Faut être humble, mon enfant... - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

21 décembre 2005

Faut être humble, mon enfant...

Voici un texte de Nelson Mandela, prononcé lors de son discours d'investiture en 1994

On m'a remis ce texte, il m'a drôlement frappée, je le retranscris ici

"Notre crainte la plus profonde n'est pas d'être insuffisant. Notre crainte la plus profonde est que nous soyons puissants au delà de toute mesure.

C'est notre propre lumière et non pas notre obscurité, qui nous fait le plus peur.

Nous nous demandons: qui suis-je moi, pour être brillant, talentueux, fabuleux?

Il faudrait plutôt demander: qui êtes-vous pour ne pas l'être?

Vous êtes enfant de Dieu. Vous faire tout petit ne sert pas le monde.

L'illumination n'est pas de vous rapetisser pour éviter d'insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle n'est pas réservée à quelques-uns; elle est en chacun de nous et en laissant briller notre propre lumière, inconsciemment nous donnons aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres"

Dans ce monde marqué par l"empreinte judéo-chrétienne, la soi-disant vertu de l'humilité a fait des ravages. On ne pouvait pas complimenter les enfants pour ce qu'ils avaient fait de bien (ils auraient pu devenir orgueilleux, oh le vilain défaut!) on ne pouvait surtout pas dire leurs talents, leurs qualités (en tout cas pas devant eux...on ne pouvait même pas dire qu'on les aimait)

Par contre les fustiger pour ce qu'ils avaient fait de mal, relever leurs défauts si possible devant tout le monde, ça c'était bon pour leur vertu d'humilité!

J'ai été élevée dans ctte mentalité qui frappe encore aujourd'hui: Ne pas relever les points forts, ou simplement positifs,  mais mettre le doigt sur tout ce qui ne va pas...quelle tristesse

Si quelqu'un ose dire ses qualités, on a tôt fait de lui rabattre le caquet, on parle d'orgueil, de suffisance, de narcissisme

C'est tellement difficile d'acquérir la confiance en soi, suffisamment pour oser aller jusqu'au bout de ses possibilités sans toujours douter, sans toujours tout remettre en question, hésiter, ne pas croire en soi (et en même temps dans les autres

Hier quelqu'un m'a dit que j'étais forte...c'était je crois un compliment. Je crois que c'est vrai , je suis forte, mais en même temps j'ai mes fragilités que je reconnais bien sûr, avec lesquelles je vis et je compose, mais dans lesquelles je ne m'enlise plus comme par le passé, et qui ne me servent plus d'alibi pour ne pas oser, innover, foncer même parfois

L'humilité, vient de "humus", qui appartient à la terre, qui s'enracine dans le réel, dans la terre des hommes

Cela n'a rien à voir avec le rabaissement incessant de soi-même


Commentaires

    Je parlais l'autre jour avec mon frère et on se rendait compte que l'on avait tous les deux un sérieux manque de confiance en nous. Mais pourquoi? Nous avons des parents aimants, fiers de nous, conscients de notre potentiel qui nous ont toujours encouragés à faire ce que nous voulions tout en nous valorisant beaucoup.
    Je crois que quand nous nous sommes mis à voler de nos propres ailes, on s'en est pris plein la tête. (on a soudain réalisé avec horreur que nous n'étions pas les plus beaux ni les plus talentueux...ce que nos parents nous avaient pourtant laissé croire...

    Il n'y a pas d'éducation parfaite!

    Posté par sabine, 21 décembre 2005 à 21:57
  • Je partage largement ta réflexion Coumarine. J'ai reçu le même genre d'éducation et j'ai toutes les peines du monde à trouver cette confiance en moi défaillante.

    Mais le commentaire de Sabine me laisse perplexe ! Même en donnant confiance à ses enfants, on peut se tromper ? Peut-être qu'entre dire "tu es le plus fort" et dire "tu pourrais faire mieux" il y a une voie médiane...

    Posté par Idéaliste, 21 décembre 2005 à 22:06
  • Lire le livre suivant dont le titre en dit déjà long sur le sujet:"C'est pour ton bien" d'Alice Miller.
    J'aime beaucoup ce texte de Mandela.
    La première fois que j'en ai pris connaissance, je ne pouvais imaginer que je pouvais oser penser ainsi.L'humilité qu'on m'avait apprise, s'en trouvait malmenée!
    C'est un compliment que de dire à quelqu'un qu'il est fort...
    Charlotte.

    Posté par Charlotte, 21 décembre 2005 à 22:10
  • Merci à vous trois pour vos réflexions
    Sabine ah oui! ta réflexion me laisse perplexe aussi...j'espère avoir d'autres éléments de réflexion, ici ou ailleurs
    Dis Sabine peut-être que tes parents vous ont trop fait croire que vous étiez LES meilleurs???
    Ou alors le manque de confiance en soi est inhérent à la nature humaine? Serait-ce cela???

