Une petite souris pas comme les autres - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

02 août 2007

Une petite souris pas comme les autres

Il y a dans cette petite valise un magnifique déguisement. Un déguisement de petite souris, avec des grandes oreilles, une queue, tout ce qu'il faut pour faire une parfaite petite souris!
La Mère est très contente: son petit garçon sera le plus beau dans quelques jours à la fête de l'école. La Mère a besoin d'être fière de son petit garçon. C'est sa manière à elle d'exister.
L'enfant déteste la valise. Il étouffe, perdu dans la souris, ses grandes oreilles, sa queue, la fierté de sa mère et le regard des autres qui s'amusent de sa maladresse,

souris_serdu

Aujourd'hui le petit garçon a cinq ans. C'est un bel âge pour un petit garçon. La mère a invité des amis, beaucoup d'amis. A elle.

- Va mettre ton costume!
L'enfant se liquéfie
- Non, maman, non...
La Mère plus rapide à la gifle qu'à la caresse a tranché.

L'enfant-petite-souris est trainé au milieu des invités. Tout le monde rit, fait ses commentaires. L'enfant se cache dans la souris et pleure.

La mère est très fâchée. Très fâchée parce que le petit garçon est en train de lui saboter son plaisir. Il est méchant, ce petit garçon-là! Vraiment très méchant!...après tout ce qu'elle fait pour lui...!

Alors il a dû rester planté là, au milieu de la pelouse. Pendant longtemps. Pour réfléchir à comment faire plaisir à sa maman qui fait tellement de choses pour son petit garçon.
Les invités ont bu, ri et chanté, ont fait la farandole autour de la souris punie.

Il était une fois un homme qui saigne encore aujourd'hui de cette blessure.
Et déteste le jour de son anniversaire.



Commentaires

    Ne pas obliger les enfants à se déguiser.
    Ne pas obliger les enfants à embrasser un adulte en visite dans sa maison.

    Il y a des choses qu'il ne faut pas obliger.. cela peut faire trop de mal.

    Posté par Annick, 30 octobre 2008 à 13:18
  • Et c'est pour ça que depuis très longtemps les hommes et les femmes dépensent des fortunes chez les psy pour parler de leur mère...

    Posté par heure-bleue, 03 août 2007 à 08:52
  • Ce texte est très émouvant, dur. Il retourne.

    Posté par BelleSahi, 03 août 2007 à 09:56
  • Dans "Si le grain ne meurt", André Gide raconte le supplice d'avoir été costumé en pâtissier, et d'avoir dû se confronter à tout un bataillon de petits pâtissiers à la réception. Moi à six ans, j'ai dû supporter un costume de "femme de Cromagnon"... Mais sur la demande insistante de la maîtresse de Louise, j'ai dû lui fabriquer un costume de "petit caillou" pour la fête de l'école! J'ai mis du rose et du doré pour en faire un petit caillou précieux!

    Posté par jujube, 03 août 2007 à 10:13
  • à vous trois...

    Il y a bien sûr des enfants qui ADORENT se déguiser, dont c'est un des jeux préférés...
    Ce texte voulait parler de ceux qu'on OBLIGE à se déguiser contre leur gout, parce que les parents veulent que leur enfant soit le plus beau...
    L'ami qui m'a incidemment raconté cette histoire était encore ému en l'évoquant...
    Cela l'avait fort marqué!
    Et moi aussi en l'entendant

    Posté par Coumarine, 03 août 2007 à 10:52
  • Merci

    Merci pour ce texte Coumarine.
    Je comprend trés bien qu'il en ai été marqué. Ce sont les épisodes douloureux ou non de l'enfance qui nous moulent tels que l'on est, qui incident sur nos vies d'adultes!
    Il parait que tout se joue avant dix ans!

    Pauvre petit garçon...
    Peut être que sa mère n'a pas su reconnaitre son malaise... a pris cela comme un caprice!
    Mince alors, tu me rappelles qu'il ne fait jamais négliger les sentiments d'un enfants même si ceux çi ont l'air sans importance et pas bioen graves (pour un adulte).

    Posté par Val, 03 août 2007 à 11:16
  • Val, je crois que quand on est à l'écoute de l'autre, que ce soit un enfant ou un adulte d'ailleurs, on perçoit très vite la différence entre un caprice et quelque chose de vraiment douloureux à vivre...

    Il est probable que, comme le fait remarquer heure-bleue(quel beau pseudo!) il devait y avoir une histoire difficile entre cette mère et son petit garçon...le fait qu'elle le gifle pour le faire taire le prouve amplement...

    Posté par Coumarine, 03 août 2007 à 12:09
  • En effet. D'autant que les gifles ne sont jamais uen bonne chose et présentent un vrai risque pour la santé (ouïe). Quel dommage, c'est si gai de pouvoir se déguiser (et que ce soit dans ce qu'on a envie). Chouette illustration aussi...

