Poésie libre (suite) - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

14 février 2008

Poésie libre (suite)

Juste un petit mot d'explication sur ma façon de voir la poésie libre

La poésie libre n'est pas une poésie échevelée, une poésie sauvage et sans soin qui jaillit d'un simple premier jet...
La poésie libre pour moi est celle qui se différencie de la poésie classique, parce il n'y a ni rimes, ni souvent assonances, et surtout elle ne compte pas de vers réguliers
(Tout le monde sait que le comptage des pieds est quelque chose de très strict en poésie classique, avec alternance obligatoire des rimes masculines et féminines, contraintes peu respectées en général par les poètes amateurs...il faut être un grand poète pour faire des vers qui ne soient pas de mirlitons...)

La poésie libre est libre de ces contraintes là, mais sûrement pas négligée pour autant...le travail portant essentiellement sur la musicalité des mots et des phrases. Cette poésir là est exigeante, elle demande une oreille affutée

Après avoir écrit quelques phrases en premier jet, je relis, une fois, deux fois, TOUT HAUT et les mots se mettent à résonner à mes oreilles. C'est alors que je "travaille " et pétrit cette pate encore informe de la première inspiration

OUi, comme pour me textes littéraires en prose, je cisèle mes textes poétiques...je rectifie surtout leur musicalité/ Jamais je ne me contente du premier jet, jamais...

Cette poésie-ci, m'a demandé cinq minutes de premier jet et une heure de travail par après... Cela m'ennuie un peu de parler de travail, parce que j'y mets toute mon âme

On n'a rien sans rien!

 


Le soleil ce matin
A perdu le Nord
Il a  oublié
Au dessus des nuages
Son paquet de ciel bleu.
S’est habillé de gris
S’est habillé d’orage…
Le soleil ce matin
A perdu la foi.

Le soleil ce midi
En troubadour indocile
Danse sur les trottoirs pressés
Gifle un moment
Les murs gris de la ville
Et se meurt en voleur
Dans un jardin désert.
Le soleil ce midi
S’enivre de son feu

Le soleil ce soir
Déserte l’univers
Effiloche lentement
Ses lamelles de lumières.
Les rouges serpentins
Ondulent à l’horizon.
Abasourdi de silence
Le soleil ce soir
Frissonne et tremble.

Et la lune s’émerveille
De se baigner nue
Seule survivante
Dans son cocon d’argent
Et la lune rit
Comme une femme
De se voir si belle
Dans le miroir

D’un ciel opalin.


Commentaires

  • Hello

    On dirait du Verlaine en moins bien. Nous vivons au 21ème siècle mais bon pourquoi pas faire du style à l'ancienne...

    Posté par Mr. Burns, 14 février 2008 à 10:51
  • Ben moi, ça répond pas à ma question !!...
    sur la notion de "contraintes"... (et pas sur le concept de travail ! on peut travailler longuement un texte, ça lui donne pas de garantie de "beauté" poétique ou littéraire....).

    Et là, le texte que tu donnes, qu'est-ce qui en fait une "poésie libre" ? La disposition en plusieurs retours de lignes pour une seule phrase ?

    si on présente différemment, on a une sorte de prose poétique... qui n'est pas de la poésie... si ?

    Est-ce que justement la musicalité que tu évoques n'est pas plus "intéressante" dans la contrainte de la versification, ou dans le merveilleux balancé de l'alexandrin... ?

    Finalement le concept de "poésie libre" n'est-il pas un oxymoron ?

    (c'est pas des critiques hein ! Juste pour comprendre... mais c'est peut-être un débat vain...)

    Posté par alainx, 14 février 2008 à 11:24
  • Le soleil ce matin a perdu le Nord
    Il a oublié au dessus des nuages son paquet de ciel bleu.
    S’est habillé de gris, s’est habillé d’orage…
    Le soleil ce matin a perdu la foi.

    Le soleil ce midi en troubadour indocile
    Danse sur les trottoirs pressés
    Gifle un moment les murs gris de la ville
    Et se meurt en voleur dans un jardin désert.
    Le soleil ce midi s’enivre de son feu

    Le soleil ce soir déserte l’univers
    Effiloche lentement ses lamelles de lumières.
    Les rouges serpentins ondulent à l’horizon.
    Abasourdi de silence, le soleil ce soir
    Frissonne et tremble.

