur le moelleux tapis de faux orient.

Silence, ne pas déranger: ici, on joue aux billes...

billes_006Le sac de billes est gonflé de dizaines de petites billes en verre transparent, étoilées de toutes les couleurs. Il y a aussi les billes opaques, piquetées dans un désordre savant de petits points rouges ou bleus. Surtout bleus. Alors bien sûr il y a les grosses billes, celles qui sont serrées précieusement dans un petit sac à part. Ces billes, ce sont des cartaches...(ne cherchez pas dans votre dico...c'est un belgicisme, mais comme je l'aime ce mot!). Elles ont été gagnées de haute compétition à la cour de récréation par le petit garçon devenu Maître es cartaches! C'est comme je vous le dis!

Dans ce salon silencieux et austère, le Maître es cartaches accepte de jouer aux billes avec une fille, sa sœur. Mais qu'elle ne s'avise pas de lui « tiquer » une cartache, mal lui en prendrait ! Il est évident que c'est lui le joueur de billes, sa sœur n'est que son faire-valoir, sa compagne de jeu obligée.

Les billes sont lancées adroitement à tour de rôle par les deux enfants. La position des doigts (pouce et index) et du poing (bien serré sur l'effort) est capitale et détermine la précision de l'attaque, la rigueur du lancer. Le pouce et l'index savent le geste juste, celui qui soudain éjectera vigoureusement la bille. Ou très doucement quand il faut arriver à un point précis et bien calculé. Il s'agit bien sûr de toucher le plus possible de billes de l'adversaire, de les faire valser à l'autre bout de la pièce... Une bille touchée est une bille gagnée (même les cartaches héhé...)

La fille ne se débrouille pas si mal pour une fille. D'ailleurs, faut voir, elle a l'ongle de son pouce droit tout déformé, creusé par les efforts de propulsion des billes. Bille après bille de métal ou de verre, ça finit par marquer un pouce...

Les parties se font acharnées...la fille a son malin plaisir à tiquer les précieuses cartaches de son frère, qui se fâche, s'irrite et jure ses grands dieux que plus jamais il ne jouera avec une fille surtout celle-là de fille, qui lui pique ses cartaches...
Et quand il jure...les ancêtres sur les tableaux opinent du bonnet, les ancêtres sont tous des hommes moustachus, entre hommes on se comprend, on se soutient! Non mais des fois!

La petite fille n'en a cure et le soir dans son lit, elle cache en dessous de son oreiller son sac de billes où dorment ses précieuses cartaches.

Elle sait bien qu'elle est une Maîtresse es cartaches... Mais chhuuut il ne faut rien dire, tout le monde croit qu'elle joue à la poupée...


Commentaires

    J’aime beaucoup ce texte Coum, il me replonge dans mon enfance.

    Posté par NarB, 17 mars 2008 à 11:25
  • Si je comprends bien tu jouais "à la tiquette" !
    A la compagne où j'allais en vacances on y jouait aussi et aussi avec les filles !
    et ta cartache c'était "le calot" mais il y avait aussi le "bison" et le "mammouth" !

    Mais les mecs, les vrais, les pro !! ça jouait au "choulet"...
    Avec paris à la clé !
    Un truc pas pour les filles !!!

    Posté par alainx, 17 mars 2008 à 11:43
  • Ouiii !
    Dans ma région d'origine, on appelait cet endroit "la pièce de devant". On ne l'utilisait qu'aux grandes occasions. Une des façons d'en bénéficier, c'était de mourir !
    C'était glacial, solennel et vieillot.

    Quant aux billes, doué comme je l'étais, même les filles me les chopaient, c'est dire...

    Posté par Walrus, 17 mars 2008 à 13:04
  • NarB...)

    Alainx...tous les mots que tu me donnes ici, je ne les connais pas...on ne les utilisait pas dans le BXL du temps de mon enfance
    Je suis allée voir la signification du "choulet": j'ai cru voie en effet que c'était un jeu violent...pour les mecs quoi!

    Walrus.............oui!!!!!! c'était la "pièce de devant" mince je ne me souvenais plus qu'on l'appelait comme ça...
    Et en effet, on y avait droit quand on était mort...merci de me rappeler cela!!!!!c'est trop!

