A propos des sous - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

07 mars 2006

A propos des sous

Tiens parlons-en de l'argent, sujet tabou s'il en est...

J'ai très vite cessé tout travail professionnel pour m'occuper de mes enfants. Une famille de 7 personnes demande un temps plein, non rémunéré (sinon par des allocations familiales, destinées bien sûr à couvrir uniquement quelques uns des frais d'une famille nombreuse)

Je n'ai donc pas gagné ma vie, pas de fortune personnelle (non non!) pas d'héritage...j'ai simplement "gagné" d'être présente à mes enfants, j'y ai gagné une bonne relation avec eux. Cela n'a pas de prix

Du temps où j'étais mère au foyer, et que je me rendais à des rencontres "de société"" (mariages, coquetèles, et autres ...) on se tournait vers moi pour me demander invariablement (et uniquement) des nouvelles de mes enfants. Présupposant que je n'avais rien à dire de moi, puisque je ne travaillais pas. Et aussitôt on s'adressait à d'autres personnes qui avaient des choses intéressantes à dire...mon mari par exemple qui a une profession qui "intéresse" beaucoup les gens

Moi en tant que personne je n'existais pas, ou si peu...j'étais la femme de...et la mère de...

Et de me croire ainsi incolore, insipide, je me comportais effectivement en personne transparente, timide, pâlotte (alors là... faut dire que j'ai bien changé, oups!)

Ne pas gagner sa vie...dans une société qui évalue les gens à ce qu'ils gagnent (ou à leur fortune personnelle) ce n'est pas toujours facile à gérer. Même si le mari est reconnaissant pour tout ce qu'on fait pour gérer la petite famille, même s'il est conscient de tout l'investissement (non calculable) que cela suppose, eh bien, malgré tout, c'est lui et toujours lui qui gagne sa vie et celle de la famille

Moi, je euh...dépensais. Forcément!

Depuis quelques années j'ai repris une vie professionnelle qui en réalité ne suffirait absolument pas pour me faire vivre si je devais me débrouiller toute seule. Je reste donc à charge de mon mari (comme on dit si joliment en Belgique!)

L'argent que je gagne désormais est donc plus un argent de poche qu'autre chose. Néanmoins il est très important pour l'image que j'ai de moi, pour la satisfaction de pouvoir par ex m'offrir un extra que je ne dois plus "demander" à mon homme, ou "justifier"...Mes spectacles, mes interviews d'auteurs, mes ateliers, ne me rendent pas riches en sous, mais riches en contacts, en projets, en activités intéressantes..c'est important aussi...

C'est parce que j'ai tellement galéré au point de vue financier (il me fallait calculer le moindre franc que je dépensais...) c'est pour cela que je suis prête à faire du ...c'est quoi encore ce mot? ...du dumping pour que d'autres plus jeunes et doués rencontrent sur leur chemin quelqu'un (comme moi) qui serait prêt à les mener sur le chemin de créativité qu'ils souhaiteraient prendre...


Commentaires

    Rien a ajouter

    je suis entièrement d'accord avec toi Coumarine.
    je partage ta façon de vivre et de penser.
    Bises

    Posté par Gourmande, 07 mars 2006 à 22:24
  • Il y a une retraite en Belgique pour les mères de familles? (en France, c'est 65 ans je crois)

    Posté par jid, 07 mars 2006 à 22:33
  • Je te comprends pleinement, Coum, même si la maternité comble bien des manques, même si le couple est une force en soi. La petite voix intérieure qui murmure, qui chante, mérite d'être exprimée et "reconnue". Quand on possède un don, un talent, quel qu'il soit, l'étouffer est cruel. Parce qu'il aide à vivre celui qui le détient et peut l'épanouir. Et qu'importe s'il est lucratif: l'essentiel, c'est être bien, en harmonie avec soi et les autres.

    Et après avoir élevé ters enfants, tu as eu le courage de t'atteler à l'écriture, de lancer ton Atelier, d'exprimer, d'écrire. Je te souhaite de t'épanouir jour après jour, car tu le mérites.

