Je te touche, tu me touches...et c'est si bon! - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

03 avril 2007

Je te touche, tu me touches...et c'est si bon!

Pourquoi, quand on parle d'un contact "épidermique" sous-entend-on qu'il est superficiel?

Quelle erreur... Les doigts et les mains sont magiciens de l'intime, du profond de la rencontre. En touchant on connait d'une autre façon qu'en regardant, en touchant on déplisse les contractions qui se sont imprimées sur le corps de l'autre.

Je parle ici des touchers guérisseurs, qui se font caresses, approche en douceur et en respect du corps de l'autre. Les mains "voient" avec une acuité infinie, "parlent" avec une éloquence rare. Les mains communiquent des émotions, des tendresses et des consolations. Les mains qui massent apaisent, décontractent, font sauter les cuirasses de protection d'un corps méfiant, crispé et si souvent douloureux.

Quelqu'un m'a dit un jour, (je l'ai déjà raconté ici) qu'il y avait du magnétisme dans mes mains. Mes mains sont chaudes, plus chaudes que  la moyenne des gens (pas moites, non, mais chaudes). Une autre personne m'a dit en riant un jour que  j'étais une "toucheuse"...et c'est vrai...quand je me sens en confiance, je prends dans mes mains les mains de mes amis, je les masse doucement, et passe entre nous l'amitié, la tendresse, le bonheur d'être ensemble.

Quand on se quitte mes enfants et moi (ils sont grands pourtants) on reste serrés l'un contre l'autre durant de longues secondes. Quelque chose d'important passe entre nous sur lequel on serait bien en peine de mettre des mots. De même j'aime me serrer tout contre mon homme. Non comme une affamée de la tendresse que je n'ai pas eue enfant, mais comme une mère ou comme une femme qui reçoit et communique un instant rare de communion. C'est infiniment bon, je vis ces quelques secondes avec intensité, elles me régénèrent et j'en suis sûre, régénèrent l'autre aussi...

Le toucher est pourtant si souvent considéré comme suspect: on ne touche que en vue d'un échange sexuel...on se tient donc à distance et ce ne sont pas les tapes sur l'épaule ou les baisers échangées à la sauvette sur une joue qui se dérobe vite pour présenter l'autre, non ce ne sont pas ces baisers qui font qu'on a apprivoisé le toucher simple, sans intention sexuelle et qui fait tant de bien au corps et à l'âme...


Commentaires

    C'est vrai que le toucher à une connotation sexuelle.. malheureusement.

    Il y a plein de gens qui refusent qu'on les touche.

    Ce soir, biodanse, je vais toucher, serrer des corps "sans intention" comme dit l'animatrice.

    La première fois que j'ai fait une séance de biodanse, quand je me suis retrouvée main dans la main avec des inconnus et que nous avons commencé à danser en ronde... les larmes me sont venues aux yeux..et j'ai remarqué après que cela faisait souvent cela aux personnes qui viennent pour la première fois.
    Tu te rends compte... te retrouver au milieu d'une ronde... sentir (ou ne pas sentir mais je suis sûre qu'elle existe) une énergie d'amour qui chemine à travers toutes ces mains.. croiser les regards et les sourires accueillants d'inconnus..

    J'ai du mal à dire ce que cela fait..
    Je crois que ce soir je vais beaucoup pleurer (mais cela va me libérer) car depuis dimanche soir il y a eu des grands vents d'émotion qui m'ont traversées et il sera bien que je "nettoie" tout ça.

    Posté par Annick, 23 septembre 2008 à 13:48
  • C'est si bon mais parfois si dur de prendre un(e) ami(e) dans les bras. Je crois que dans notre société, le toucher est en perdition. Peur d'être trop démonstratif, de "choquer" l'autre, de s'"électrocuter"...

    Posté par logarithm', 04 avril 2007 à 00:24
  • Le toucher a beau être plus ou moins en voie de disparition, je tiens tout de même à rappeler qu'il fait partie de la culture de bien des peuples. Qui n'a jamais entendu des bienfaits des longs massages prodigués par les femmes africaines à leur enfant?

    Je garde un souvenir ému de quand j'étais petite et que ma mère me mettait de la crème pour bébé: un vrai moment de partage, un instant où le lien familial se tisse encore un peu plus.

    J'ai la chance d'avoir des origines italiennes marquées, mon côté tactile passe alors pour être issu de mes origines latines.

    Pourtant on ne devrait pas rechigner à masser le crâne d'une amie épuisée, les petons de son frère qui revient du football lessivé, les mains de son papa qui ont travaillé.