    Posté par Coumarine, 17 mars 2008 à 13:47
  • Je me souviens d'avoir rendu visite, enfant, à un aïeul mort, installé dans une pièce de devant absolument glaciale ( dans mon souvenir) avec la moitié du corps dans la cheminée parce que paraît-il, à cause de sa maladie, même mort, il dégageait des "gaz".De quoi, me dégoûter pour toujours des pièces de devant!

    Bonne journée quand même, Coum !

    Posté par catherine, 17 mars 2008 à 14:33
  • oh j'ai bien envie de ressortir le sac de billes, avec les calots en acier au bruit inimitable.

    Posté par mab, 17 mars 2008 à 14:44
  • beaujour COUM.

    et m'dame,,,, j'peux faire une partie avec vous ?
    quelle régale de te lire.

    (un grand merci pour l'indulgence accordée à mon absence de com. ces temps ci. beaucoup prise, lettre, pétition, peinture... mais voilà, tout est mis en place,
    d'ailleurs une p'tite signature dans l'61 serait... serait bien !)
    et bonne semaine à toi aussi.
    affectueusement rsylvie
    bisous

    Posté par rsylvie, 17 mars 2008 à 16:19
  • @Catherine...ouuulalaaaaaaa
    c'est pas bien...mais j'ai ri en te lisant...

    @mab...et pourquoi pas donc... j'ai aussi ressorti mes billes pour les photographier seulement...

    @sylvie...pas de souci...je viendrai ...

    Posté par Coumarine, 17 mars 2008 à 16:55
  • les billes

    sont toujours à la mode,
    chaque année dans les cours de récréations

    Posté par laparhasard, 17 mars 2008 à 19:37
  • J'aime beaucoup ce récit à la fois tendre et malicieux.
    Moi aussi, je jouais aux billes .

    Posté par Val, 17 mars 2008 à 20:43
  • Voilà une petite fille qui, par sa discrétion, ira longtemps "billes en tête!"
    Petite question d'un mec pas futé en informatique. Je suis passé sur les sites indiqués par ton blog mais je n'ai pas trouvé comment obtenir ton livre!
    Un coup de main (où un coup de pied si la question est trop bête!) pour le commander! Merci.
    Amitiés.

    Posté par Papa de Lili, 17 mars 2008 à 20:46
  • @laparhasard, je crois que c'est un jeu éternel...

    @val...merci val..ainsi donc toi aussi tu jouais aux billes, donc c'est vrai que c'est un jeu toujours à la mode...

    @papa de Lili...
    Je sais que mon livres n'est pas encore mentionné sur le site de Couleurs livres...
    Demain je téléphone à l'éditeur et je donnerai les renseignements précis pour se le procurer.
    Merci de vous en inquiéter

    Posté par Coumarine, 17 mars 2008 à 22:42
  • Bonsoir Coumarine , une bien jolie histoire et soudain pleins de souvenirs billesques qui reviennent , du livre de Joffo qui m'avait tant ému adolescente , aux parties effrénées dans la cour de récréation , et meme un accident de billes qui coutat deux dents à mon premier tit amoureux .... promis ... je n'y étais pour rien .
    à bientôt
    Matinou

    Posté par Matinou, 17 mars 2008 à 23:33
  • On dit ça Matinou...on dit ça...
    (sourire)
    ...

    Posté par Coumarine, 17 mars 2008 à 23:39
  • En vaudois, tes cartaches, ce sont des "nius" (ou "gnus)…

    Posté par Vertumne, 18 mars 2008 à 09:18
  • très amusante coïncidence : ma fille de presque 9 ans est partie ce matin en emmenant à l'école des billes dans ses poches !
    "on fait des tournois m'a-t-elle dit !"

    et moi qui n'ai pas connu de mode "billes" à mon époque

    Posté par Tisseuse, 18 mars 2008 à 11:39
  • @Vertumne...c'est amusant le patois de chaque région, nous ne sommes pas si éloignés que cela géographiquement, et nous avons nos mots propres!

    @Tisseuse...et...a-t-elle tiqué des cartaches???

    Posté par Coumarine, 18 mars 2008 à 16:54
  • J'ai adoré ton histoire...qui pouvait-être cette fille effrontée, osant défier un GARÇON ?...
    Les billes opaques nous les appelions : Œil de bœuf, les grosses, des calots...
    Que de souvenirs et de poches percées...

