Le temps de vivre - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

26 janvier 2005

Le temps de vivre

LE TEMPS DE VIVRE

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l'odeur des arbres
Avec son corps comme une forge
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d'acier bleu crachaient
Des courtes flammes de feu sec
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l'eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il s'est relevé pour sauter

Pourvu qu'ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive
Le sang et l'eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre

BORIS VIAN


Demain, cela fera 60 ans...
On en parle beaucoup, trop peut-être,
jusqu'à la nausée.
On montre les images dans les journeaux, à la télé
jusqu'à la nausée
On en parle comme d'une vieille histoire.
Et pourtant
Aujourd'hui encore, on trie les gens selon leur couleur de peau
on chasse les indésirables, on ferme les frontières
on insulte celui qui pense autrement, vit autrement

Combien de génocides dans l'histoire de l'humanité?
Et pourtant, tous ceux-là aussi ne demandaient qu'à vivre...




Coumarine


Commentaires

    Très beau

    Posté par Annick, 13 mai 2008 à 12:31
  • souvenirs

    tiens, ça fait plaisir de retrouver comme ça au hasard un poème-guide longtemps adoré. Allez courons! avant que cette fichue abeille...

    Posté par ess, 27 janvier 2005 à 02:54
  • Très beau ce poème de Boris Vian, profitons des choses de la vie, saisissons les quand elle sont à notre portée, on n'aura pas forcément une autre occasion.

    Posté par Asterie, 27 janvier 2005 à 09:26
  • Il est splendide ce texte, merci Coum...

    Posté par Céline, 27 janvier 2005 à 13:45
  • Comment parler de "beau" poème,
    de poème "splendide", lriqu'il relate l'horreur ?

    Sommes-nous devenus si désensibilisés, ou manquons nous de mots ?

    J'aimerais que l'on m'explique...

    Posté par Alainx, 28 janvier 2005 à 12:05
  • Ce qui est beau pour moi dans ce poème c'est sa morale. James Dean avait une phrase qui disait la même chose:"il faut vivre vite car la mort vient vite". Ce n'est pas l'apologie de la mort c'est exactement le contraire, le narrateur se sert d'un contexte dramatique ou noir pour faire ressortir une idée qui elle ne l'est pas.

    Posté par Asterie, 29 janvier 2005 à 08:23

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