Pour quelques euros - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

24 octobre 2007

Pour quelques euros

Je vous remets un petit texte publié ici il y a déjà quelque temps...
Je mets un peu d'ordre dans mes souvenirs écrits sur ce blog depuis trois ans. Et ce texte m'a soudain très fort parlé, peut-être encore plus que quand je l'ai écrit, c'est bizarre...


J'ai toujours connu ce fin bijou que Maman portait au cou. Je ne sais pas d'où il venait… Etait-ce un cadeau de mon père? Un héritage de sa mère?

Difficile de le décrire. La chaînette, très fine,  faisait corps avec le bijou. Souvent d'ailleurs, entraîné par le poids, celui-ci pendouillait à droite, à gauche, rarement à sa place, c’est-à-dire au milieu, de manière équilibrée.

Ce bijou avait-il de la  valeur, je ne me suis jamais posé la question; ma seule évidence, c'est de l'avoir vu au cou de maman durant toutes ces années de mon enfance. Il faisait corps avec elle, et quand elle se penchait sur moi pour me border ou me menacer, mes yeux l’accrochaient d’abord, inévitablement.

Je n'avais pas avec ma mère des rapports très tendres, j'en suis la première désolée, mais c'est comme ça.

Un jour maman a cessé de le porter, franchement je ne sais pas pourquoi. Un jour, elle a dû oublier de le mettre (ou de le remettre)  et la chaînette s'est perdue parmi d'autres breloques au fond d'une boite à bijoux qui ressemblaient à tout, sauf à des bijoux.

Je suis tombée un jour sur cette boite à cacaille (pas s'inquiéter, c'est un belgicisme) interloquée d'y découvrir un amas informe de "trésors", tous en toc, en tic, en tac, bref en verroterie multi couleurs...C'est alors que j'ai aperçu  la chaînette couchée dans une petite boite qui se la jouait précieuse. Je me suis dit que puisque j'étais la seule fille de ma mère, ce petit pendentif me reviendrait, mais pourquoi pas dès maintenant? suffisait de le piquer sans rien dire...maman n'y pensait plus depuis des années, l'avait sûrement oublié !

Aussitôt dit, aussitôt fait, je pique l'objet. Mais je n'avais pas prévu qu'il me brûlerait les doigts, qu'il me brûlerait le cou. Impossible de porter ce truc: j'allais me mettre à ressembler à ma mère, avec son étroitesse d'esprit, son manque de chaleur, ses revendications perpétuelles. Impossible...

Alors...au lieu de le remettre à sa place, ni vu ni connu, en attendant des jours meilleurs, des jours qui sait, de tendresse et de pardon... (là, tenez-vous bien, c'est ma deuxième mauvaise action...) j'ai vendu la chaînette un jour à une brocante!  (vide grenier, je crois  pour vous Français...)

Pour trois fois rien: l'équivalent de 40 euros.

Dites-moi : quelles sont les filles qui se débarrassent aussi cavalièrement et pour quelques euros d'un bijou que leur mère a porté jour après jour pendant des années? hein? franchement?

Quand j’y pense aujourd'hui, des années après, je regrette. Mais je ne sais pas exactement dire pourquoi je  regrette. Pas par excès de scrupules, du moins je ne crois pas. Il me semblait si évident que je ne porterais jamais ce bijou qui s’était entaché à mes yeux de tous les manques d'amour dont j’avais souffert…

Oui je regrette, mais hélas, il est trop tard, le pendentif s’est perdu dans le fouillis d’une brocante de quartier…

Qu'ai-je fait de ces quarante euros d'ailleurs? dans quelle fumée se sont-ils évanouis?

Un achat, genre pull ou souliers, ou billets pour un spectacle n'a certainement pas racheté quoi que ce soit d'une enfance un peu (beaucoup) triste et terne...

Non je regrette parce que il me manque un chaînon du passé : j’ai condamné, jugé plus souvent qu’à mon tour, aujourd’hui j’aimerais comprendre…et peut-être que dans cet objet minuscule qui a respiré si longtemps au rythme des battements de cœur de cette femme qui était ma mère, se trouve un ou des secrets qui m’échappent encore…


Commentaires

    Comment " jeter " sa mère et ses souvenirs d'enfance ternes en se débarrassant de ce qui la symbolisait au premier regard au sens propre du terme ?
    Comment les vendre pour acheter du neuf, du qui fait plaisir, du qu'on a choisi ?

    Curieusement, j'ai gardé précieusement la boîte à cacaille ( il me plaît ton belgicisme ! ) de ma mère, elle n'est pas loin de moi, sur la commode, avec tout dedans, y compris la barette à foulard offert à la fête des mères l'année de mes sept ans...

    Posté par Aédia, 24 octobre 2007 à 12:20
  • Aedia...je crois que ton agrégateur est ultra rapide (le mien n'affiche pas encore ce nouveau billet)
    )

    j'aime beaucoup tes commentaires, si justes, qui font chaque fois "choc" en moi et m'oblient à réfléchir (j'aime ça... en fait)
    merci pour ton amitié fidèle

    Posté par Coumarine, 24 octobre 2007 à 12:28
  • Qu'est-ce donc là, ma belle ?
    Que faites-vous de ceux qui, comme moi, ont passionnément lu tout votre blog, de la photo de la grand-mère au pendentif de la mère ?
    Nom di diou !