    Je ne vois pas du sexuel là dedans, mais bien un acte de don de soi: si par la parole on réussi à alléger les maux de l'âme, un geste rempli d'amour, d'amitié, de compassion peut être tout aussi salvateur.

    Le plaisir de se retrouver, de s'apprécier, de tisser des liens passe aussi par le toucher.

    Posté par Louloute, 04 avril 2007 à 01:44
  • Tout à fait d'accord avec ce texte. Mais il n'est pas facile de toucher les personnes autrement qu'en appréciant leur âme. Mais c'est déjà énorme.

    Posté par obni, 04 avril 2007 à 07:27
  • Ah pudeur quand tu nous tiens ! Je bisoufie, je prends mes enfants dans les bras, je masse leur dos mais je ne touche que rarement les grandes personnes. Celles que je connais bien je leur pose la main sur le bras quand je leur parle mais c'est tout. Peur que se soit mal interprêté.

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 08:26
  • toucher massage

    pendant les études il y avait un stage ou l'on a fait du toucher massage.
    pas évident au départ mais ça nous avait énormément de bien on était super détendus du corps et de l'esprit, comme plus ouvert. Pendant la pause, j'ai massé les tempes et le cuir chevelu d'une amie de classe qui suivait un autre module. elle a beaucoup apprécié .était ce à cause de ses origines méditerranéennes ? car ensuite j'ai proposé la même chose à mon pote de classe breton, et là j'ai été surpris qu'il refuse avec obstination, et presque choqué, comme si je lui avais demandé de coucher avec lui , arf!!!!
    on peut beaucoup donner par le toucher mais on se doit de respecter les pudeurs et barrières ( si nombreuses) des autres. d'autant que quand on parle massage souvent les gens associent des adjectifs comme thailandais etc... et ça n'aide pas le massage thérapeutique (...)

    Posté par L_isa, 04 avril 2007 à 09:05
  • par contre c'est bizarre comme je n'ai jamais pensé à "toucher" mes amies.
    Et j'avoue qu'autant mes enfants , petits, j'étais en contact peau avec eux, alors qu'en grandissant , je reproduis le schéma que j'ai connu minaude, et maintenant qu'ils sont grands ( 7,11,13) je n'ose plus les toucher . dommage tiens !....

    des bises

    L_isa

    Posté par L_isa, 04 avril 2007 à 09:07
  • moi aussi, je touche

    les autres... cela n'a pas toujours été comme cela; c'est en rencontrant le futur père de mes enfants, sud-américain, qui embrassait ceux qu'il aimait, que cela m'en venu car j'ai compris que c'était beau. Quand je dis -embrasser- c'est -tenir dans les bras- contre sa poitrine quelques minutes, frotter le dos avec effusion et avec des mots qui chantent le bonheur de voir l'autre. J'ai naturellement calquer ces gestes, mais avec plus de douceur et de discrêtion, et pas seulement avec nos enfants que nous avons serrer dans nos bras de parents... mais je m'applique à le faire, surtout aux personnes âgées que plus personne ne touche, lorsque je les rencontre dans les rues de cette trop grande ville qu'est Paris. Et c'est l'épaule, les mains, une caresse sur la joue... selon le degré de relation et non pas d'affection et alors, leurs yeux s'embuent de bonheur de tout simplement exister aux yeux de l'autre... car toucher, s'est voir l'autre.

    Posté par caroline_8, 04 avril 2007 à 09:58
  • Je suis d'une région de france où l'on se touche... ici dans le midi, quand on se parle , on se touche souvent.... Si vous regardez dans la rue deux mamies qui font la causette vous pourrez remarquer que souvent elles ponctuent leur conversation en touchant l'autre, ici c'est naturel, comme de se prendre dans les bras pour se dire bonjour entre proches c'est tres courant....c'est culturel et ça ne choque personne, c'est dans les moeurs....
    Personnellement je serre souvent dans mes bras les gens que j'aime... c'est des moments forts en émotion , ça permet de dire à l'autre d'autres choses que des mots, tellement d'autres choses indiscibles.... des choses qu'on ne peut que sentir....

    Posté par tilu, 04 avril 2007 à 10:18
  • Avec mes enfants, le toucher (la carresse) est un acte important de notre quotidien.
    Carresser mes enfants est un acte d'amour bien plus puissant que des paroles. La douceur d'une carresse ne peut être feinte....

