C comme...Chemin - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

30 mars 2006

C comme...Chemin

Le (droit) Chemin

Le droit chemin a de solides œillères. Il va mourir comme un con là-bas tout au bout d’une vie tellement rectiligne qu’elle en meurt d’ennui.
Défense de tourner la tête à gauche, pour surprendre l’oiseau libre et souverain, qui glisse sur la pesanteur du brouillard.
Défense de tourner la tête à droite, pour sourire au vent qui frôle en jouisseur les visages affamés de lumière.
Défense encore de s’arrêter sur le bas côté de la route, là ou justement éclatent de joie les coquelicots tendres et fiers, les renoncules sauvages et les saules têtards.
Défense de prendre son temps, de rêver, de flâner, de baguenauder, de savourer la respiration du temps qui coule…défense aussi de courir comme des fous dans les blés qui frissonnent dans les vents chauds

Le droit chemin est rigide et sévère. Il ignore la petite luciole qui s’allume dans les herbes durant les nuits d’été. Il est sourd à l’appel strident de la cigale obstinée, il a le nez bouché aux douces senteurs des corps qui se découvrent nus et vulnérables, il ne connaît pas les mots qui se cachent ailleurs que dans les dictionnaires intelligents…
Il ne voit pas les étoiles qui dansent  ou les perles qui pleurent dans les yeux des inconnus que l’on croise. Parce qu’il ne regarde pas les inconnus, ni même les connus qu’il croit connaître trop bien. Le droit chemin s’y connaît en étiquettes définitives.
Alors il continue droit devant, obstiné, intransigeant : il a raison de toutes façons! Enfin il le prétend...

Il ne s’attarde pas à tenter de comprendre les paroles capitales qui n’ont pu être dites, mais qui se devinent oh ! combien... dans les mains nerveuses, les gestes désordonnés, les mots qui se chevauchent, les yeux qui n’osent regarder en face.
Il ignore le langage patient de la tendresse, qui prend le temps qu’il faut pour apprivoiser le renard dans les blés d’or…

Non vraiment je préfère à tout prendre, les chemins sinueux, les chemins de ronces où l’on rencontre mille et un dangers sans doute, mais aussi mille et un trésors et autant d’aventures. Je préfère musarder à l’écoute de l’essentiel qui se cache c’est bien connu, dans les tout petits riens. Je préfère prendre le temps du silence pour capter un peu du mystère de l’humain, un peu du mystère de l’infini.
Je préfère cueillir comme autant de cadeaux les rencontres de ceux qui me ressemblent, et aussi de ceux qui ne me ressemblent pas.
Assurément, je préfère souffrir même fort, même longtemps, de m’être trompée de route, que de n’avoir rien tenté pour vivre passionnément.
Dans le droit chemin, j’aurais sûrement  perdu mon âme…


Commentaires

    "Assurément, je préfère souffrir même fort, même longtemps, de m’être trompée de route, que de n’avoir rien tenté pour vivre passionnément."

    J'ai commencé timidement à quitter le droit chemin.. c'est difficile après plus de 40 ans d'existence.
    Celà fait des remous chez les proches.

    Mais je ne suis plus d'accord pour retourner dans le droit chemin.. même si de temps en temps je suis bien obligée de le suivre... Et j'invite l'Homme à sortir lui aussi...

    Posté par Annick, 07 juillet 2008 à 19:44
  • il n'y a que des chemins de traverse, que des digressions... qui valent la peine

    Posté par malisan, 30 mars 2006 à 21:55
  • "mais si tu m'apprivoises..".

    Ce texte est magnifique...

    "Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, .. je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près..."
    Ce n'est pas dans les droits chemin qu'on glane l'or de la vie..tu as raison, Coum'.. et ce soir, je ris avec les étoiles. Merci.

    Posté par Alauda, 30 mars 2006 à 22:05
  • J'ai lu il y a peu ton texte sur le bonzaï, mot détesté..dans ce texte ci c'est un des mots que je déteste que tu épingles : étiquettes.

    Par contre les chemins.. ;o)

    Posté par arcadia, 30 mars 2006 à 22:10
  • Chemins de traverse, où cheminer en se tordant parfois les pieds (ou l'âme), mais chemins exquis de n'être pas foulés par l'anonyme ennui.