    Posté par Walrus, 24 octobre 2007 à 15:13
  • Walrus...tu es un fidèle toi aussi?
    Un fidèle silencieux le plus souvent...
    merci!
    Je ne peux pas nier que cela fait plaisir!

    Posté par Coumarine, 24 octobre 2007 à 15:48
  • On ne se débarrasse pas de sa mère comme d'une breloque, il faut du temps et parfois l'aide d'un spécialiste de l'âme, devenir grand mère aide à faire le ménage...

    Posté par heure-bleue, 24 octobre 2007 à 16:12
  • Ma mère m'a donné un jour une de ses bagues avec une belle pierre.. un peu trop voyante à mon goût (c'est pas mon genre !). L'idée m'est venue de la transformer. Je l'ai donc déposé chez le bijoutier et quand je suis revenue quelques jours plus tard, ce dernier m'a dit "désolé madame, mais la pierre s'est cassée en plusieurs morceaux, j'ai rien pu faire"... depuis j'espère toujours que ma mère ne me demandera pas ce qu'est devenue sa bague.

    Posté par brig, 24 octobre 2007 à 17:47
  • Ton billet me parle....
    Je n'ai rien gardé, je ne garderai rien ...Et pourtant j'ai pardonné depuis longtemps.
    Depuis, j'ai planté mes racines ailleurs, en des lieux d'adoption qui me parlent et me reconnaissent.

    Posté par kloelle, 24 octobre 2007 à 17:48
  • Je l'aime ton billet! Beaucoup!
    Il me parle à moi aussi.

    Moi c'est le contraire. Je n'ai rien récupéré. Rien! J'étais trop jeune pour avoir mon mot à dire sur le sort des effets personnels de ma mère.


    Je ne sais pas si j'ai pardonné ou pas. Je m'en moque. Pourtant, que j'aurai aimé posseder un truc qui lui appartenait! Que j'aurai aimé!

    Mais je ne sais pas vraiment pourquoi et dans quel but...

    Posté par val, 24 octobre 2007 à 19:58
  • Cacaille : un chouette belgicisme en effet !

    Voici :
    "Cacaille" (féminin)

    (Belgique) Objet sans valeur.
    Ex. : "Il t'a offert une cacaille pour ton anniversaire."

    (Belgique) Sans valeur, faux en parlant d'un objet prétendument ancien qui n’offre aucun caractère d’authenticité.
    Ex. : "Ta bague, ce n'est pas de l'or, c'est de la cacaille."

    Posté par nuages, 24 octobre 2007 à 20:26
  • heure-bleue..en fait, je n'ai jamais fait de thérapie..parfois je me dis que certains poids du passé, je ne les aurais pas trainés de la m^me façon si j'en avais fait une

    brig...oups...aie en effet, tu serais mal prise si ta mère te demandait des "comptes"
    dis donc et le bijoutier, il s'est contenté d'^tre désolé???

    kloelle, pardonner, je l'ai fait insensiblement au fil du temps (et je ne parle pas d'oublier, non pardonner...et j'ai moi aussi d'autre attaches, d'autres lieux de (re)construction...et heureusement!

    Posté par Coumarine, 24 octobre 2007 à 20:38
  • val...tu as perdu ta mère très jeune?
    si tu tiens à avoir un objet d'elle...tu ne peux pas demander à ceux qui se sont occupés des effets personnels de ta mère
    Je crois que c'est quand même important d'avoir un objet...j'ai la bague de fiançailles de ma mère...que je ne mets pas...mais je l'ai et c'est tout

    Posté par Coumarine, 24 octobre 2007 à 20:41
  • Jean Nuages...merci de spécifier la définition de ce belgicisme si savoureux...qui se comprend je crois sans problème rien que par la sonorité du mot...
    De même nos amis français parleront de vide grenier, là où nous parlons de brocante...
    Plus tous les autres belgicismes que j'utilise même sans le savoir...

    Posté par Coumarine, 24 octobre 2007 à 20:44
  • Oui, je me souviens aussi de ce billet. Et je me rappelle le désir violent qui me tenaillait d'oser moi aussi me séparer de ces souvenirs qui me brûlent les yeux et le coeur. Mais je n'ai pas osé. Pas encore.

    Posté par amaily, 24 octobre 2007 à 20:49
  • Oui, Coumarien, elle est partie quand j'avais dix ans.
    Mon papa a enlevé tous les objets. Aujourd'huis, il n'est plus là.

    Il reste des photos... mais pas d'objets tels qu'une alliance, un bijou, un châle...

    C'est comme ça!

    Mais... je le vis bien hein! C'est juste que ton billet me l'a fait constater.

    Je t'embrasse!

    Posté par val, 24 octobre 2007 à 21:49
  • - le bijoutier a fait le nécessaire ... pas de soucis !....

