Gris, morne, pressé, silencieux - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

15 novembre 2006

Gris, morne, pressé, silencieux

Elle glisse dans l'univers froid et sombre du métro. L'escalator l'entraîne vers le fond. A côté d'elle, du monde, derrière elle du monde, devant elle du monde...Rien que du monde qui s'enfourne avec elle dans cet antre, glissement mécanique, rien que du monde gris, terne, pressé, silencieux, morne. Chacun dans son monde.

Arrêt sur image. Le quai long comme un jour sans pain. Elle s'est figée, comme tout le monde. Elle attend la rame, comme tout le monde, mon dieu qu'il y a du monde, gris, terne, silencieux, pressé. Comment ils font tous pour être mornes et affairés en même temps?

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Il arrive le métro. Bruit d'acier. Les portes s'ouvrent. Un flot de monde sortant, un flot de monde entrant. Ça pousse de partout ce monde, il l'enferme, la coince, la serre, l'étouffe. Au secours. L'air est resté là-haut!

Elle arrime une main sur la main courante. Pleins de mains se greffent sur la sienne, avec des ongles noirs, rouges, bleus, des mains moites, sales, des fines, des vertes, des mûres et des pas mûres. Des mains au bout desquelles il y a du monde gris, terne et pressé. Un monde agglutiné et pourtant enfermé dans sa tour d'ivoire. Deux petits bouchons de musique collés sur les oreilles. Abonnés absents. Sourires à la musique. Et tout ce monde piétine en se balançant au gré des secousses. A gauche, à droite, chorégraphie obligatoire, aucune originalité.

Elle fait comme tout le monde, se balance à gauche à droite, serre la barre pour ne pas tomber, tente de s'écarter des odeurs des sueurs, n'y arrive pas, ferme les yeux, s'évade dans son monde...

Là elle doit descendre, pardon monsieur, pardon madame, elle est dans le flot sortant, elle suit le mouvement qui remonte, le mouvement de tout ce monde gris et pressé, et si morne...

Pas un sourire, pas un mot, rien, ça doit être ça l'enfer.

En haut de l'escalier, de l'air, enfin!
Et un mendiant qui tend une main sale...

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Commentaires

    Un beau texte, sombre et dur, où tous les sens sont convoqués (ouïe, vue, odorat, toucher...), toutes les couleurs présentes, tous les bruits et les sensations en pagaille dans l'antre souterrain du métro... et celui de Bruxelles (mais est-ce celui-là dont tu parles ?) n'est pas le pire, loin s'en faut.
    Cela me fait penser à un texte que j'avais écrit sur le métro de Moscou (lors de mon premier voyage dans cette ville, en 1991 - mais il n'a pas beaucoup changé depuis, je l'ai constaté en septembre 2006), à voir sur mon blog :
    http://nuages.skynetblogs.be/post/2880049/un-texte-sur-le-metro-de-moscou

    Posté par nuages, 16 novembre 2006 à 01:06
  • un texte très imagé où on lit bien ce que peut entrainer une foule. Cette vision du tram ou du métro on l a tous à un moment donné. Que kaïla puisse respirer quelques goulées d airs

    Posté par lio, 16 novembre 2006 à 02:22
  • La description est étouffante de vérité. On voudrait pouvoir dire que Kaïla exagère, qu'il y a des métro qui sont moins ... et que d'autres sont plus ... mais en fait, ils sont tous pareils ... des voleurs d'air frais et des organisateurs de non rencontre. Brrr,ça fait froid dans le dos!

    Posté par fc, 16 novembre 2006 à 03:35
  • Elle est aussi dans le monde gris, terne et pressé mais peut être qu’il y a des mains à serrer, des regards voire des sourires à échanger?

    Posté par Asterie, 16 novembre 2006 à 09:02
  • "ça doit être ça, l'enfer". Un enfer consenti. Un enfer volontaire. Un enfer quotidien. Comment est-ce possible d'accepter cela?
    Peut-être parce qu'on sait que la vraie vie ne se déroule pas dans les entrailles de la ville, mais bien au-dessus. Dès lors ce ne peut être qu'un enfer entre parenthèses.

    Posté par Reevolution, 16 novembre 2006 à 09:21
  • Métro. Lieu de peurs, d'angoisses très physiques parfois. C'est vraiment ça !