    Et la lune s’émerveille de se baigner nue
    Seule survivante dans son cocon d’argent
    Et la lune rit comme une femme
    De se voir si belle dans le miroir
    D’un ciel opalin.

    Alain...la poésie libre n'a de contrainte que celle de la musicalité.
    Je peux en effet ordonner ce poème d'une autre façon, en ce sens il est libre. Je pourrais l'ordonner aussi comme un texte de prose poétique
    Pas de contrainte de rimes, pas de contraintes de nombre de pieds à respecter
    Je ne dénigre en aucune façon la poésie classique, ni le "merveilleux balancé de l'alexandrin"
    Mais je prétends qu'il faut être un Baudelaire (ou tout autre grand poète) pour prétendre faire des alexandrins...
    Respecter le nombre des pieds est une contrainte rigoureuse, et il faut beaucoup de talent pour que les rimes n'apparaissent pas artificielles, choisies pour faire la rime et pas pour le sens avant tout
    Je ne prétends pas être grand poète..juste quelqu'un qui aime les mots et surtout leur musicalité...

    Posté par Coumarine, 14 février 2008 à 11:38
  • Le soleil ce matin a perdu le Nord
    Il a oublié au dessus des nuages son paquet de ciel bleu.
    S’est habillé de gris, s’est habillé d’orage…
    Le soleil ce matin a perdu la foi.

    Le soleil ce midi en troubadour indocile, danse sur les trottoirs pressés
    Gifle un moment les murs gris de la ville et se meurt en voleur dans un jardin désert.
    Le soleil ce midi s’enivre de son feu

    Le soleil ce soir déserte l’univers, effiloche lentement ses lamelles de lumières.
    Les rouges serpentins ondulent à l’horizon.
    Abasourdi de silence, le soleil ce soir frissonne et tremble.

    Et la lune s’émerveille de se baigner nue, seule survivante dans son cocon d’argent
    Et la lune rit comme une femme de se voir si belle dans le miroir d’un ciel opalin.

    Voilà encore un autre façon de présenter ces "vers"...cela devient alors de la prose poétique

    Posté par Coumarine, 14 février 2008 à 11:41
  • tiens je suis bavarde ...ce sujet me passionne, bien sûr
    Alain la musicalité évidente de l'alexandrin est une chose
    La musicalité d'une poésie libre en est une autre...
    Ni plus "intéressante", ni moins
    C'est autre chose. Qui n'est pas à comparer en termes de plus ou moins grande valeur
    c'est là mon humble avis

    Posté par Coumarine, 14 février 2008 à 11:48
  • Musicalité et sensibilité et tout est dit.
    La poésie ne s’explique pas elle se vit, elle se ressent, c’est un partage d’émotion.

    Posté par Asterie/Bernard, 14 février 2008 à 12:00
  • Mais non ce n'est pas un débat vain. Ca m'intéresse aussi beaucoup (et ça me rajeunit o Les surréalistes, qui sont les champions de la poésie libre, maîtrisaient parfaitement la forme... Eluard, Aragon... Ils savaient parfaitement alexandriner.

    Ca tombe sous le sens qu'un premier jet est rapide (le premier vers est donné par les dieux, disait encore mon prof...) Mais qu'est-ce que ça implique comme travail, ensuite! C'est comme un tableau, un poème peut même être repris des années après...

    Verlaine a produit des poésies remarquables (pour moi, c'est le trio gagnant: Verlaine, Rimbaud, Baudelaire) mais il y a du déchet dans son oeuvre, oh oui... Cela présente un intérêt documentaire de lire le déchet, mais franchement, pffff...

