Ca se passe près de chez moi... - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

29 octobre 2006

Ca se passe près de chez moi...

 

chrysant

Chaque année, à la même période, je vis des sentiments de culpabilité, et sans doute de déprime mais c'est plus difficile à reconnaître. Sentiments que je m'efforce de colmater au plus vite. Quelques jours embêtants à passer, puis fini! On peut passer à autre chose...

Ça commence invariablement le samedi matin (hier donc). Comme chaque semaine, un grand marché sur la belle place de Paloindechémoi, offre ses montagnes de fruits, de légumes variés et plus appétissants les uns que les autres, de fromages, de poulets cuits et pas cuits, de charcuterie grasses et exemptes de cholestérol, quelques échopes de vêtements aussi, écharpes et pulls d'hiver, petits bonnets élégants (pour autant qu'un bonnet puisse être élégant, il a intérêt, vu qu'il aplatit méchamment les cheveux!)...et ENFIN...des monceaux de pots de chrysanthème, dans leur explosion de fleurs jaunes, blanches ou de couleur rouille...

Les gens achètent un (ou deux) de ces pots volumineux, et circulent donc tous avec leur précieux  "bébé" dans les bras, plutôt encombrant d'ailleurs (j'en ai vu qui l'avaient laissé tomber...le pot en mille morceaux sur le trottoir, et les fleurs lamentables et désormais inutiles...mais c'était beau ces fleurs perdues par terre...)

Aujourd'hui donc et pendant quelques jours, circulation dense et colorée autour du cimetière de Pasloindechémoi, on ne voit que ça: les paquets jaunes, blancs et rouilles qui se dirigent tous vers l'entrée, à petits pas pressés ou lents, même que cela se bouscule sur les parkings, il y en a même qui se disputent une maigre place... il y en a (horreur! ) qui "profitent" honteusement des places réservées aux handicapés)

Donc tout ce petit monde entre dans le cimetière avec son pot de chrysanthème bien serré contre soi et en ressort avec les bras délestés de leur poids et le sentiment du devoir accompli...

Moi je ne vais pas dans les cimetières, sinon en dehors de ces moments programmés, et si j'y vais,c'est pour respirer simplement la beauté et la tranquillité de ces lieux habités d'un calme mystère et pour y réfléchir à la Vie, à ma Vie, celle qu'il me reste à vivre...

Ceux qui sont là, je n'aime pas y penser en tant que morts, car ils vivent toujours dans ma mémoire, ils sont inscrits en moi de manière définitivement indélébile...


Commentaires

    Je ne vais pas non plus dans les cimetières à la Toussaint.

    Mes grands-parent sont enterrés dans un minuscule cimetière de campagne un peu en hauter, avec vue sur le marais breton. Quand j'y vais, je respire le vent venu de la mer, je leur en transmets un peu, je les remercie de tout ce qu'ils m'ont donné.

    Mon père est enterré dans un cimetière récent pas très loin des pistes de l'aéroport de Rennes. Quand j'y vais je pleure de chagrin et de rage. Pourquoi est'il mort si tôt ? Nous commencions à ressembler à une vraie famille. Une fois de plus il a fuit. Il était pourtant un si merveilleux Grand-père.

    Posté par Annick, 01 août 2008 à 12:50
  • Tout à fait d’accord avec toi, cette façon socialement correcte de rendre hommage à ‘ses’ morts cela a quelque chose d’indécent.

    Posté par Asterie, 29 octobre 2006 à 12:05
  • J'ai fait le même parcourt, marché, cimetière, nettoyage des tombes avec balais brosse, savon noir et gants de chirurgien. Il était important pour ma mère que la tombe de mes grands-parents et de mon père soit "présentable" pour tous les visiteurs. C'est à qui aura la plus belle tombe. Finalement je préfèrerais que le cimetière ressemble à un immense champs de fleurs sur lequel serait posé simplement de petites plaques. Ce commerce m'exaspère.