    Parfois, quand je suis dans le métro, je ne peux m'empêcher de penser, avec un serrement de coeur, aux trains qui partaient pleins, archi-pleins, en 40-45... Par tous les temps, hiver comme été.
    Et c'était un autre voyage, bien pire que cinq, dix ou trente minutes dans un métro. On comprend que les gens en mouraient et que c'était une des étapes clefs dans la déshumanisation d'un être humain. Terrible !

    Imaginer passer 24 ou 72 heures dans un métro bondé? Et debout... Horrible...

    Posté par Pivoine, 16 novembre 2006 à 10:12
  • Oui, Jean Nuages, il s'agit bien du métro de Bruxelles à une heure de grande affluence. Mais c'est partout pareil...
    Merci pour ton texte que j'irais relire avec un peu de temps...


    Lio, j'avais envie de décrire cette impression que l'on peut tous éprouver à un moment ou à un autre dans un métro bondé

    Posté par Kaila, 16 novembre 2006 à 10:26
  • fc...c'est ça souvent qui m'effraie dans ce monde dit "moderne", évolué...
    "des voleurs d'air frais et des organisateurs de non rencontre"
    C'est ça, exactement ça...


    Astérie, je te reconnais bien là, toujours à voir le côté positif des choses, à choisir de serrer les mains même salies, à sourire à tous les visages, qu'ils soient blancs, bronzés, ou noirs...je le sais, je t'ai vu à l'oeuvre (sourire). J'aime ça chez toi.

    Posté par Kaila, 16 novembre 2006 à 10:30
  • Reevolution (j'aime ton pseudo, il me parle...)
    L'enfer, c'est ici qu'il "bat son plein", c'est nous qui le fabriquons, en dessous mais aussi au dessus
    Il suffit parfois de peu pour transformer une atmosphère, une réunion de personnes, un endroit fermé, gris et morne...
    un "merci", un sourire vraiment adressé à l'autre...
    Oui je sais ce sont des clichés, des idées rabachées ...et pourtant...


    Pivoine, le métro d'aujourd'hui comparé aux wagons à bestiaux des grands trasports d'humains à liquider...et qui arrivaient à leur sinistre destination remplis de cadavres
    Ce rappel me fait froid dans le dos...

    Posté par Kaila, 16 novembre 2006 à 10:36
  • J'aime bien ton texte, les sensations sont très bien reproduites, le sentiment d'oppression surtout, à tel point que l'on est content d ele voir, ton mendiant sale de la fin. J'ai juste un peu tiqué à la répétition du mot "monde", non pas que je sois allergique aux répétitions (sourire) mais il est ici ici répété avec à chaque fois un sens différent, ce qui n'est pas la même chose que si tu répété un mot qui aurait le même sens à chaque fois. Hum... j'suis pas clair. Le monde qui t'opresse n'est pas le même que le monde intérieur de ces gens, de même que le monde du dehors, celui de l'air libre, désigne encore autre chose... J'suis un chieur, je sais...

    Posté par Sammy, 16 novembre 2006 à 12:22
  • Tu as raison Sammy, j'use et abuse du mot monde (comme "main" d'ailleurs)
    Tu penses bien que c'est fait exprès...et pourquoi? pour accentuer le côté répétitif et oppressant
    De plus tu as raison aussi sur les sens différents que j'accorde au mot "monde"
    Mais là aussi, c'est fait exprès, c'est un glissement de sens, qui pour moi est audacieux: ça passe ou ça casse...
    Je crois que ton esprit un peu trop cartésien refuse de se laisser faire par ces audaces de style et de construction
    Tu sais, tu pourrais me reprendre aussi sur les constructions "boiteuses" de certaines portions de phrases (phrases inachevées, rupture de style etc)
    Mais c'est cette façon là d'écrire que j'aime quand je me laisse aller au bonheur de la créativité...et je crois sincèrement qu'elle produit l'effet que j'ai voulu produire sur mon lecteur...(c'était ma façon d'écrire sur le blog Kaila)
    Il faut pouvoir sortir des sentiers battus, oser d'autres chemins, et voir ce que cela donne...
    OSER d'autres choses, différentes qui font TIQUER, pourquoi pas?
    C'est le but que je recherche en fait...

