Seuls les marins peuvent comprendre - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

07 novembre 2006

Seuls les marins peuvent comprendre

Je suis allée voir l'exposition consacrée au peintre belge Léon Spilliaert. Je pense que d'autres Belges  l'ont vue et admirée. (à Bruxelles, au musée de la rue de la Régence, à voir absolument si d'aventure vous passez par là)
J'ai beaucoup aimé l'atmosphère un peu étrange, un peu "nuageuse" et la plupart du temps maritime de ses peintures (il est originaire d'OSTENDE, à la mer du Nord si tourmentée parfois, balayée par les vents  et les embruns) .

J'ai beaucoup moins aimé je l'avoue, ses auto portraits qui sont tous dans le quasi morbide. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce peintre ne s'aimait pas trop, tout en passant un long temps à se peindre lui-même. Etrange paradoxe... (Aparté: Valclair, intéressant pour l'APA les auto portraits de Spilliaert...fin de l'aparté)

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Pour la consigne 33 de Paroles PLurielles, j'ai proposé cette peinture-ci de Spilliaert que j'aime beaucoup. De plus je demandais de terminer le texte par:

"C'est décidé, elle vivra centenaire"

Presque trente participations jusqu'à présent, des textes parfois très très beaux, une grande richesse diversifiée (comme les imaginations sont variées!) des écritures parfois douces, parfois anguleuses selon la façon d'aborder le thème

Ici et là, vous avez l'occasion de lire les textes des participants, au gré des blogs que vous visitez: j'avoue que cela me fait un grand plaisir

Voici le mien aussi:

Seuls les marins peuvent comprendre

Elle se cogne tous les jours au silence...

Là-bas se blesse la mer écartelée à petits coups têtus sur les rochers cruels. Elle est là, immobile et statufiée. Ses tempes lui hurlent des cris répétés et lancinants.
Là-bas dans la mer couronnée d'écume sauvage, ondule un serpent noir qui gémit et se défend en soubresauts géants. Et le fracas de sa colère ronfle et se répercute dans ses entrailles brisées. Elle halète, perd son souffle.
Là-bas la mer qui gémit lance vers le ciel son chant d'adieu rauque, que seuls les marins peuvent comprendre. Elle s'est réfugiée tout en haut de son délire.
Le ressac obstiné vibre dans son ventre effrayé. Elle vomit en s'accrochant aux marches de sa vie.
Là haut paisibles et nobles, les étoiles veillent sur son désespoir, et leur voyage dans le ciel d'encre est scandé par les odeurs d'iode et de brume. Elle les touche doucement une à une et devient sirène.
Là-bas la mer s'endort, blottie dans ses eaux à présent tendres et enjôleuses. Elle se lave l'âme, elle s'apaise. Elle se donne le droit de dormir. Elle se sait veillée par l'œil de la tendresse.
Là-bas se lève soudain le silence mystérieux surgi du brouillard de l'au-delà. Elle sort doucement de son rêve meurtrier. C'est décidé, elle vivra centenaire...

Je ne sais pas si je dois signer ce texte Coumarine ou Kaila...les deux sans doute.

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Commentaires

    C'est magnifique. Et l'on reconnait ton écriture entre mille (c'est loupé pour l'anonymat!), ton incroyable talent de peintre des violences enfouies. Et comme à chaque fois je reste sidérée.
    "Elle vomit en s'accrochant aux marches de sa vie", extraordinaire image bien loin du poétiquement correct et pourtant d'une vérité éblouissante.
    J'aime beaucoup cette écriture en parallèle : d'un côté la mer, tempêtueuse et colérique puis endormie sous les étoiles; et de l'autre, Elle, haletante, vomissante, torturée. Puis apaisée enfin. Deux textes entrelacés qui peuvent se lire séparément. Mais si forts, réunis. Et toujours le chiffre deux!
    Du grand Coumarine, c'est sûr (mais la première partie aurait très bien pu être écrite par Kaila).

    Posté par marie-aude, 08 novembre 2006 à 07:52
  • Elle se cogne tous les jours au silence et elle le traduit en mots magnifiques.
    Le texte c'est Kaila qui l'a écrit

    Posté par Asterie, 08 novembre 2006 à 08:10
  • Kaîla ou courmarine, deux styles très différent et pourtant ce texte semble réunir les deux. Comme un appel à la vie si proche de l'amertume salée. Je pense à la chanson aux " sombres héros de la mer... Lost in the sea"

    Posté par lio, 08 novembre 2006 à 11:25
  • Si vous vous intéressez, Val et toi, aux autoportraits, il y a également ceux, remarquables, qui ponctuent toute sa destinée picturale, de Pierre Bonnard. Il y a aussi des entourloupes picturales dans les autoportraits de Spilliaert (faut que j'y retourne pour retrouver exactement ses tours de passe-passe... Au niveau de l'espace/du miroir). Les autoportraits de peintres sont rarement "gais", Bonnard s'est peint sans complaisance, parfois même en satyre, Rembrandt s'est peint à tour de bras, il n'est pas facile de soutenir son regard dans un miroir, le regard est donc ce que le peintre rend le plus difficilement... En effet, le regard que l'on a, lorsqu'on peint, est fixe, rétréci, précis (peut-être le même que celui qu'on a quand on écrit, bien qu'on ne se voie pas...) aigu, c'est un beau regard. Et en même temps, dans l'autoportrait, le peintre rend souvent sa difficulté d'être, de vivre, de travailler... Enfin, je pourrais parler des heures là-dessus, ce qui n'aurait plus rien à voir avec les mots de kaila et les silences de Coumarine ;o)

    Là, Coum, je trouve qu'il se passe vraiment quelque chose de très, très important - dans ton écriture, c'est comme la conciliation, le jeu, la danse, des deux personnes auxquelles tu as donné naissance et que tu laisses se réunir, aujourd'hui.