    Posté par Lorraine, 07 mars 2006 à 22:47
  • Ben là aussi il faut que je réagisse. Parce que moi aussi je suis passée par là. Je n'ai élévé que 3 enfants, pendant 15 ans de ma vie. Depuis 2 ans je retravaille et je crie haut et fort : j'admire les mères au foyer pour 2 raisons:
    _ leur travail n'est pas reconnu alors que rester à la maison s'occuper de sa nichée est bien plus compliqué et difficile que d'aller à l'exterieur travailler( et j'en sais quelque chose)
    _ Parce qu'elles sont à contre courant de notre société, que la plupart du temps elles choisissent de le faire et doivent subir les regards interrogateurs de la société qui ne te fais exister qu'au travers d'une place sociale,. Autrement dit, à la maison, tu es le pilier de la famille , a l'exterieur tu n'es rien, tout juste un faire valoir, a la limite de la débilité sûrement puisque tu ne t'assumes pas financièrement.Et donc tu dois avoir une intelligence limitée, a tel point que tu finis presque par le croire.
    Zut ça m'enerve ce sujet , du coup j'écris mal. Pff! m'enfin, je me comprends et toutes les femmes au foyer aussi j'en suis sûre.

    Posté par cassymary, 07 mars 2006 à 23:24
  • Ce que tu dis, est malheureusement un fait qui se confirme chaque jour. C'est le regard des autres qui est biaisé. Il est anormal de ne penser le monde qu'au travers du prisme professionnel ! C'est un truc qui m'exaspère… Personnellement, mon travail est également très prenant et fort intéressant… Et je mets un point d'honneur à n'en parler qu'avec parcimonie, préférant les sujets plus généraux sur ma famille, les sorties que nous faisons, les rares voyages, la dernière recette de cuisine que nous avons testé etc…

    C'est aussi une sorte de combat commun pour faire changer les mentalités.

    Posté par obni, 08 mars 2006 à 06:51
  • Ne changes rien, c'est comme cela qu'on t'aime.

    Posté par Asterie, 08 mars 2006 à 08:48
  • Se déprendre de dépendre...quel gain ?

    Ayant encore en tête l'exemple de la génération maternelle et les humiliations plus ou moins évidentes dont ma mémoire garde trace encore aujourd'hui, je crois très difficile pour une mère de mener de front une vie publique et une vie familiale sans y perdre des plumes. D'où l'importance de choisir en connaissance de cause le panachage entre intérêts personnels et intérêts altruistes tels que les dictent les rôles soit-disant traditionnels. Si une vie de mère n'est pas suffisante, une vie de femme embrigadée par la logique de production et de réussite dite sociale ne l'est pas davantage. Le facteur "temps passé à" faire autre chose que ce qu'on aurait envie de faire n'est pas une exclusivité féminine, mais il se trouve que les femmes ont longtemps été conditionnées pour subir le sort de bêtes de somme ou de Mary Poppins sans que nul ne s'inquiète de l'iniquité du système.C'est cela qui est en train de changer mais au prix d'une difficulté supplémentaire : le fait d'élever correctement des enfants ( ce qui implique attention soutenue et présence jusqu'au cap de la fin d'adolescence ce qui fait un sacré bail !) est devenu un luxe...
    Avant les familles nombreuses étaient des familles modestes ou pauvres, aujourd'hui les familles nombreuses se développent dans des milieux où justement le choix (relatif) de ne pas travailler à l'extérieur en est un ( Et on peut même imaginer maintenant que ce soit alternativement la femme qui travaille et l'homme qui assure l'intendance et le quotidien de proximité). Je pense que si on donnait le choix réel à la plupart des gens, ils prendraient des congés sabbatiques et alterneraient volontiers des périodes de travail à l'extérieur et des périodes consacrées à la vie de famille plus cocoonante. J'aime bien par exemple l'idée de familles qui décident de partir en voyage pour six mois ou un an afin de découvrir d'autres modes de vie, d'autres certitudes sur le sens de la vie... Nous manquons d'air et d'espace, tous et toutes, et c'est toujours avec une culpabilité trop encombrante que nous rêvons l'ailleurs et l'ici que nous idéalisons souvent à perte... Il y a donc un équilibre à trouver au milieu de toutes ces contraintes et des choix malgré tout...

    Posté par Marie.Pool, 08 mars 2006 à 09:03
  • Cassymary > Non seulement je te comprends mais je t'acclame !