    Posté par Pivoine, 03 août 2007 à 20:23
  • coucou Pivoine
    L'illustration est de mon ami le dessinateur belge bien connu Serdu
    En fait j'avais écrit plein de "petites valises" pour une lecture spectacle qui a été joué plusieurs fois en Belgique

    Posté par Coumarine, 03 août 2007 à 20:31
  • A six ans, j'ai "joué" le chat devant toute l'école.A la fin du spectacle, j'étais sensée miauler devant toutes les petites souris( les filles de ma classe) qui chantaient victoire sur le chat qui s'était fait avoir.Je n'ai pas voulu miauler malgré les injonctions de la maîtresse qui, des coulisses, me soufflaient de plus en plus fort qu'il me fallait miauler, (reconnaissant ainsi ma défaite) absolument.
    Ce rôle là, je n'ai pas voulu le jouer!
    De plus je crevais de chaud dans mon costume tout en fourrure!

    Posté par Charlotte, 03 août 2007 à 21:30
  • tiens donc...cela ne m'étonne pas de toi Charlotte la rebelle!!!
    Je t'embrasse au passage...

    Posté par Coumarine, 03 août 2007 à 22:25
  • Oh ! ces humiliations enfantines que l'on oublie jamais...
    Et puis je n'aime pas ces mères qui vivent à travers leurs enfants qui leur servent de faire valoir.
    C'est péremptoire, je sais !

    Posté par Aédia, 04 août 2007 à 01:15
  • Voilà pourquoi je n'aime pas la fête de carnaval à l'école ... Ce jour là,il y a toujours dans un coin de la cour , tous les ans, une petite souris qui se cache et qui est là, malgré elle,et qui se trouve être seulement un objet, dans lequel s'est projeté sa maman...

    Posté par tilu, 04 août 2007 à 10:52
  • Quelle cruauté, quelle tristesse.Fichue violence éducative ordinaire(pour preuve les invités qui se comporte comme si tout ce qui se passe est parfaitement normal)!Mais comme cette mère a dû elle aussi bien souffrir durant son enfance pour le faire payer si cher à son fils malheureusement...
    Si elle avait su cette mère le plaisir que peut avoir un enfant à se déguiser si ça vient de lui, j'en ai pour preuve ma louloute de 4 ans et demi qui s'adonne à ce jeu quotidiennement, seule ou avec ses amis.

    Posté par Lap'titeNénette, 04 août 2007 à 11:50
  • Aedia, il y en a plus qu'on ne croit des mères (et des pères) qui poussent leurs enfants à l'excellence dans un domaine où eux auraient voulu briller...
    brisant parfois carrément l'enfance de ces enfants

    tilu...pauvres petites souris qui se cachent en effet en espérant que personne ne les verra

    La p'tite Nenette, tu apportes un complément de réflexion intéressant, te plaçant du côté de la mère et du pourquoi elle a tant besoin de se faire valoir à travers son enfant...peut-être personne ne l'a félicitée pour ce qu'elle faisait qd elle était elle-même une enfant...

    Posté par Coumarine, 04 août 2007 à 21:55
  • pauvre petit garçon en qui la mère a mis des envies qui étaient le siennes à elle en oubliant que son enfant n'était pas elle. hélas oui c'est trop souvent ainsi

    Posté par mercidemavoirrem, 05 août 2007 à 00:42
  • Des souris et des hommes

    Il était une fois un ami organiste classique qui a dû se déguiser en rock star pour gagner sa vie;

    Un jeune punk qui a mis un costard pour avoir l'air professionnel dans une entreprise renommée;

    Une femme qui a mis le béret vert pour protéger sa patrie;

    Des milliers de femmes, confinées à la maison, qui ont porté le gant de plastique pour suivre les moeurs de leur époque;

    Des époux qui ont troqué leur voiture sport pour une fourgonnette familiale;

    Un frère trop jeune qui a laissé ses jouets de côté pour devenir le soutien familial;

    Un ami qui a abandonné sa rancoeur envers un autre pour ne pas être laissé tomber...

    Nous revêtons tous, un jour ou l'autre, un déguisement qui nous déplaît. Pour la cause, pour le bien...
    Bien pis, il arrive que le déguisement de l'un soit l'habit de travail de l'autre! (Il n'y a qu'à voir mon ami organiste-déguisé-en-rock-star sur scène, qui observe la larme à l'oeil ses groupies-sosies!)

    Évidemment, la tristesse se trouve lorsque l'enfant sous autorité maternelle ne CHOISIT pas de se déguiser... Pauvre enfant!

    Coumarine, dites-nous : cet homme a-t-il su retirer du positif de cette histoire?

    Mon coeur est avec lui.

    Posté par Lalionne, 07 août 2007 à 14:32
  • Dur, dur d'être un enfant

    ...et de répondre aux exigences des adultes qui ne mesurent pas toujours les blessures qu'ils infligent. Un texte très touchant, plein de sensibilité.

    Posté par Frances, 13 août 2007 à 16:41

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