    Posté par coumarine, 21 décembre 2005 à 22:34
  • L'éducation que nous avons reçue depuis notre tendre enfance nous colle toujours un peu à la peau. Elle est en quelque sorte une deuxième peau, une sorte de tatouage. Un enfant s'imprègne d'un ensemble de facteurs qui vont être déterminants pour son futur.
    Etre parent, ça ne s'apprend pas, ça vous tombe dessus comme ça! Mais quelle sacrée responsabilité pour le devenir de ses enfants!
    Etant chaque jour en contact avec des enfants, j'ai pu observer les modes différents d'éducation parentale et leurs effets sur leurs petits .
    C'est criant de vérité!
    J'ai aussi bcq réfléchi à la psychologie à adopter face à ces modes divers d'éducation. Quelle sacrée responsabilité!
    Faire "grandir" l'enfant dans le respect de l'autre, lui donner confiance en lui en le valorisant lorsqu'il a fourni des efforts pour y arriver, essayer de trouver le juste équilibre dans tout, être un des multiples maillons dans sa vie...Et reconnaître aussi d'avoir fait des erreurs...
    "Un jour, tu seras un homme, mon fils!"

    Posté par colette, 22 décembre 2005 à 00:22
  • A l'autre extrémité des comportements, certains parents considèrent que leur enfant est la première merveille du monde et le surprotège avec le risque d'en faire un assisté.
    L'éducation est une simple question de bon sens qu'il ne faut surtout pas intellectualiser, ils sont membres de la famille, du clan, à leur naissance avec des droits mais aussi de devoirs cela n'empêche pas l'amour.

    Posté par Asterie, 22 décembre 2005 à 07:00
  • Non, bien sûr, ils ne nous ont pas laissé croire que nous étions LES meilleurs mais ils nous font prendre conscience qu'on a droit à tout le bohneur du monde et se soucient beaucoup de savoir si nous nous réalisons en tant qu'adultes...si on y arrive pas, on est très fragilisés...oui, je crois que c'est plutôt ça...

    Posté par sabine, 22 décembre 2005 à 07:53
  • humblement...

    je me demande ce qui t 'a fait passer chez moi par hasard,touver belles mes photos puis ne plus donner signe de vie ? bon,d'un autre côté j 'ai toujours quelques réponses possibles...mais en fin de compte ma remarque c'était juste pour écrire quelques mots sans importance ah ! toujours cette humilité ! Lol

    Posté par francis, 22 décembre 2005 à 13:12
  • humblement...(bis)

    bonne fêtes de fin d 'année !

    Posté par francis, 22 décembre 2005 à 14:05
  • héhé...je t'avais retrouvé sans aide, Francis
    Bonnes fêtes à toi aussi

    Posté par coumarine, 22 décembre 2005 à 14:21
  • cette réflexion est encore une fois pleine de justesse... je crois que l'humilité permet aussi l'ouverture aux autres mais en effet elle ne doit pas faire écran au positif, au talent, à sa reconnaissance... ce que tu dis des enfants... c'est aussi cette tendance à l'égalitarisme... qui pousse au nivellement... qui a donc ses effets pervers... merci pour ce moment de réflexion et de tes passages chez moi, bises

    Posté par malisan, 22 décembre 2005 à 15:54
  • Education : On tire et On pousse alternativement...

    Nous avons la chance de pouvoir faire la synthèse (au moins en théorie) aujourd'hui de tous ces modes éducatifs qui semblent a priori incompatibles : no restreint ou tutorage forçage aux valeurs judéochrétiennes et autres ( l'islam , le boudhisme... ont également leurs excés). La vie c'est difficile et angoissant. C'est la mise de départ, et chacun a ses propres ressources qu'il découvre d'autant mieux qu'on lui aura appris à les découvrir . La loi du moindre effort et du tout tout de suite font des ravages dans l'esprit des enfants trop préservés des réalités . La brimade et le bridage perpétuels fabriquent des bombes à retardement à la puberté. La voie du respect et de l'encouragement est la plus sage, mais elle est exigeante pour les adultes qui s'impliquent dans l'éducation des enfants . La question que l'on peut poser à un jeune, quelle que soit sa situation, sa santé et sa condition est celle de lui demander ce qu'il est prêt à faire pour lui-même pour aller dans le sens de son bien-être et de la réalisation de ses désirs. Point n'est besoin de religion et de contrainte excessive pour donner ce genre de recommandation . Il doit savoir dans son action ce qui est préjudiciable aux autres en considérant l'autre comme un double de lui-même . Ni écrasé , ni écrasant, chaque être peut évoluer sans paniquer dans un environnement bienveillant et discrètement cadrant.

    Posté par Marie.Pool, 22 décembre 2005 à 16:28
  • La confiance en soi est une alchimie beaucoup plus complexe qu'il n'y parrait. Elle ne se réduit à une valorisation des qualités.
    Par ex, des parents anxieux qui "valorisent" sans cesse leur enfant DE PEUR qu'il n'ait pas confiance en lui.... préparent... un grand insécurisé....