    Coum > Ton point de vue rejoint celui là, mais ta perception de la dépendance financière fait fortement écho à des questions que je me suis posées, peut être les ai-je balayées, mais il me semble les avoir résolues différemment même si je comprends ce que tu ressens avec cette autonomie financière. Je crois qu'il m'importe peu au fond de savoir QUI gagne l'argent, car je sais qu'il est une contrepartie de mon travail domestique,une monnaie d'échange en quelque sorte. Jamais je n'ai considéré le besoin d'"argent de poche ", cet argent est à moi, et je ne le vole pas ! Ni ne le demanderait !
    Je crois même pouvoir avancer que si la carrière de Y. évolue, je n'y suis pas étrangère, alors faudrait pas que j'ai à lui demander un seul centime, je crois qu'il ne se risquerait pas sur ce terrain là )

    Posté par Ségolène, 08 mars 2006 à 09:19
  • décidemment, être une femme est d'un compliqué...!!
    quel magnifique choix ces messieurs nous offrent!!
    en cette journée de la femme, il est bon de lire ce que je viens de lire, tant dans ton message que dans les commentaires qui y sont liés...

    bravo, mes soeurs de courage!
    quel que soit votre choix de vie ( si on peut parler de choix, evidemment...), vous êtes des êtres si intensément vivants! vous connaissez vos failles, vos envies, vos limites aussi... tout le monde ne peut en dire autant...
    j'ai personnellement 3 enfants. par envie personnelle ( ET par besoin financier ), j'ai un travail, et ne profite donc que peu de mes enfants. je ne me plains pas! pour avoir pris un congé parental pour voir grandir mon second fils, je sais que je ne suis pas faite pour une vie de maman au foyer. tout simplement parce que c'est une vie par trop restrictive, effectivement. j'ai besoin de m'épanouir en d'autres domaines, pour me sentir entière.
    être une maman est pourtant tout sauf simple... quoi de plus difficile, en effet, que de construire le futur de ses gosses, tout en offrant au mari l'occasion de s'épanouir dans son job, tout ça en maintenant une agréable atmosphère chaleureuse dans ton foyer... et tu entends quoi, en réponse à ce travail de titan ?
    "ah, mere au foyer... t'as pas de boulot, donc.. tu ne travailles pas..." non, mais je vous demande un peu, quelle tête aurait ces gens, s'ils échangeaient une seule journée de leur précieux job, contre une journée de femme au foyer.....
    et si tu regardes de plus près la vie d'une maman qui bosse à l'extérieur, pas simple non plus.. le fait d'avoir un boulot, n'est qu'un truc en plus dans la liste de tes obligations de femme... tu dois rester une maman à l'écoute, te coltiner les devoirs, la lessive, les courses, la cuisine, le ménage, sans compter que tu dois rester jolie, et attirante, evidemment..
    et quand tu as un homme compréhensif, qui partage avec toi ces obligations quotidiennes, on te serine qu'effectivement, tu en as, de la chance, d'avoir un homme comme ça, qui est même prêt à faire TON boulot.... ah oui, pasque ça reste ton boulot, faut pas déconner non plus....

    ne cherche pas dans le regard des autres le droit que tu as de vivre tes passions, coumarine, tu ne l'y trouverais que trop rarement... vis pour toi, en priorité, car ainsi, tu t'enrichiras et offriras à ceux que tu aimes le meilleur de toi : une personne entière et comblée, à même de les rendre heureux, et ça, ça n'a pas de prix.

    Posté par pati, 08 mars 2006 à 10:05
  • Là aussi Coumarine je me retrouve dans tes propos:
    "...ah mais vous êtes certainement la maman de ..."
    "...mais vous n'êtes pas l'épouse de?...
    "...vous êtes sûrement la fille de ...vous lui ressemblez beaucoup..."
    Et gnagnagni et gnagnagna...
    SI, je suis tout ça à la fois c'est magnifique non?
    Un jour cette évidence m'a sauté au visage sans prévenir et m'a fait très mal...et moi je suis qui?
    Amicalement,
    Kikyane

    Posté par Kikyane, 08 mars 2006 à 11:25
  • Bonjour Coumarine...

