Le pire et le meilleur - Coumarine, Petites paroles inutiles

Coumarine, Petites paroles inutiles

Inutiles peut-être...mais oh! combien nécessaires. Une femme parle du quotidien de sa vie, de ses humeurs, de ses souvenirs, de sa passion pour l'écriture, pour les livres. Elle réfléchit sur l'actualité, rit de ses travers, rêve dans la poésie.

19 janvier 2005

Le pire et le meilleur

Je suis une enfant de l'après guerre...cela n'a l'air de rien dit comme ça, mais je sais que cela pèse fort dans mon héritage génétique.

Mes parents ont vécu l'occupation allemande, les bombardements, les actes de résistance, les tickets de rationnements, la faim, le marché noir, l'angoisse des couvre feux, la vie au ralenti dans l'angoisse perpétuelle.

Et en même temps tenter de vivre une vie "normale" de couple, de famille.

J'ai beaucoup de choses à leur reprocher...mais là, je leur dit CHAPEAU. Et en même temps, je réalise que concevoir un ou des enfants, dans cette atmosphère d'angoisse, ce n'est pas fait pour fabriquer des enfants qui ne seront pas marqués par ce lourd héritage. Dans tous les coins du monde où des femmes enfantent des enfants dans ou après la guerre, dans les famines ou les épidémies, difficile de faire des enfants heureux, et donc un monde heureux...

Et comme les guerres se multiplient , on peut comprendre que le monde baigne dans des angoisses énormes, qui engendrent de l'agressivité, et de nouveaux conflits

Cercle vicieux...

Et si ce ne sont pas les guerres...ce sont les catastrophes naturelles qui engendrent des traumatismes tels chez les survivants qu'il semble bien difficile de pouvoir jamais mener une vie sereine, en paix avec soi et les autres...

Je suis touchée par deux événements ces jours-ci

- d'abord par l'anniversaire de la délivrance des camps d'Auschwitz par les Russes, le 27 janvier 1945...devoir de mémoire, pour ne jamais reproduire l'Histoire

- ensuite par le prochain film de Christian Carion: "Joyeux Noël" qui retrace un épisode ignoré de la guerre 14-18: la fraternisation incroyable sur la ligne de front des armées ennemies lors de Noël 14. Anglais, Allemands, Français ont déposé les armes et fraternisé, l'espace d'une nuit. Ils ont désobéi aux ordres de leurs supérieurs...

Voilà! Le pire et le meilleur dans l'être humain. Cela me fascine, et aussi cette question qui me hante: comment bascule-t-on un jour dans le pire...


Commentaires

    comme déjà dit ailleurs, j'écris en ce moment la petite histoire de ma petite famille... et mon grand-père a connu ce jour dont tu parles, coumarine.
    il a vécu le pire... et le meilleur, au meme endroit. les contraires se cotoient. ne faut-il pas la nuit pour apercevoir la beauté des étoiles ? ne faut-il pas le mal, pour apprécier le bien ?
    vaste sujet...

    la question que lui se posait souvent, à son retour et jusqu'à sa mort, c'était :
    "ma vie a-t-elle été suffisemment riche ? ai-je mérité, par ma vie et mes actes, d'avoir survécu MOI ?"
    en bref.. "sont-ils fiers de la vie qu'ils m'ont offert, mes compagnons du pire ?"

    Posté par pati, 27 février 2006 à 15:11
  • Il y eut pas mal d'exemples de "fraternisation" durant cette guerre. Il y a aussi l'excellent film de J.L. Lorenzi "la tranchée des espoirs". Et un autre que j'avais vu à la TV il y a qq années, mais j'ai oublié le titre...

    Au bon vieux temps des guerres au "corps à corps" où l'on étripait l'ennemi en voyant la mort arriver dans ses yeux (mon grand père racontait comment il tuait les "schleus" à la baionnette) la fraternisation se faisait comme "naturellement" un moment où un autre, parce que "l'humain rejaillit dans le soldat".

    A l'heure de la guerre presse-bouton façon Bush, cela tient du jeu vidéo et l'ennemi est virtualisé. C'est comme ça que l'on peut massacrer en masse facilement.
    vive la guerre moderne ! C'est plus cooool !
    _________________

    Quant à ta question "comment basculer dans le pire". On peut toujours regarder dans notre propre vie : Quand a -t-on soi même basculé dans un "petit pire". (Par exemple pourquoi fait-on le choix de gagner sa vie en fabriquant de la mort dans une usine d'armement...C'est vrai, j'oubliais que c'est bien payé....) Après c'est juste une question d'échelle de progression....

    Posté par Alainx, 19 janvier 2005 à 13:56
  • décidément

    Décidément je vois qu'on a été "bercées" entre guillemets par les mêmes épisodes de la vie de nos parents ... et visiblement on en a été marquées.. je parle aussi beaucoup de cette époque sur mon blog.

    Posté par pomcanelle, 17 février 2005 à 23:37
  • Filles de l'après-guerre. Effectivement, cela marque profondément. Me voilà partie à la re-découverte d'une Cou-Marine

    Posté par Pivoine, 08 février 2007 à 13:06

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