    Posté par Alainx, 22 décembre 2005 à 17:09
  • Alainx, je pense que tu as tout à fait raison: c'est l'anxiété des parents qui est ressentie par l'enfant. Qu'ils soient encourageants, autoritaires, dénigrants... je crois que c'est cette anxiété qui se diffuse et fait percevoir à l'enfant que la vie est inquiétante. Et peut-être davantage à des enfants de nature déjà anxieuse, ou émotifs, ou que sais-je...

    Posté par Idéaliste, 22 décembre 2005 à 23:39
  • L'anxiété est nécessaire ?

    Ce n'est peut-être pas le moment de déclencher de grandes discussions contradictoires à la veille des réveillons( le sont-elles au fond ?)mais je crois qu'il n'est pas inutile de rappeler les conditions d'extrême vulnérabilité - la détresse impensable du nourrisson - dans lesquelles le petit d'homme immature neurologiquement à la naissance commence sa carrière d'humain. L'anxiété n'est pas un sentiment, ni un héritage parental au départ mais la condition même de toute survie. Chaque être doit se coltiner, bien avant d'avoir les mots pour en qualifier le caractère supportable ou non, une grande quantité d'impressions angoissantes qui ne prennent sens que dans l'accompagnement progressif et toujours lacunaire de l'environnement aidant ( on le dit maternel pour simplifier mais la mise en sécurité provient d'un ensemble de facteurs au delà de la sollicitude maternelle). L'anxiété est comme un état d'alerte permanent qui s'apaise dans le sommeil et lorsque le petit se sent en sécurité. Dans la plupart des cas, la proximité d'un autre corps humain y est pour beaucoup . Dire que ce sont les parents qui transmettent l'angoisse ( qui est un palier supérieur dans la permanence de l'anxiété naturelle) est à la fois vrai et faux . Ils en sont les vecteurs plus ou moins permanents dans la mesure où ils figurent des sortes d'ambassadeurs du monde extérieur pour l'enfant qui grandit. Ce sont eux qui en principe l'avertissent et le prémunissent contre les dangers les plus courants. Mais ils ne peuvent pas tout éviter en matière d'expérience sensorielle et psychique désagréable ou nocive, pour la bonne raison qu'ils y sont eux-mêmes soumis. A partir de là on pourrait admettre que les capacités éducatives sont tributaires de la propre capacité parentale à s'accommoder des vicissitudes matérielles et psychologiques de la vie ordinaire. Tout est mouvant et se situe dans une qualité d'interaction entre les personnes concernées, qu'elles soient grandes ou petites, il est très difficile voire impossible de décrire de manière complète les tenants et aboutissants d'une éducation humaine ( laquelle est aussi pétrie de culture et de coutumes). On ne peut constater que la contrainte généralisée qui s'applique à tous et à tout moment avec des variantes que nous passons beaucoup de temps à examiner et à remettre en question. Reste que la vie est une prise de risque et qu'elle appartient au premier chef à notre condition biologique que nous voudrions parfois plus parfaite même si elle l'est déjà par certains côtés. La psychologie est notre luxe , mais une lucidité qui fait aussi souffrir.

    Posté par Marie.Pool, 23 décembre 2005 à 08:47
  • Merci!

    Marie.Pool, je te remercie pour tous tes commentaires, longs et documentés, qui à eux seuls mériteraient chaque fois une nouvelle entrée, une nouvelle discussion...

    Posté par coumarine, 23 décembre 2005 à 09:31
  • Comme d'hab j'arrive un peu tard, je lis quand je peux.
    La question m'intéresse d'autant plus que j'en parlais avec mon fils il y a quelques jours à peine ; je ne sais pas comment il s'est débrouillé le bougre mais il est doué pour toutes sortes de choses (le genre de personnes qui peuvent si elles n'y prennent pas garde devenir agaçantes aux autres : elles essayent un nouveau sport elles s'en débrouillent tout de suite, sortent des sons audibles d'un instrument de musique pris en main pour la première fois, et gamins se prennent des 20/20 en classe sans fournir d'effort particulier ...), et parfois un peu trop conscient de l'être.
    Alors oui je me pose beaucoup de questions sur le fait de calmer le jeu, sans pour autant lui ôter sa confiance en lui, lui faire comprendre qu'il faut respecter les moins chanceux et les aider s'il peut, et oui ce n'est jamais simple
    [d'autant plus que j'ai moi-même été victime de parents toxiques qui n'ont rien su faire qu'à me limer les ailes et en plus en croyant bien faire (leur horizon était si limité par la vie, il faut dire) alors je voudrais tant éviter de reproduire ce schéma fatal]

    Posté par gilda, 26 décembre 2005 à 10:12

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