    Posté par Coumarine, 16 novembre 2006 à 12:47
  • Sammy, encore un mot...
    C'est là qu'une façon d'écrire, MA façon d'écrire, qui me fait reconnaître assez (trop?) facilement

    D'autres écritures bien différentes sont de pures merveilles...
    Il faut de tout pour faire un monde

    Posté par Coumarine, 16 novembre 2006 à 13:03
  • Pas de soucis ! C'était juste une remarque de forme. Je n'ai pas douté une seconde que ce soit fait exprès ^^ C'est juste que j'accorde à chaque mot -dans son contexte- un sens précis, trop précis peut-être ; et je crois que nous avons des points de vue assez différents (et pour ma part, assez arrêté, ah, intransigeance de la jeunesse), c'est ce qui rend ces lectures croisées si intéressantes. Et je suis absolument d'accord, avec ton qualificatif "d'esprit un peu trop cartésien". C'est exactement moi. J'aime les choses, dans la vie mais surtout dans l'écriture, nettes, bien huilées et ronronnantes... faut que tout s'emboîte comme JE le veux :-p Mais je ne savaispas que ça se voyait à ce point, bravo pour cette analyse... (incomplète quand même, je suis un peu plus complexe que ça, mais tu tiens une bonne part de moi-même là... tu rajoutes ironique à côté de cartésien, tu auras presque tout. Presque)

    En tout cas, oui, tu as atteint ton but avec ce texte, puisque ça me fait réagir !

    Bonne journée, à bientôt

    Posté par Sammy, 16 novembre 2006 à 14:22
  • Métro, boulot, dodo, métro, boulot et ouffff, le week-end pour souffler un peu...

    Dans la foule, il y a toujours un regard à prendre, une poignée de main à donner et un sourire à rendre.

    Bonne fin de journée qu'elle te soit zen...

    Posté par Laudith, 16 novembre 2006 à 14:39
  • Rien qu'à te lire, ça m'angoisse. l'autre jour je suis restée coincée 5mn dans le métro porte fermée, lumière eteinte (panne electrique) j'ai cru mourir(

    Posté par cassy, 16 novembre 2006 à 21:22
  • Ton texte et la photo m'angoissent, moi qui ne supporte pas de me sentir enfermée dans la foule. J'apprécie encore davantage de vivre à la campagne et de n'avoir jamais eu à subir ces épreuves que tu décris si bien. Quand je vais à Toulouse et que je vois ces voitures pare-choc contre pare-choc aux heures de pointe, je me demande toujours si j'aurais pu vivre ça ne serait-ce que deux fois par jour. Sûrement j'aurais fait comme tout le monde, j'ai eu beaucoup de chance d'avoir mon travail à 10 mn de chez moi.

    Posté par TANETTE, 16 novembre 2006 à 22:08
  • Laudith, oui tu parles comme Astérie, vous avez sans doute raison, je ne sus pas loin de penser comme ça aussi
    Mais en fait cela dépend des jours
    Il y a des jours avec sourire, des jours sans


    Cassy, j'ai pensé à toi (aussi) en écrivant ce texte, je croyais bien qu'il allait te parler...
    Etre coincé dans un ascenseur ou le métro, sans lumières, portes fermées, même si ce n'est pas pour longtemps, c'est ...très difficile à supporter, oui...

    Posté par Coumarine, 16 novembre 2006 à 22:22
  • Tanette, je ne suis pas phobique à proprement parler, mais je n'aime pas la foule, je n'aime pas être serrée dans une foule qui avance, et dont on ne peut pas s'extraire
    Je ne vais jamais aux grands rassemblements même en plein air, ou alors je me terre dans un petit coin secret

    Posté par Coumarine, 16 novembre 2006 à 22:24
  • vision apocaliptique de ce métro; ta foule me rappelle celle de la Piaf...les abus sont là pour donner cette impression d'enveloppement non?

    Posté par muse, 16 novembre 2006 à 22:52
  • Je suppose, Muse que tu veux parler des répétitions?
    Oui c'est voulu pour donner cette impressions d'oppression
    Bonne soirée

    Posté par Coumarine, 16 novembre 2006 à 23:13
  • J'ai adoré ce texte.
    L'ambiance , l'expression, les odeurs, les couleurs (des mains... vertes, des mûres et des pas mûres) les sentiments (abonnés absents) et la fin...!...l'air enfin ...et un mendiant qui tend une main sale!
    C'est bon bon bon.

    Posté par Charlotte, 17 novembre 2006 à 15:46
  • Alors venant de toi, Charlotte, ça me fait grand plaisir...

    Posté par Coumarine, 17 novembre 2006 à 17:10
  • Pour Jean Nuages
    Je viens de lire ton texte
    Même impression d'oppression, c'est très très bien rendu
    Décidément que ce soir à Moscou ou à Bruxelles, le métro aux heures de pointe...