    Posté par Christine, 29 octobre 2006 à 12:22
  • "C'est à qui aura la plus belle tombe. "
    Christine, pardonne-moi, mais j'ai BONDI de mon siège en lisant cette phrase...
    Que le cimetière devienne vaste champs de fleurs, oui, c'est régal pour les coeurs et les yeux.
    Mais je n'irai pas brosser des tombes, même pas avec des gants, m'en fous de la plus belle tombe...(tiens tu me fais penser aux 1ères images de ce très beau film "VOLver")
    Mais d'autres pensent autrement que moi...je pense que mon mari ira fleurir la tombe de ses parents...

    Posté par coumarine, 29 octobre 2006 à 12:32
  • J'ai une seule personne à visiter au cimetière et à vrai dire, je trouve ça trop dur. Même le soutien des gens qui pourraient m'accompagner m'est insupportable.
    Ceci dit, je crois que c'est l'occasion pour les familles de se retrouver, de raviver les liens en montrant que tous comptent, même ceux qui sont partis. Et puis j'imagine que les souvenirs doivent revenir etc...
    Vision sans doute un peu idéalisée, bien sûr.
    Les émotions programmées à date fixe ont un côté artificiel et convenu. Mais d'un autre côté, il y a aussi un élan collectif, peut-être, qui porte en soi une certaine vibration?

    Posté par Forestine, 29 octobre 2006 à 14:44
  • En huit ans, j'ai du me retrouver devant la pierre tombale de mon père, a peine trois fois,
    je supporte assez mal les cimetière et moins encore ces édifices ou soit disant " reposent " ceux que l'on auraient perdus....
    la religion n'est pas de mon monde, je préfère et de loin penser et repenser a ceux qui sont partis et que moi, je garde enfoui dans un coin de ma tête...

    Posté par SanAntonio, 29 octobre 2006 à 15:34
  • Confidence:
    Moi non plus je ne vais pas au cimetière à la Toussaint...je ne m'en sens pas coupable du tout, à la différence de toi.
    Confidence:
    Par contre ,je fais 600 km en juin dernier pour le premier anniversaire de la mort de mon père blanc...
    Il repose en paix sous un arbre.Il m'avait parlé de ce lieu 8 jours avant sa mort.Il m'avait parlé des fleurs dans les cimetières il disait que c'étaient "des impatientes":des fleurs qui fleurissent à l'ombre avais -je précisé :cela m'avait fort marquée car pour moi ce n'était pas des impatientes qu'on voyait en fleurs dans les cimetières mais comme il insistait je l'ai laissé dire.
    Quand je suis arrivée sur sa tombe , j'étais curieusement très joyeuse d'être là et je lui ai demandé en riant s'il amusait là haut dans le ciel!Comme il ne m'a pas répondu je me suis dit:"Qui ne dit mot consent"!

    Posté par Charlotte, 29 octobre 2006 à 17:32
  • Sans titre...

    Ca m'a fait du bien...
    Ca m'a fait du bien de lire ton histoire, celle d'un samedi comme les autres finallement si ce n'est qu'il était marqué par la "routine" de la Toussaint.
    Ce que j'ai aimé dans tes lignes, c'est de constater qu'il y a des gens qui portent encore un regard neuf chaque jour sur le Monde et qui continuent à se demander quel est le sens de tout celà.
    Je n'ai rien contre la Toussaint ni même contre les gens qui vont nettoyer et porter une fois par an des fleurs sur une tombe... qui suis-je finallement pour les juger. Je ne connais pas leur vie, je ne connais pas leur joies et leurs soucis. Ce que je vois d'eux n'est qu'une photographie qu'il est trop facile de juger avec un oeil critique.
    Par contre, qu'il est bon de s'arrêter parfois dans la vie observer pour étudier la Nature dont l'Homme fait partie.

    Posté par Fred, 29 octobre 2006 à 17:52
  • Pour moi la toussaint signifie les visites au cimetière avec mes parents, les bras chargés de fleurs pour eux. Moi je ramassais les pots tombés et je "redistribuais les fleurs" sous le regard amusé de ma mère. Je n'aime pas l'idée qu'on doive témoigner de son attachement aux morts en fleurissant le plus possible leur tombe, d'autant que je ne suis pas croyante. Mais il faut avouer que toutes ces jolies couleurs dans un vieux cimetière c'est beau à voir!Et puis pouvoir se receuillir quelque part, c'est bien aussi, même si je reste une adepte de l'incinération. Je me vois bien changée en poussière et éparpillée quelque part sur le causse, là où je courrais enfant, insouciante! Faut que je pense à le marquer quelque part! pas du tout envie de manger les pissenlits par la racine ;o)