    ...et bonjour à toutes.
    Ben vous savez quoi...? Moi je ne sais pas trop où me situer dans toute cette discussion. Je suis maman au foyer et pas par vrai choix: mon mari est parti il y a 4 ans, juste au moment où il a obtenu le boulot qu'il voulait et juste avant d'opérer l'échange que nous nous étions promis ("j'élève les enfants jusqu'à ce que tu aies obtenu ton boulot, et ensuite tu prends le relais pour que je finisse mes études"). Je me suis retrouvée sans ressources et sans études, avec un loulou de 3 ans et demi et un bébé de 18 mois. J'ai fait appel aux aides sociales pour retomber sur mes pattes. Sainte "API" (allocation parent isolé) m'a dépannée, suivie du RMI.
    Or je suis moi aussi une passionnée, j'ai toujours bossé avant mes enfants, jamais été dependante de qui que ce soit, et là...me voici aux crochets de la société, tentant très doucement petit à petit de créer mon activité professionnelle (illustratrice) à la vitesse de pointe de l'escargot estropié...
    Du coup, je culpabilise...
    - De ne pas avoir su retenir mon mari et de ne pas réussir à refaire ma vie de femme...
    - D'être la maman la plus désorganisée, piètre ménagère et cuisinière du dimanche...que je connaisse.
    - De vivre aux crochets des gens qui bossent - eux!
    - De mettre plus de deux ans à mettre mon activité sur pied et ce n'est pas fini... en autodidacte qui plus est...
    Ceci dit, j'élève deux être qui se révèlent être très aimants, équilibrés et appréciés partout où ils vont. Ils sont curieux, éveillés et sensibles.
    J'en bave de les élever seule, mais je bénis chaque seconde de cette opportunité à les voir se développer de minute en minute et me sens si privilégiée de pouvoir en profiter.
    Et puis je me dis que quand j'aurai réussi à lancer mon activité (si, si, je suis optimiste!!), je serai triplement fière...
    - D'avoir réussi à remonter la pente.
    - D'avoir deux jeunes hommes libres et heureux comme fils.
    - De bosser "pour moi" dans ce que j'aime et de repayer la société pour ce qu'elle m'a permis de vivre en me dépannant au moment critique.
    Le seul point de doute, c'est ma vie de femme... Après 4 années de solitude, j'ai peur de ne jamais retrouver la magie de l'amour d'un homme...
    Maaaa foi!
    En tout cas, bravo à toutes pour votre courage au quotidien, pour ces discussions riches que vous permettez d'ouvrir et pour tout ce soutien partagé!
    Si y en a qui aiment les chevaux, l'illustration ou qui sont curieuses, bienvenue sur mon blog! )
    Coumarine, merci pour cet espace d'échanges, et plein de belles choses à toi.

    Posté par Angé, 08 mars 2006 à 13:07
  • BRAVO

    Bravo, encore bravo, à Vous et à Toutes.

    Posté par Souricette, 08 mars 2006 à 18:41
  • Vous lire toutes me conforte dans la fierté d'être née du côté féminin... N'en déplaise à Freud je n'ai jamais "envié le pénis" de mon frère jumeau,...( ni d'aucun autre... promis ! ) )
    Il ne nous manque rien ! Et vos témoignages,s'il était besoin en sont de belles preuves.
    Bisous Coum' !

    Posté par Alauda, 09 mars 2006 à 18:18
  • Difficile d'accepter de "dépendre de" quand toute son enfance on vous a seriné que c'était indigne, voire totalement inimaginable !
    Il m'a toujours fallu travailler, comme si je cherchais l'air indispensable à ma survie. Point de répit, juste le temps d'un petit (maintenant grand) et hop c'était reparti... mais j'ai pris un peu de temps pour lui, et travaillé à mi temps. AInsi j'étais "active", "sociabilisée" et pas tout à fait dépendante !
    Mais pourquoi diable une femme qui ne travaille pas, n'existerait-elle pas malgré tout ?
    Je commence seulement maintenant à me poser la question ! (merci maman de cette éducation à la c**)
    Coumarine, je t'admire, et je suis d'accord avec toi !

    Posté par Rainette, 11 mars 2006 à 21:37
  • Aaaaah !!! Chère Coum...

    C'est merveilleux, de croiser des gens comme toi !!!

    Et comme je te comprends (dans les sorties, les coquetèles et les vernissages, même si je travaillais, mais peuuuuh! une s'crétaire, est-ce que ça comptait?) - moi aussi, avant d'être une femme, et une femme passionnée d'art, de culture et de littérature, j'étais aux yeux des autres... La femme de (et même pas la mère de... Ca, je l'ai été quand le petit a réussi brillamment...) Etc. etc.

    Posté par Pivoine, 12 mars 2006 à 23:42

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