    Posté par Maky, 18 mars 2008 à 17:28
  • Mon fils a détourné le jeu des billes. Il y joue comme aux circuits de "domino". Sur une base commerciale faite de tubes, agrémentée de rigoles en carton, il construit des parcours de billes qui tournent, sillonnent, se croisent, tournent et tourbillonnent dans les entonnoirs,..., pour attérir finalement dans nos pieds
    Bonne soirée
    Fanfanc26

    Posté par fanfanc26, 18 mars 2008 à 21:07
  • Maky...devine qui est cette enfant???
    (contente que tu aimes mon histoire...)

    fanfan...les enfants sont les rois de l'imaginaire...c'est super!

    Posté par Coumarine, 18 mars 2008 à 21:55
  • Billes ou armes ?

    Dans ma province de Picardie nous jouions dans la cour de l'école avec différentes billes (que mes parents vendaient...) dont les grosses, de métal ou de verre, étaient appelées 'biscayens' ou cailles. Je crois avoir lu quelque part que ce terme viendrait des boulets de canon de la Biscaye espagnole, autrefois réputée pour son fer. Donc le mot serait issu des guerres de Charles-Quint. Il faudrait voir si les cartaches viennent aussi des guerres d'antan. Et heureusement que tous ces jeux se propagent encore dans les cours de récréation !

    Posté par voirdit, 19 mars 2008 à 17:23
  • Quel joli texte!

    Je me souviens qu'un jour mon fils qui devait avoir 7/8 ans jouait avec des billes et comme nous étions en travaux, il avait récupéré des chutes de gaines de fils électriques (tuyaux en plastique)et faisait des circuits (un peu comme le fils de Fanfan) mais il soufflait dedans comme dans une sarbacane et comme le cicuit était assez long il fallait prendre une grande inspiration pour arriver à faire sortir la bille à l'autre bout.
    ...ben oui, vous avez sûrement deviné...
    - regarde maman... et avant que je n'ai eu le temps de dire quoi que ce soit, il a inspiré tellement fort qu'il s'est étranglé avec la bille...pffft, heureusement j'étais là ))))
    Souvenir...

    Posté par Myrtille, 20 mars 2008 à 10:44
  • Vive les maîtresses es cartaches !
    Quoi de plus ennuyeux que le jeu social des hommes entre eux...
    Cela me rappelle d'ailleurs comme l'on était un "déconsidéré" lorsque l'on jouait aux billes avec une fille...
    Il paraît pourtant que c'était au vingtième siècle

    Posté par D&D, 26 mars 2008 à 12:49
  • Merci Voirdit pour ces "détails" de vocabulaire régionel, toujours passionnants!

    Myrtille...oups quel souvenir tu racontes là!!

    D&D..;comme tu dis au vingtième siècle! Il y a encore des progrès à faire...)

    Posté par Coumarine, 26 mars 2008 à 14:37
  • Sympa ton histoire.
    Ça me replonge 35 ans en arrière à Bruxelles.
    J'ai toujours ma collection de billes, des centaines. J'avais commencé à quelques billes seulement.
    Il y avait les cartaches mais aussi les normales, les skeeters, les chinoises, les terres-cuites, les plombs.
    Dans mon école, on jouait "cigare", "poursuite" ou "qui tente sa chance".
    On tiquait les billes. On jouait les billes entre l'ongle du pouce et l'index ou on faisait une pisette, entre le côté mou du pouce et l'index.
    Que de souvenirs!

    Posté par Vincent, 04 février 2012 à 05:29
  • Moi aussi je jouais aux billes, jadis à Lille.
    On appelait ça les "mapes" pour celles en terre, les agates pour celles en verre et les choulets pour les grosses en métal. On jouait comme vous en coinçant la bille dans l'index plié et en la propulsant avec l'ongle du pouce. C'était "patte" quand on était à une distance égale à l'écartement pouce-index et "tiquette" quand on tiquait.
    Mes filles ont joué aussi, 30 ans plus tard, mais les règles et la méthode pour envoyer les billes étaient différentes.

    Un bien joli texte que le votre. Nous aussi on disait la pièce de devant et le salon pour celle d'avant, mais tout était ouvert donc on y allait, mais chez ma grand mère, c'était comme chez vous, fermé, jamais on avait le droit d'y mettre les pieds, et elle n'a servi que quand mon grand-père est mort.

    La nostalgie m'envahit.

    Posté par Jean-Luc, 15 mars 2017 à 16:42

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