    Or, son art poétique dit bien ce que devrait être la poésie "de la musique avant toute chose et pour cela préfère l'impair..." Prends l'éloquence et tords-lui son cou... Etc. Etc. Il avait fort à faire, puisqu'on sortait du Parnasse à ce moment là (et Lecomte de Lisle était le spécialiste des vers de mirliton o

    Quand même, un bon poète a souvent un rythme dans la tête, dans ton poème original, on trouve beaucoup de 6/7/8. 8 est un bon nombre de pieds, (c'est celui que je préférais), mais c'est aussi un nombre de pieds qu'on m'a fait remarquer comme étant "bon" (pour la musicalité) et l'avis venait d'une personne tout à fait compétente...

    Finalement, c'est consolant non de savoir que les grands hommes ont produit du déchet? Je mets n'importe qui au défi d'apprécier tout Hugo... Et pourtant, il y a des vers, par ci, par là, qui défient le temps est l'espace...

    "Demain dès l'aube à l'heure où blanchit la campagne..."

    Posté par Pivoine, 14 février 2008 à 12:15
  • Voilà un débat bien intéressant !
    Tu me permets de citer mon cher Octavio Paz qui propose une distinction qui me parle beaucoup ?
    « Le sonnet n’est pas un poème, mais une forme littéraire, sauf quand ce mécanisme rhétorique (strophes, mètre et rimes) a été touché par la poésie. Il y a des machines à faire des rimes, mais il n'y a pas de machines à faire de la poésie. Par ailleurs, il y a de la poésie sans poèmes : des paysages, des personnes et des faits peuvent être poétiques. Le poétique est de la poésie à l’état amorphe ; le poème est création, poésie dressée. C’est seulement dans le poème que la poésie s’isole et se révèle pleinement. Le poème n’est pas une forme littéraire mais le lieu de rencontre entre la poésie et l’homme. Il est un organisme verbal qui contient, suscite ou émet de la poésie. La forme et la substance sont la même chose. »
    Si l’on accepte cette distinction, la question de la forme (classique ou libre) devient assez vaine. La poésie est de l'ordre de la fulgurance : elle éblouit tout sur son passage. D’ailleurs, pour être coquin jusqu'au bout, je dirais que, pour moi, ton texte est touché par la poésie dans un... alexandrin (eh oui ! bon, tu l’as coupé en deux, mais c’est comme les vers (de terre), ça se reforme facilement dans la bouche (je parle des alexandrins) : « et se meurt en voleur dans un jardin désert »).
    Moi, l’alexandrin me fascine. Plus je retravaille mes poèmes, plus je m’en rapproche, instinctivement, comme si ma voix voulait se lover dans ce rythme qui sait dire l’essentiel dans notre langue (il l'a prouvé au fil des siècles).
    Ecrire en alexandrins, c'est certes courir le risque de faire son mirliton (mais on le fait aussi en vers libres, sauf que ça s'entend moins), mais c’est surtout pour moi une forme de modestie, une façon d’écrire a mezzo voce, de laisser la langue française battre toute seule comme une grande dans ma petite voix.

    Posté par Franck, 14 février 2008 à 14:17
  • Il faut certainement être très "libre" avec les mots et être capable des associations les plus folles, pour écrire de la poésie, car la poésie ne doit-elle pas s'évader hors des sentiers battus, plus encore que la prose...?

    Posté par gballand, 14 février 2008 à 19:19
  • franck...je reprends cent pour cent la citation de ton ami Octavio Paz:
    "« Le sonnet n’est pas un poème, mais une forme littéraire, sauf quand ce mécanisme rhétorique (strophes, mètre et rimes) a été touché par la poésie. Il y a des machines à faire des rimes, mais il n'y a pas de machines à faire de la poésie"

    c'est exactement ce que je pense...merci!

    bernard...musicalité et sensibilité...et tout est dit...oui! je te rejoins!

    Pivoine...c'est rigolo mais très vrai...de grands poètes ont pu être nuls parfois! (le grand Victor!!!)

    gballand...l'art de faire des associations un peu "folles"...et qu'elles le soient sans virer au vulgaire, (dans le sens étymologique...)est en effet un art difficile

    Posté par Coumarine, 14 février 2008 à 21:33
  • je suis passé pour te lire et te saluer.