    Posté par la JD, 04 avril 2007 à 10:30
  • Bonjour Coum !
    J'avais lu ce texte auquel tu fais allusion au début. Se laisser toucher par l'autre, un autre, une autre, les autres est dans le fond, une grande marque de confiance. Puisqu'on accepte de les voir franchir notre dernière "barrière" de sécurité. Je ne pratique presque plus de massage thérapeutique, mais je me souviens que j'éprouvais la même chose que quand je donnais cours: j'étais centrée sur le fait de donner. Comme quoi, le toucher aurait une valeur de don. Un don n'est pas toujours facile à recevoir, culturellement, surtout si le toucher est connoté (soit thérapeutique, médical, etc. soit sexuel/affectif... Et il y a de l'affectif qui n'est pas sexuel non plus!) Bref, encore une question complexe !

    Posté par Pivoine, 04 avril 2007 à 11:16
  • Comme tout a l'air simple à vous lire. Si j'osais, je vous dirais le poids de l'éducation, la contrainte permanente de la fausse bienséance, le bisou qui se perd dans les airs, à huit centimètres de la joue de l'enfant qui tend son visage vers sa mère, le geste technique de la nurse, celui policé de la gouvernante. Un contact sans amour. Je vous dirais que j'ai découvert le plaisir du toucher bien plus tard, et que depuis je ne m'en suis jamais lassée...
    Je regardais l'autre jour quelques photos de notre actuel président, et j'étais frappée par le plaisir qu'il semblait prendre à toucher le bras, la main, l'épaule de ses interlocuteurs. Et cela me fascinait.

    Posté par amaily, 04 avril 2007 à 12:20
  • Mais oui il y a le poids de l'éducation. Avec mes parents, pas de calins, pas de bisous et pas de je t'aime. Chose que l'on fait plus facilement avec nos enfants.

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 14:04
  • Moi aussi j'aime beaucoup toucher physiquement les autres. Mais socialement, ce n'est vraiment pas dans les usages, malheureusement...

    Posté par Forestine, 04 avril 2007 à 15:09
  • Merci à tous pour vos commentaires si riches
    Au fond je n'ai pas assez fait la différence entre la massage thérapeutique, et le toucher dans les relations affectueuses et amicales
    Payer qqu'un pour se faire masser est passé dans les moeurs, et ceux qui vont ainsi chercher un massage en reçoivent décontraction et bien-être. Tant mieux, mais rien d'affectif n'est échangé là
    Le toucher amical est différent: prendre qqun ds ses bras, prendre et garder les mains de qqun, le masser s'il le demande..pas si facile ni si évident que cela: vous le dites bien, on est gêné, on a peur que ce soit mal reçu, on n'ose pas vraiment
    Sauf vàv de nos enfants: vous les mères, avez l'air de dire que cela vous paraît normal
    Peut-être aussi est-ce différent dans le nord, où nous avons un tempérament plus "guindé" ou simplement plus réservé, que dans le sud avec la convivialité et la liberté des gens du soleil...
    Moi aussi j'ai été élevée sans câlins...j'ai donc dû apprendre ce langage...
    Merci à tous pour votre passage et vos mots.
    Je vous embrasse

    Posté par Coumarine, 04 avril 2007 à 18:42
  • Tu es dans le Nord Coumarine ?

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 21:07
  • Bellasahi, tu ne viens pas depuis longtemps me rendre visite, je te pardonne (lol)donc de ne pas savoir que je suis Belge (bruxelloise)
    oups )

    Posté par Coumarine, 04 avril 2007 à 21:21
  • Regarde ! Mon autre blog !
    http://photosbellesahi.canalblog.com/

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 21:34
  • Comme tu es gentille je pourrais devenir une fidèle !

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 21:35
  • Tu as ma permission pour les photos !

    Posté par Bellesahi, 04 avril 2007 à 21:37
  • merci Bellesahi, je t'ai répondu perso

    Posté par Coumarine, 04 avril 2007 à 21:41
  • Ouhhh ! Ton billet m'interpelle parce que j'ai toujours eu du mal à être touchée par les gens que je ne connaissais pas ou sans nécessité, donc, pas les médecins, corps médical, mais les inconnus dans la rue, dans les queues à la caisse, les vagues connaissances du boulot... Je n'ai jamais été caressée, serrée par mes parents, ce n'était pas "à faire".
    Quand je quittais ma mère, c'était une "grosse" bise sur chaque joue mais pas de "serrage".
    Maintenant, je serre Ma Puce contre moi, je lui caresse le bras, la joue, la cuisse en passant, je la masse après le sport et quand elle était bébé, je la massais de partout. J'ai découvert le bonheur du corps d'un autre, petit à petit, grâce à elle...