    Posté par Mouette, 31 mars 2006 à 08:05
  • Un chemin pour se perdre, le seul qui vaille la peine d'être emprunté.

    Posté par Asterie, 31 mars 2006 à 08:24
  • Je n'ai jamais pris le droit chemin et comme j'ai eu raison. En lisant ton texte je visualisais les longues routes américaines où il n'y a rien de part et d'autre qu'un paysage monotone, puis les petites routes inconnues qui nous offrent des surprises, bonnes ou mauvaises mais des surprises. Ma vie je l'ai suivi sur ces petites routes et comme toi j'en suis ravie. Quelle richesse !
    Bises.

    Posté par gourmande, 31 mars 2006 à 08:46
  • Sans âme

    Dans le droit chemin tu aurais perdu ton âme... parce qu'il se parcours sans état d'âme. Il est sans âme. A t'on déjà vu une âme "droite" (dans ses bottes) ?

    J'imagine plutôt une âme généreuse, ouverte, étoilée, épanouie, rieuse, espérante. Vivante.

    Posté par Idéaliste, 31 mars 2006 à 09:46
  • l'Idéaliste...on dirait que tu me décris là... (sourire)

    Posté par coumarine, 31 mars 2006 à 13:29
  • Coumarine, de lire ton si joli texte, je vais partir en week-end avec dans la tête la chanson de Mireille et Jean Nohain qui me rend le coeur léger, et que je veux t'offrir ici :

    Pour aller à la Préfecture
    Prends la route numéro trois
    Tu suis la file des voitures
    Et tu t'en vas tout droit, tout droit...
    C'est un billard, c'est une piste,
    Pas un arbre, pas une fleur,
    Comme c'est beau, comme c'est triste,
    Tu feras du cent trente à l'heure
    Mais moi, ces routes goudronnées,
    Toutes ces routes
    Me dégoûtent,
    Si vous m'aimez, venez, venez,
    Venez chanter, venez flâner
    Et nous prendrons un raccourci :
    Le petit chemin que voici...

    Ce petit chemin... qui sent la noisette
    Ce petit chemin... n'a ni queue ni tête
    On le voit
    Qui fait trois
    Petits tours dans les bois
    Puis il part
    Au hasard
    En flânant comme un lézard
    C'est le rendez-vous de tous les insectes
    Les oiseaux pour nous, y donnent leur fêtes
    Les lapins nous invitent
    Souris-moi, courons vite
    Ne crains rien,
    Prends ma main
    Dans ce petit chemin !
    Les routes départementales
    Où les vieux cantonniers sont rois
    Ont l'air de ces horizontales
    Qui m'ont toujours rempli d'effroi...
    Et leurs poteaux télégraphiques
    Font un ombrage insuffisant
    Pour les idylles poétiques
    Et pour les rêves reposants...
    A bas les routes rabattues
    Les tas de pierres,
    La poussière
    Et l'herbe jaune des talus...
    Les cantonniers, il n'en faut plus ! ...
    Nous avons pris un raccourci :
    Le petit chemin que voici...

    Ce petit chemin... qui sent la noisette
    Ce petit chemin... m'a tourné la tête
    J'ai posé
    Trois baisers
    Sur tes cheveux frisés...
    Et puis sur
    Ta figure
    Toutes barbouillée de mûres...
    Pour nous observer, des milliers d'insectes
    Se sont installés par dessus nos têtes
    Mais un lièvre au passage
    Nous a dit "Soyez sages !"
    Ne crains rien
    Prends ma main
    Dans ce petit chemin !



    Désolée, j'ai pris un peu de place sur le chemin

    Bon week-end !

    Posté par Traou, 31 mars 2006 à 16:50
  • J'aime ton texte, je l'aime beaucoup...J'aurais aimé l'avoir écrit...Je m'y sens chez moi!
    Je connais des gens qui se croient st se disent dans le droit chemin et droits dans leurs bottes...Ils sont chiants et très intolérants...A fuir.
    Bisous Charlotte.

    Posté par Charlotte, 31 mars 2006 à 16:54

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