    Posté par TJ, 14 février 2008 à 22:10
  • merci TJ...merci

    Posté par Coumarine, 14 février 2008 à 22:31
  • je suis un peu perdue dans ce débat... car pour moi la poésie est libre par essence (même si je sais bien que sa forme classique doit respecter de lourdes contraintes)... pour moi la poésie habille un texte quand il en devient léger... je dois pas avoir la bonne définition

    Posté par Le Chat, 15 février 2008 à 10:06
  • beaujour COUM

    je passe en espérant laisser une trace cette fois,,,, car je crois que mon ordi s'est refusé à traduire mes pensées ces jours ci !

    et de la poésie....
    c'est merveilleux
    c'est magique.
    cela fait du bien aux yeux
    cela fait du bien tout simplement.
    en plus les coms. aident à la comprehension de la technique (meme si cela se complique qq fois!!!)
    merci coum. et tous les autres
    c'est une belle page que tu nous as écrite aujourd'hui.
    oui, bien jolie.

    bonne journée
    affectueusement
    rsylvie

    Posté par rsylvie, 15 février 2008 à 10:43
  • à mon sens, pour etre définie comme poétique, l'écriture doit éveiller la sensibilité du lecteur, elle doit être musicale sans être monotone, elle se doit audacieuse et non sirupeuse. le coté poétique peut se retrouver dans l'image mentale suscitée par la lecture des mots, dans la rythmique des syllabes, des sonorités, des juxtapositions. un vers peut être beaucoup plus jpoétique en onze syllabes qu'en douze, si pour arriver à ce douze il a fallu en modifier toute la magie

    Posté par chrysalide, 15 février 2008 à 19:33
  • Exactement !

    Merci ! La poésie libre ne signifie pas n'importe quoi, bien sûr. Ce qui est intéressant, c'est que cette précision, j'imagine vous, l'adressez surtout aux lecteurs de poésie libre...or moi, j'ai fait la connaissance récemment d'un drôle de "poète" qui écrivait de la poésie libre, plutôt pas mal d'ailleurs...et qui m'a littéralement sauté à la gorge quand j'ai laissé échapper le mot "technique".

    "Pas du tout ! C'est un feeling, rien à voir.
    - Ah bon ? Alors les vers c'est quoi pour toi ? Un feeling, aussi ?"

    Il a failli me frapper (virtuellement). Amusant, vraiment, comme certains même parmi les auteurs semblent considérer que la poésie libre est une espèce de grand espace vide où on ferait n'importe quoi et où quand par hasard on tomberait sur quelque chose de réussi...ce serait uniquement dû à une espèce de magie de l'inspiration bizarre, et pas du tout à un travail comportant une réflexion structurelle et technique. Sans doute croient-il que quand Bukowski (pour prendre un exemple facile à analyser) écrit :

    "he shoved me down
    again"

    ...en changeant de vers après "down" ...c'est une pure coïncidence (sans doute qu'il était arrivé au bout de la ligne sur son bloc-note, bien sûr bien sûr...).

    Posté par Thom, 15 février 2008 à 21:39
  • mais si LE Chat...tu as ta définition, et j'y adhère...la poésie rend "léger"

    sylvie...il y a mon billet et aussi les commentaires de chacun qui chaque fois en effet, ajoutent en effet énormément...

    chrysalide...j'aime ÉNORMÉMENT la définition que tu nous donnes de la poésie...merci!

    Bonjour Thom, bienvenue ici
    Ben oui, tu rappelles quelque chose d'important que les poètes disons amateurs préfèrent oublier...c'est qu'un texte se construit, se travaille, se cisèle, qu'il soit poétique ou en prose
    On préfère croire qu'il s'agit uniquement de talent, et qu'il tombe du ciel

    Posté par Coumarine, 15 février 2008 à 22:08
  • Il y a encore du monde ici ?
    J'aimerais juste savoir si ce poème fait part du voyage. Pour moi oui, mais je ne suis en rien sur de ce que je dit, et étant donné que j'ai l'auteur devant moi, je préfère demander.
    Au plaisir.

    Posté par Shealia, 13 avril 2016 à 16:59
  • merci beaucoup mais je veux le définition de la poésie libre

    Posté par walid, 17 février 2017 à 00:03

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