    Posté par cassy, 29 octobre 2006 à 21:08
  • Je comprends ton billet car je ressens exactement les mêmes choses que toi. Par contre je ne culpabilise pas (plus), j'ai dit et redit à mon entourage l'horreur que j'ai du lieu cimetière et en ai expliqué les raisons qui sont les mêmes que les tiennes. Mes êtres aimés disparus, je me refuse à les "voir" sous cette pierre dure et froide. Quand je regarde une tombe, les mots "décharné" "abimé" "décomposition" m'agressent. Mes disparus, ils sont dans mon coeur, je les "vois" dans mon quotidien, devant telle ou telle situation, je me rappelle de ce qu'ils ont dit et fait, ils m'aident à vivre et non pas à me lamenter.
    Je ne garnis pas la tombe de somptueuses fleurs qu'un coup de gel anéantira en moins de deux. Je préfère déposer un beau bouquet de fleurs des champs au mois de juillet. Et surtout je n'arpenterai pas les allées dans les jours à venir. On jasera sur moi devant une tombe presque nue, qu'importe, je leur pardonne, ils ne savent pas, ou si peu...

    Posté par Pralinette, 29 octobre 2006 à 21:15
  • Ben oui, je respecte la tradition. Nettoyage des tombes familiales une ou deux semaine avant (faut qu'ça brille!), pensées et cyclamens dans les jardinières, fleurs et plantes en ordre d'élégance. J'avoue, je crois aux rites pour assurer le relai d'une génération à l'autre, assumer son identité et réussir à faire les deuils que je n'ai pas toujours su très bien gérer. J'entraine mes enfants dans cette démarche avec, il est vrai, des bonheurs divers. S'il est éxact que la mémoire de nos ancètres ne survit pas à la mort de ceux qui les ont connus, je crois qu'il ne faut pas mésestimer la valeur des rituels.
    Hommes sans histoire, sociétés sans coutumes, évitement de la mort, générations sans liens. La tentation de l'homme seul peut aussi être le signe de notre suffisance et de notre égoïsme.

    Posté par Marie-Aude, 30 octobre 2006 à 09:30
  • Je suis désolée...
    Ne m'en veuillez pas si je ne réponds pas plus longuement et nommément à chacun d'entre vous.
    J'ai des problèmes de connection qui ne me donne que difficilement accès au NET
    Sachez que vos interventions sont importantes pour moi, et me font ou bien mieux vous connaître, et cela me fait du bien
    ou réfléchir et cela c'est aussi pour moi le bilan positif des blogs...
    Une phrase de toi Marie-Aude m'a pas mal secouée...je n'en dirai pas plus, mais j'ai décidé d'aller fleurir la tombe de mes parents, non pas pour souscrire à l'obligation sociale que j'épingle dans ma note, mais pour accomplir une démarche personnelle qui je crois est importante pour moi
    Merci à tous

    Posté par coumarine, 30 octobre 2006 à 14:34
  • J'ai également un problème de cimetière, quoi qu'un peu différent. Leur fréquentation ne me dérange guère, je vis sans que ça me pose problème en dehors des entretiens pour des postes ou des évaluations ("- Comment vous voyez vous dans cinq ans ?
    - Probablement morte"), dans l'imminence de ma propre mort. C'est la souffrance que je crains, pas tellement l'état final. Et ma vie, à part quelques merveilleuses parenthèses (comme celle d'un dimanche récent ) malgré beaucoup d'efforts m'apporte plus de tourments et de fatigues que de satisfactions. Je préfèrerais juste que mes enfants soient grands afin de ne pas leur faire défaut.
    Donc j'y vais volontiers en plus qu'en ville ils sont souvent de fort beaux espaces verts et calmes et où l'on n'est pas importunées, ni sollicitées sans cesse, ni assaillies de publicités.