    Posté par brig, 25 octobre 2007 à 08:53
  • Mon garage est plein de brol avec des boites pleines de cacailles

    Posté par Bernard/Asterie, 25 octobre 2007 à 08:56
  • je me souviens l'avoir déjà lu . merci pour ce "rafraichissement" de mémoire.

    des grosses bises

    L_isa

    Posté par L_isa, 25 octobre 2007 à 13:20
  • beaujour Coum.

    et ben, et ben c'est poignant et tellement vrai ton histoire.
    dites donc t'étais une rebelle frisant la délinquance !!!
    mais non, COUM. juste une enfant qui ne comprenait pas et ne pouvait pas faire autrement !!!

    -une thérapie ?
    b0ff ! ça fait pas revenir les choses. ça aide à comprendre.
    seulement des fois c'est encore plus difficile quand on a mis des mots sur les maux...
    - un objet serait-il plus important que des sentiments ?
    quand je suis venue "accoster HOGUET", j'ai tout de suite entendu dire (dans les bruits de couloirs) "parait que si l'on retrouve au moins autant que ce que l'on a perdu, on n'a pas le sentiment d'avoir perdu !"
    alors, je crois qu'une tonne de bagues, breloques précieuses ou en toc, ne sauront remplacer les moments où elle venait te border ?
    -la positive attitude, tu te rappelles ?

    bisous COum, et merci de tes articles qui parlent,
    et nous entraîne vers une réflexion qui nous aide à devenir meilleur.
    affectueusement rsylvie

    Posté par rsylvie, 25 octobre 2007 à 14:15
  • J'ai fait pire...
    J'ai jeté par la fenêtre de ma voiture une bague que ma mère m'avait donnée.
    J'avais selon moi, à ce moment là bien précis , toutes les bonnes raisons, pour accomplir ce geste.Je ne l'ai pas,jamais, regretté et me suis dit que j'allais faire le bonheur de celui ou celle qui le ramasserait.

    Posté par Charlotte, 25 octobre 2007 à 18:41
  • amaily...je me demande ce qui est le plus audacieux: se séparer de ces objets, ou faire la paix avec eux...

    val, c'est tout pour perdre sa maman, non?
    l'essentiel c'est que tu le vives bien, comme tu le dis...

    brig...ouf, tu me rassures )

    bernard...pas se moquer du parler belge hein!!!

    Posté par Coumarine, 25 octobre 2007 à 22:31
  • bises aussi à toi, L'Isa (et comment va ce doigt blessé???)

    ah non rsylvie, je n'étais plus une enfant quand j'ai fait ma rebelle...je savais très bien ce que je faisais, aucune excuse!!!
    Sylvie, tu me dis quelque chose qui me met les larmes aux yeux:
    "et nous entraîne vers une réflexion qui nous aide à devenir meilleur"
    j'en reviens pas de ce que tu me dis là...c'est un vrai cadeau...j'espère que c'est un tout petit peu vrai

    Charlotte, ta rebellion à toi a été très forte...oups...jeter une bague de famille, qui je le devine ne devait pas être de la cacaille!!!

    Posté par Coumarine, 25 octobre 2007 à 22:36
  • Regardes bien le cou de ta meilleure ennemie...
    Peut-être le porte t-elle ?

    PS : Je comprends ce malaise

    Posté par Maky, 25 octobre 2007 à 23:04
  • merci Maky...

    Posté par Coumarine, 26 octobre 2007 à 00:01
  • Très émouvant ton billet et tout ce qu'il représente et toutes les interrogations qui resurgissent en moi à sa lecture par rapport à Ma mère. Merci.

    Posté par tanette, 26 octobre 2007 à 12:29
  • ah ce douloureux rapport à la mère... la mienne, me refile tout ce dont elle ne veut plus mais qu'elle ne veut pas jeter, ce n'est plus assez bien pour elle, mais ça devrait me convenir à moi,ben voyons. je ne les aime pas ces objets sns âme, qui ne véhiculent que la froideur maternelle, mais je n'arrive pas à les refuser, je n'arrive pas à les jeter, alors j'entasse, j'entasse,autantd'objets que de souvenirs douloureux. le stade du pardon, je ne l'ai pas encore atteint, parce que la rigidité familiale a rendu difficile la création d'autres liens

    Posté par chrysalide, 26 octobre 2007 à 15:26
  • Au coeur de la nuit à nouveau... Au coeur de ton écriture à nouveau... C'est douloureux, aussi... C'est léger, aussi, sans être désinvolte... Privilège certain de pouvoir te lire ici... Ici, je me ressource à chaque visite... Bonne nuit, ma Reine... Encore merci.
    Merci, et : encore !

    Posté par D&D, 29 octobre 2007 à 02:08
  • chrysalide...ma belle-mère a fait ça toute sa vie...incapable de jeter quoi que ce soit, elle refilait ses trucs, s'imaginant qu'on en ferait quelque chose...mon mari incapable de dire non...ni de jeter...on se retrouve ainsi envahis de plein de choses inutiles

    D&D...surtout surtout ne cesse pas de venir me lire...tu es mon rayon de soleil...
    Tu me ressources autant que je te ressource...
    merci aussi

    Posté par Coumarine, 29 octobre 2007 à 10:28

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