    Posté par Coumarine, 17 novembre 2006 à 17:12
  • Sueur et moiteur, bruit et flot mouvant. Tu as l'art de faire naître sous nos yeux le monstre mangeur d'enfants pâles et besogneux.
    Oserai-je écrire maintenant que j'aime l'ambiance du tub à l'heure de pointe ? Sans rire hein!
    Je t'embrasse.

    Posté par marie-aude, 17 novembre 2006 à 17:44
  • C'est vrai Marie-Aude? ça alors, tu m'étonneras toujours )

    Posté par Coumarine, 17 novembre 2006 à 21:48
  • Relis Poe et l'homme des foules Coum... et aussi certains petits poèmes en prose de Baudelaire On est jamais si seul qu'au milieu de la foule ; est-ce à ça que tu fais allusion Marie-Aude ?

    http://fr.wikisource.org/wiki/Petits_Po%C3%A8mes_en_prose_-_XII._Les_Foules

    Posté par Sammy, 17 novembre 2006 à 23:43
  • C'est bateau de dire que j'aime ton style, sans doute parce que je me sens une sorte de parenté, avec beaucoup de modestie et de conscience de l'écart qui me sépare de toi, dans ta façon d'écrire, de laisser aller les mots, les laisser se bousculer, se répeter, s'amuser comme des gosses .
    Et puis ce metro , moyen de communication où l'on ne communique pas , ce metro que je ne connais pas mais que j'ai pris avec toi .

    Posté par Truly, 18 novembre 2006 à 00:06
  • Première descente par ici.
    Pas envie de remonter tout de suite...

    Posté par Shaggoo, 18 novembre 2006 à 03:27
  • Gris morne pressé et silencieux ?

    Pour ce monde si riche, grouillant, parlant, vivant ?... Dommage

    Posté par Céline, 18 novembre 2006 à 15:05
  • Sammy, je réagissais à la phrase de Marie-Aude qui dit qu'elle aime l'ambiance du métro aux heures de pointe...

    Ma note va dans le sens que tu indiques, non? la solitude (la non-communication)dans la foule



    Truly, je me retrouve en effet très fort dans TA manière de raconter...tu joues avec les mots, les bouts de phrase, tout en diasnt des choses parfois graves...j'aime bcp ça chez toi

    Posté par Coumarine, 18 novembre 2006 à 18:28
  • Bienvenue Shaggoo, bonne descente dans le tréfonds de ce blog...merci d'y rester un moment (sourire)


    Bonsoir ma petite grande Céline...je suis heureuse de ton petit clin d'oeil )

    Posté par Coumarine, 18 novembre 2006 à 18:31
  • belle écriture

    nette précise dégageant l'atmosphère si particulière du métro où l'on se perd dans la solitude....ouf revenir à l'air , sortir de l'enfer gris où les ombres nous sont compagnes.J'aime cette façon d'écrire*

    Posté par Aubeclaire, 18 novembre 2006 à 19:54
  • Merci et bienvenue chez moi Aubeclaire

    Posté par Coumarine, 18 novembre 2006 à 20:30
  • "Morne et affairé" "les bouchons de musique" ... et beaucoup d'autres: tu as de ces bonheurs d'expression, Kaila, des raccourcis qui font jaillir le sens, des associations inattendues qui donnent à voir, à entendre, à sentir...
    Ton écriture nous emporte en voyage.

    Posté par Forestine, 19 novembre 2006 à 12:32
  • Forestine...oui, j'aime et je cultive les associations inattendues (elles le sont souvent de moi, c'est ça qui est étonnant...parfois je ne contrôle pas la plume (enfin le clavier...)
    Je ne sais pas si on peut comprendre cela...

    Posté par Coumarine, 19 novembre 2006 à 15:00
  • C'est vraiment représentatif de nos cités pressées, ce qu'on fait de pire ..

    Posté par amarula, 20 novembre 2006 à 16:48
  • Metro

    Chaque fois que j'ai pris le métro parisien, ça a toujours été l'occasion de profondes réflexions, au moins les premières semaines, avant que la ville ne m'absorbe et que je ne m'en échappe.

    La première fois, station République, j'avais l'impression d'etre tombé dans une fourmiliere Geante, avec des galleries de partout et des gens qui couraient dans tous les sens...

    Joli texte que celui ci

    Posté par jpou, 20 novembre 2006 à 21:07
  • une découverte

    je viens de tomber sur ton blog et franchement j'aime beaucoup tes textes. y'a d'la graine de talent, sincérement.
    Bonne continuation et bonnes créations!

    Posté par opheline, 29 novembre 2006 à 12:58

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