    En revanche je ne supporte pas l'idée du "date fixe et obligatoire". Quand je dépose des fleurs j'aime que ça corresponde à de réelles pensées pour les personnes absentes. Mon irrégularité, déjà, me fait mal voir.
    Enfin mon père qui avait choisi d'être incinéré, le fut au Père Lachaise pour avoir ensuite ses cendres installées en banlieue au cimetière correspondant à son dernier domicile de vivant. Et pour moi quand je pense à lui, c'est au premier que je ressens qu'il "est" et que je vais marcher et réfléchir à ce que fut sa vie. Pas au second. Difficile (impossible ?) à faire comprendre à celles qui dans ma famille sont promptes à me sous-entendre jamais directement mais à coup de petites perfidies un manque avéré de piété filiale. C'est triste. Toujours les apparences qui comptent plus que le reste.

    Prompt rétablissement à ta connexion internet et bonne patience en attendant.

    Posté par gilda, 30 octobre 2006 à 22:34
  • Merci Gilda, pour ce long commentaire...intéressant et significatif

    Posté par coumarine, 31 octobre 2006 à 11:56
  • Tout d'abord, Coum... L'humour, l'humour... L'humour est un puissant allié. Ta promenade des chrysanthèmes est merveilleuse, tellement "visuelle". J'ai suivi ces chrysanthèmes, animés d'une vie presque personnelle, dans leur ballet autour des cimetières.

    Pour la question des tombes, des cimetières et du Jour des morts... Je crois que c'est entièrement personnel et propre à chacun. Sûr que chacun a sa façon de vivre la mémoire envers les morts et que nul ne peut être juger pour cela, ni se sentir coupable, ni...

    J'ai aussi pensé à Volver, bien sûr! Et aussi, malgré tout, à une scène dans "Frida", le film, je crois que Frida est au cimetière (un jour de "fête" plein de lumières et de couleurs, une nuit, plutôt), quand Diego Rivera revient lui demander un service, c'est-à-dire héberger les Trotsky en fuite.

    J'espère que ces jours de novembre s'annoncent moins cafardeux, après tout, (on l'a un peu oublié...) mais la Toussaint (religieusement) est surtout la fête de tous les saints! Et puis, Halloween est peut-être l'occasion de manger du potiron ?

    Ce qui m'amène à te montrer, dehors, les belles couleurs d'automne, de quoi te remonter le moral !

    Bisous !

    Posté par Pivoine, 31 octobre 2006 à 13:33
  • Christine, j'ai fait comme toi, pour faire plaisir à ma mère....
    Pour moi, cela n'a pas de sens, je pense comme Coum'...Et pourtant je cède, c'est pas trop dur.

    J'ai vu à la télé un parc dans le Morbihan où on peut planter son arbre, celui sous lequel on enterrera ses propres cendres, recouvertes des fleurs préférées de la personne décédée.
    Comme cela, on sait sous quel arbre on dormira, comme cela, il restera une petite trace quelque part ( ce qui n'est pas le cas si l'on disperse des cendres en mer par ex. )ce qui aidera aussi peut-être un proche à faire son deuil...
    Sais pas trop, mais l'idée fait son chemin....

    Posté par Amanda, 31 octobre 2006 à 14:47
  • Débat passionnant et passionné, tant il met en jeu notre relation à nos morts. Et aussi pour une bonne part l'image que nous voulons renvoyer de notre rapport à nos morts.
    Il me semble que la question est aussi celle de la foi. Si l'on croit à un au-delà, il peut être utile de revenir sur les lieux et de manifester son attachement. En revanche, si l'on ne croit pas à la réssurection des corps, que la vie se termine avec la mort, quel intérêt à fleurir les tombes sinon celui de ne pas se faire repérer par ses voisins ? C'est malgré tout assez complexe car on peut accomplir ce devoir sans y croire, simplemntr pour honorer la mémoire du mort, pour répondre à une promesse implicite, parce qu'on se dit que ça comptait pour lui...
    Contrairement à ce que tu dis, Marie-Aude, je ne pense pas que l'égoïsme consiste à ne pas fleurir les tombes à date fixe. Il me semble (mais c'est un point de vue d'agnostique) qu'il y a d'autres moyend de faire vivre la mémoire des morts et d'apprendre à nos enfants d'où ils viennent.
    Merci Coum pour ce débat. Je t'embrasse.

    Posté par telle, 31 octobre 2006 à 21:53

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