    Et face à la mer, métaphoriquement, c'est très beau...

    Posté par Pivoine, 08 novembre 2006 à 12:41
  • Quelles superbes écritures, vous deux! Ce texte, on le lit d'une traite, on relit un texte et puis l'autre, on le reprend dans son entièreté mais à deux voix. Et toujours, comme la vague qui ressemble à la vague mais n'est jamais pareille, ces textes chantent le fond marin qui nous faît naître à d'étranges vies. La haute technicité de l'écriture, la maîtrise du phrasé ne sont que le support au plaisir de lire! Merci, Coum, Encore et encore, s.v.p.!

    Posté par fc, 08 novembre 2006 à 15:10
  • Marie-Aude, oui,il faut croire que la façon dont j'écris se reconnaît puisuqe j'ai été assez vite "démasquée" sur les Silences de Kaila, alors que là j'espérais écrire à mon gré tempêtes d'hiver et jours de printemps.
    Ce texte c'est mon côté Kaila, tu l'a bien compris, étonnée moi-même parfois de la violence de mes mots, quand je les laissse aller

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2006 à 18:52
  • Oui, Astérie )


    Merci Lio d'être passée de Paroles Plurielles à ce blog ci
    Et merci pour tes mots

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2006 à 18:54
  • Pivoine c'est dans le cadre de l'APA (association pour l'autobiographie, que Valclair et moi (et d'autres encore) nous nous sommes fort intéressés aux auto portraits
    C'était le thème des journées de l'APA en juin de cette année, journées intenses dont j'ai donné un petit écho, en parlant de Henri Michaux et de Charles Juliet

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2006 à 18:57
  • fc, ton appréciation me va droit au coeur
    Moi qui encourage de tout mon coeur les autres à l'écriture aussi bien en live que dans le virtuel, je suis touchée qd on parle en bien de mes propres textes
    J'ai comme tout le monde, besoin d'être encouragée dans ce domaine si important pour moi...
    Merci

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2006 à 19:00
  • Coumarine ou Kaila, le charme est le même.
    Contente de découvrir d'autres aspects de toi!

    Posté par reevolution, 09 novembre 2006 à 09:00
  • OUf!!!!!! Ce texte me remue, plus que tu ne pourrais l'imaginer, peut être parce qu'il illustrerait sans doute parfaitement les propose de mon blog du moment.
    Ta sensibilité dans l'écriture fait presque mal! Partagée entre le désir de lire et celui de ne pas le faire, tant tu mets de brulure dans certains de tes écrits.
    J'ai l'impression d'être une toute petite fille face à sa prof de littérature: en admiration et me disant: "maman quand je serai grande, je serai coum" ;o)

    Posté par cassy, 09 novembre 2006 à 14:47
  • Coucou ! Sammy revient ! Je viens de commenter un petit paquet de contribution sur PP -je ne le fais qu'après avoir posté mon propre texte, et comme je l'ai envoyé hier seulement...

    Ton texte est si dense, si évocateur, que je n'ai pas pû me lancer... ça ne veut pas dire que je te snobe, hein ! Mais tu sais que j'aime trouver le mot juste

    Le premier commentaire, de MArie-Aude, parle d'écriture en parallèle. Bon, c'est à peu près comme ça que je vois la chose. Mais... il y "kekchose" d'autre dessous...

    Posté par Sammy, 09 novembre 2006 à 15:01
  • Merci reevolution...


    Cassy, c'est bizarre...Ce matin dans l'atelier d'écriture, quelqu'un me disait que personne ne pourrait soupçonner toute cette "violence", cette brûlure comme tu le dis si justement, (j'aime ce terme que tu utilises) qu'il y a en moi alors que je parais si souriante (ce que je suis en effet, souriante)
    Mais je crois que l'un n'empêche pas l'autre
    Par ailleurs, je dis et répète dans mes ateliers qu'il ne faut jamais se comparer les uns aux autres, je suis sûre que pas mal de gens t'envient ton écriture, si "brûlante" elle aussi
    Par ailleurs, je t'envie moi quelque chose, je le mettrai en commentaire sur ton blog...

    Posté par Coumarine, 09 novembre 2006 à 16:05
  • Coucou, Sammy, contente de te relire
    Rien que pour toi (non, je ne supprime pas mon blog Kaila, j'y tiens trop, je le laisse ouvert à la lecture de qui veut...c'est juste que c'est plus facile pour moi de grouper mes écritures.
    Si j'ai tort, si je fais une erreur (c'est possible après tout) je reviens me blottir chez Kaila...on verra

    Posté par Coumarine, 09 novembre 2006 à 16:10
  • Coucou ! Je t'ai mis un p'tit mot sur PP.

    Posté par Amanda, 09 novembre 2006 à 17:33

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