    Posté par Baïlili, 05 avril 2007 à 02:10
  • Chère Coum,

    Je reviens te voir, et je trouve un texte sur le massage ! Manifestement, tu es sensible à la communication passant par le contact corporel, on l'avait déjà noté quand tu nous parlais de la magie des doigts de Belgin.
    Tu dis aimer te serrer tout contre ton homme... Il en a de la chance ! Et je l'envie. Ma compagne se dit elle-même "pas caressante". J'a appris par sa soeur ainée que, si elles avaient été élevées dans de bonnes conditions et n'avaient jamais manqué de rien, la tendresse offerte par leur mère se résumait à un baiser matin et soir . . . Du coup, elle n'a aucun goût, aucun élan pour le contact . . .
    De même, et comme nombre d'entre nous, j'ai grandi dans une famille à la culture d'avant-guerre où le contact corporel était considéré comme malséant. Et comme nombre d'entre nous, je suis resté longtemps incapable de toucher les gens de mon entourage, à l'exception de mes enfants. Et puis, à force de m'intéresser aux rapports entre le physique et le mental (je fais très court, là), j'en suis venu, non seulement à penser que le contact pouvait être nourrissant, mais je sentais de plus en plus les mouvements dans mes mains, et une capacité à faire du bien. C'est ainsi que j'ai proposé à quelques amies des massages relaxants (j'avais beau souhaiter être neutre, je ne me voyais pas commencer avec un homme). Autant te dire qu'il faut des trésors d'humble argumentation pour décider une dame à se laisser toucher, même habillée, et ma réputation de respect a dû m'y aider un peu.
    J'ai eu de nombreuses surprises. C'est facile (enfin presque) ! J'avais bien consulté quelques bouquins, mais je découvrais que les mouvements coulaient tout seuls... contact large, bienveillant, offrande . . .
    Et puis en fait, alors qu'il était question de "donner" un massage, j'ai été très surpris de constater qu'il y a réciprocité, d'abord profondément touché par la confiance qui m'était accordée, mais aussi par une "circulation", un échange qui s'instaurait, où mon sujet me renvoyait ce que je lui offrais... Et puis aussi, ça marche ! J'ai été mort de rire quand l'une de mes "cobayes", petit paquet de nerfs qui ne dormait ordinairement que quelques heures après s'être couchée vers minuit, m'a dit être tombée dans son lit dés vingt heures, pour onze heures de sommeil . . .
    Pour autant, je ne me prends pas pour un artiste. J'ai d'ailleurs arrêté depuis un an parce que je me sentais "en vide". Ce qui ne facilite pas l'entretien du vivier de cobayes...

    Alors, peut-être un jour notre civilisation sera-t-elle moins coincée. Parce qu'autant il commence à être admis de proposer des massages rémunérés, et de payer pour être massé, autant proposer de le faire gratuitement est immédiatement considéré comme suspect. Pourtant, si l'on savait tout le bien qu'on peut y trouver . . .

    Ouais, bon... J'ai un peu dérivé, de "toucher" vers "massage" . . .

    ;o)

    Candide

    Posté par CANDIDE, 05 avril 2007 à 15:31
  • Quel beau texte...sur une pratique tellement dénigrée. J'aime aussi me servir de mes mains, pour réconforter, écouter, soulager et aimer. Question d'éducation en ce qui concerne les relations parentales (pas de toucher avec ma mère: seul celui du toucher "guérisseur", du corps et non de l'âme, du shiatsu) mais question de sensibilité pour les autres, les choisis...amis et enfants. J'aime prendre les mains pour aider à décompresser l'autre (dans les transports en commun par exemple). Je touche pour aimer aussi, pas au sens sexuel (ni même sensuel), mais pour être "en présence". Et j'ai été comblé de préparer l'accouchement de mon fils avec l'haptonomie (sens affectif du toucher). Ton texte remonte en moi plein de bonnes choses...avec une terrible envie d'écrire à ce sujet, merci.

    Posté par VanessaV, 11 avril 2007 à 14:30
  • La sexualité existe, nous n'y pouvons rien !
    Dans d'autres cultures, ce rapport au toucher, au contact est très différent. Par exemple aux Etat-Unis, les accolades sont une sorte de tradition sociale courante.
    A l'inverse, leur approche de la sexualité est bizarre !

    A lire : La dimension cachée de Edward T. Hall

    Posté par filaplomb, 11 avril 2007 à 17:24

Poster un commentaire